Une famille de djihadistes français demande à être rapatriée de Syrie et jugée en France

Une famille de djihadistes français demande à être rapatriée de Syrie et jugée en France© Ahmad Al-Rubaye Source: AFP
Drapeau de l'Etat islamique arraché, à l'ouest de Mossoul en août 2017

Un couple de Français et leurs trois enfants, capturés par les Kurdes à Raqqa, en Syrie, demandent à être rapatriés et jugés en France. Se pose une nouvelle fois la question des ressortissants français partis combattre au Moyen-Orient.

Depuis sa cellule en Syrie, une famille française a pu contacter ses proches en France et se mettre en lien avec l’avocat William Bourdon, afin de demander son retour dans l'Hexagone, selon les informations de la radio RTL. Ils cherchent désormais à être jugés en France pour pouvoir quitter leur lieu de détention.

Cette famille, qui a rejoint l’Etat islamique il y a trois ans, a été capturée fin octobre par des combattants kurdes. Aujourd’hui, avec leurs trois enfants, dont un bébé d'un an, ils souhaiteraient être rapatriés et jugés en France, alors que la Syrie est progressivement libérée des djihadistes. Leur avocat Me William Bourdon s’est exprimé au micro de RTL.

Ils veulent rentrer en France et ils sont prêts à répondre de leurs actes

«Il y a cette espèce d’idée que, puisqu’ils ont côtoyé le diable, ils doivent y rester et mourir là-bas. Les devoirs d’un Etat démocratique ne peuvent pas être ceux-là. C’est le devoir de la France», explique l’avocat, qui défend plusieurs de ceux qu'on appelle désormais «candidats au retour». «Ce devoir est accentué, renforcé quand il y a des enfants mineurs. Ils veulent rentrer en France et ils sont prêts à répondre de leurs actes. Ils seront évidemment mis en examen et sans doute incarcérés. Ils le savent et ils comprennent que c’est normal. Ils ont compris qu’ils ont fait l’erreur sans doute la plus gravissime de leur vie. Cette lucidité qu’ils ont me facilite la tâche pour faire comprendre aux autorités françaises que dès lors qu’ils acceptent de rendre des comptes, il n’y a aucune raison de retarder ou de compliquer leur retour vers la France», conclut l'avocat.

Selon RTL, le quai d'Orsay a été saisi par Me Bourdon mais n'a pas encore répondu à sa demande.

Des combattants de Daesh, de retour en France, ont été jugés et condamnés le 20 octobre. Six hommes, dont le beau-frère de Mohamed Merah, ont été condamnés à des peines allant de 2 ans ferme à 15 ans d'emprisonnement pour pour association de malfaiteurs terroriste, après être partis faire le djihad en Syrie en 2014.

Combien de djihadistes Français en Syrie et dans l’hexagone?

Selon la justice française, en juin 2017, sur un millier de Français partis en zone djihadiste en Irak et en Syrie, environ 300 ont trouvé la mort et 700 adultes, dont 300 femmes, s'y trouveraient encore, en compagnie de 400 enfants. Parmi ces survivants, certains ont été capturés, et la question du retour se pose de manière plus aiguë aujourd’hui, même si peu de cas ont été médiatisés. Le 8 juillet 2017, une djihadiste française de 27 ans originaire de Seine-et-Marne mère de quatre enfants, partie en 2015 avec son compagnon faire le djihad en Irak, avait été capturée à Mossoul. Elle avait aussi contacté William Bourdon pour demander l'aide de la France.

Le 26 octobre au Sénat, Gérard Collomb a été interpellé par le sénateur Nathalie Goulet sur la question du retour des djihadistes. Il a fait savoir que, depuis 2012, plus de 240 personnes et une cinquantaine de mineurs, pour la plupart de moins de 12 ans, ont regagné la France depuis les zones de Syrie et d'Irak contrôlées par Daesh. Selon le ministre, 130 personnes majeures et quelques mineurs ayant combattu seraient actuellement en prison. Les autres, en liberté, feraient «tous l'objet d'un suivi administratif ou judiciaire».

Le sénateur a appelé à être «encore beaucoup,plus vigilant» et à «accorder à ce sujet une attention majeure au niveau européen». Elle estime que la France doit avoir davantage de moyens en hommes et en matériel pour régler le problème du retour des djihadistes dans l'Hexagone. «Nous ne pourrons pas nous en sortir autrement qu'en confortant nos frontières», or «Frontex [l'agence en charge des frontières extérieures de l'UE] fonctionne mal», a-t-elle déclaré. Selon elle, parmi les candidats au retour, «les femmes présentent un danger à peu près équivalent aux hommes» et les enfants ont «un fort potentiel de dangerosité à terme».

 

La réaction des politiques au retour des djihadistes

Dans les rangs des politiques, les réactions sont contrastées. Florence Parly, ministre française des Armées, s’était illustrée par des propos très durs tenuslors de l'émission Grand rendez-vous d'Europe 1, CNews et Les Echos. « Nous sommes engagés au côté de nos alliés pour obtenir la destruction de Daesh et nous faisons tout pour cela», avait-elle déclaré. «Ce que nous voulons, c'est aller au bout de ce combat et bien sûr si des djihadistes périssent dans ces combats, je dirais que c'est tant mieux», a poursuivi Florence Parly.

De son côté, Laurent Wauquiez, candidat à la présidence du parti Les Républicains, a demandé à ce qu’ils soient systématiquement incarcérés. «Moi ce que je demande c’est l’enfermement immédiat de tous ceux qui sont revenus en France», a-t-il fermement déclaré lors de l'émission Le grand jury sur RTL le 29 octobre.

De manière plus pragmatique, l’Etat français gère au cas par cas et respecte les procédures suivies par les autorités irakiennes, qui sont compétentes pour juger les combattants étrangers sur leur sol. Ils devront donc répondre de leurs actes face à la justice  locale. Les détenus français bénéficient, comme tous les ressortissants du pays, d'une protection consulaire, un agent du consulat venant vérifier leurs conditions de détention. Pour les enfants, la situation sera évaluée en fonction du contexte et de l'âge de l'enfant. «Dans notre esprit, ils relèvent du traitement judiciaire de l'enfance. Nous dialoguons avec les autorités irakiennes pour nous assurer qu'ils pourront relever de cette logique», avait précisé le ministre des Affaires étrangères dans le journal Le Parisien en août 2017.

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