Lycéens et étudiants mobilisés contre la hausse des frais universitaires pour les extraeuropéens

Lycéens et étudiants mobilisés contre la hausse des frais universitaires pour les extraeuropéens© AFP
«Même Macron, même combat» : le slogan d'une banderole lors d'une manifestation étudiante le 11 décembre à Paris.

Annoncée mi-novembre par Edouard Philippe, l'augmentation des droits d’inscription universitaires pour les nouveaux étudiants extraeuropéens est loin de faire l'unanimité. Une mobilisation lycéenne et étudiante entend faire reculer l'exécutif.

«#BienvenueEnFrance» : tel était le hahstag utilisé par le Premier ministre français, le 19 novembre 2018, alors qu'il annonçait son plan pour que la France s'adapte aux «stratégies offensives» adoptées par d'autres pays qui attirent davantage d’étudiants. Edouard Philippe expliquait, entre autres, vouloir «opérer une forme de révolution» pour que l'attractivité française en la matière ne soit plus fondée sur la quasi-gratuité, mais sur «un vrai choix, un vrai désir, celui de l’excellence».

Toutefois, parmi les mesures annoncées par le chef du gouvernement, l'augmentation des frais universitaires pour les nouveaux étudiants extraeuropéens a provoqué un mouvement de contestation à l'échelle nationale, rassemblant lycéens, étudiants et syndicats.

Ainsi, moins de 48 heures après une journée de blocages des lycées en France, quelques centaines d'étudiants ont manifesté ce 13 décembre contre la hausse des frais universitaires pour les étudiants extraeuropéens. RT France est allé à leur rencontre.

Tomek, étudiant de Tolbiac ayant revêtu son gilet jaune pour l'occasion, a par exemple exprimé ses craintes en cas de hausse des frais universitaires pour les étudiants étrangers hors UE : «Ça va être les jeunes bourgeois qui vont avoir accès à l'université et non plus tous les étrangers», déplore-t-il avant de défendre sa vision du service public français qui, affirme-t-il, «devrait être pareil pour tout le monde».

Filip, son camarade de Tolbiac, a quant à lui évoqué les pistes envisageables, selon lui, pour rendre les universités françaises plus accessibles aux étudiants internationaux : il prône ainsi la mise en place de «logements étudiants plus accessibles» ou encore d'une «allocation d'autonomie».

Landry, étudiant et candidat France insoumise de la Seine-Saint-Denis aux prochaines élections européennes, a de son côté réagi à la nouvelle politique boursière promise par le gouvernement pour compenser la hausse des frais universitaires.

Lucile explique pourquoi elle arborait, comme d'autres étudiants du cortège, un carré rouge : une référence à la grève des étudiants québécois en 2012. Le carré rouge étant, au Québec, un symbole politique d'opposition à l'appauvrissement et à l’augmentation des tarifs des services publics.

Ce que dit le gouvernement...

L'exécutif justifie ladite mesure par sa volonté de donner les moyens aux établissements universitaires de mieux accueillir les étudiants internationaux, notamment en développant des cours de français langue étrangère (FLE) et des cursus en anglais, que le gouvernement entend doubler.

Par ailleurs, pour faire face à l'augmentation annoncée des frais universitaires, l'Etat a expliqué vouloir réadapter l'octroi de bourses. «Il est prévu de démultiplier les exonérations et de tripler les bourses. Au total, un étudiant international sur quatre pourra bénéficier d’une exonération ou d’une bourse», peut-on lire sur le site du gouvernement.

Prévoyant également la création d'un nouveau label «Bienvenue en France», l'Etat a annoncé, pour son développement, un budget de 10 millions d'euros accordé au ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation.

Lors de son intervention du 19 novembre, le Premier ministre n'avait pas manqué d'axer son discours sur «l'injustice» selon lui, du système actuel. Il avait ainsi déploré le fait qu'«un étudiant français peu fortuné» payait le même montant qu'«un étudiant étranger fortuné».

...ne fait pas l'unanimité

A l'image d'un mouvement national opposé à la réforme, «les étudiant·e·s mobilisé·e·s de Tolbiac » publiaient le 4 décembre un communiqué dans lequel ils dénonçaient «l'instauration de la préférence nationale à l'université [correspondant à] une conception discriminatoire», avant d'exprimer leurs craintes quant à une potentielle généralisation de cette augmentation des frais. «C'est la porte ouverte à l'augmentation des frais d'inscription pour tous», précisait ainsi le communiqué.

Dans une tribune diffusée le 1er décembre dans Le JDD, le syndicat étudiant Unef et 14 autres associations dénonçaient une «volonté du gouvernement français de trier les jeunes qui auront accès à l’Enseignement supérieur en France». Les auteurs de la tribune s'indignaient en effet du projet présenté par Edouard Philippe qui ne viserait, selon eux, qu'à accueillir «un seul type d’étudiant.e.s : ceux.celles issu.e.s de famille aisées ayant les moyens de payer», déplorant que le mérite d'étudier en France résiderait ainsi dans «la capacité de payer des frais exorbitants».

Les auteurs de la tribune avaient pour leur part présenté une série de six points destinés à faciliter l'arrivée d'étudiants en France, celle-ci étant par ailleurs prônée par le gouvernement.

Dans un communiqué publié le 10 décembre par la Conférence des présidents d’université (CPU), association qui affiche une volonté de «porter la voix et les valeurs des universités dans le débat public», celle-ci estime pour sa part que «l’augmentation générale des droits d’inscription annoncée ne constitue pas une réponse adaptée», regrettant par ailleurs qu'«aucune concertation sur ce point n’ait été organisée en amont».

La situation en quelques faits et chiffres

La mesure prévoit de faire passer de 170 à 2 770 euros les frais d'inscription (pour les étudiants étrangers extraeuropéens) en licence, et de 243/380 euros en master/doctorat à 3 770 euros. La mesure annoncée concerne les étudiants étrangers extraeuropéens, il n'est donc pas prévu qu'elle s'applique aux étudiants européens et aux participants du programme Erasmus (qui concerne par ailleurs d'autres pays que ceux de l'UE, comme par exemple la Turquie).

En moyenne, selon un rapport de 2016 établi par la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance, le coût d'une année d’études en France est estimé à 13 873 euros par étudiant.

343 400 étudiants étrangers ont choisi de venir en France en 2017-2018 : un chiffre en hausse de 4,5 % par rapport à l’année précédente. Les cinq premiers pays d'origne de ces étudiants sont le Maroc (39 855), l'Algérie (30 521), la Chine (30 071), l'Italie (13 341) et la Tunisie (12 842).

La France est le quatrième pays au monde pour l’accueil d’étudiants internationaux, derrière les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l’Australie.

Fabien Rives

Voir aussi : #OpenMic Ep.13 - lycéens, étudiants, Gilets jaunes : même combat ?

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