Sénatoriales : face à l'échec de LREM, la droite, gagnante, sera-t-elle hostile ou constructive ?

- Avec AFP

Sénatoriales : face à l'échec de LREM, la droite, gagnante, sera-t-elle hostile ou constructive ?© GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
Les élections sénatoriales avaient lieu le 24 septembre en France

Assistera-t-on dans les semaines à venir à un renforcement de l'opposition ou à une vague constructive ? Balayés par LREM aux législatives, Les Républicains ont pris leur revanche lors des sénatoriales. Ils récoltent le plus de sièges, suivis du PS.

La majorité de droite au Sénat sort renforcée des élections sénatoriales du 24 septembre, où La République en marche (LREM) d'Emmanuel Macron a subi un sérieux revers, très loin de ses objectifs.

Le Parti socialiste (PS) a plutôt bien résisté après ses cuisantes défaites à la présidentielle et aux législatives de juin. Le Parti communiste français (PCF), qui semblait menacé, est pour sa part en mesure de conserver son groupe à la chambre haute du Parlement français.

Le président du Sénat, Gérard Larcher, a promis «une majorité exigeante et positive» au palais du Luxembourg.

Ni l'obstruction, ni la connivence

«On sait qu'on sera autour de 150, une progression inespérée. C'est vraiment une bonne nouvelle», s'est réjoui sans attendre les résultats définitifs Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains (LR), qui comptait 142 sortants.

«On est toujours dans une opposition intelligente et en même temps exigeante. Ce ne sera ni l'obstruction, ni la connivence, ni la complaisance», a-t-il lancé.

Forte déception en revanche du côté de LREM, qui n'a pas réussi à s'imposer. «Pour le moment, ce qui se passe, c'est finalement le dernier sursaut du monde ancien», a estimé la sénatrice sortante de Paris, Bariza Khiari, se refusant toutefois à parler de défaite.

Le groupe LREM comptait 29 sénateurs la plupart élus sous l'étiquette du Parti socialiste dans le Sénat sortant. Leur chef de file, François Patriat, ne tablait plus que sur 20 à 30 sénateurs à l'issue du scrutin, loin des objectifs qu'il s'était fixés dans l'euphorie des législatives.

Soulagement au PS après la débâcle des législatives

Au Parti socialiste, donné en mauvaise posture avant le scrutin, l'heure est au soulagement. «[Nous avons fait] plus que résister. Ce soir, le PS est au Sénat la première force d'opposition de gauche», s'est félicité le député Luc Carvounas pour qui ces sénatoriales marquent aussi le retour du clivage gauche-droite.

«La droite fait un carton, LREM prend une branlée et nous, on sauve les meubles», résumait un autre responsable socialiste dans des termes plus triviaux.

«Déjà au moins dix sénateurs élus/réélus : face à Macron, nous continuerons d'être la voix du peuple au Sénat», ont twitté pour leur part les élus communistes. Réélu à Paris, le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, tablait sur 11 à 13 sénatrices et sénateurs.

Le Front national (FN) ne remporte pour sa part aucun nouveau siège, mais enregistre une vraie «augmentation en voix», selon sa présidente Marine Le Pen.

LREM plombé par l'exercice du pouvoir ?

A Paris, le PS a bien résisté en conservant quatre sièges, le même nombre que LR, qui progresse au détriment des centristes. Le maire de Paris, Anne Hidalgo, s'est ainsi félicitée de disposer d'«une majorité solide, très large, respectueuse» dans la capitale. 

Seule ministre du gouvernement Philippe en position éligible, Jacqueline Gourault, ministre auprès du ministre de l'Intérieur (LREM/MoDem), a été réélue dans le Loir-et-Cher.

Favori et seul candidat à sa succession, le président du Sénat, Gérard Larcher (LR), est réélu dans les Yvelines. Parmi les autres personnalités en lice, les ex-ministres socialistes Laurence Rossignol, André Vallini et Patrick Kanner ont été élus ou réélus, dans l'Oise, l'Isère et le Nord.

Le collège électoral de 76 359 grands électeurs, des élus locaux largement issus des municipales de 2014 remportées par la droite, plaçait de fait cette dernière en position de force.

Mais La République en marche d'Emmanuel Macron semble payer les premières difficultés du quinquennat et l'inquiétude des élus locaux confrontés aux décisions du gouvernement impactant les finances des collectivités territoriales.

Le président Larcher a estimé que les élus locaux avaient besoin d’une «relation de confiance et de respect avec l’exécutif» qui aurait selon lui «parfois manqué ces derniers temps».

171 sénateurs devaient être élus dans 38 départements métropolitains, quatre départements (Guadeloupe, Martinique, La Réunion, Mayotte) et deux collectivités d'outre-mer (Saint-Pierre-et-Miquelon et Nouvelle-Calédonie).

Le Sénat reprendra ses travaux le 2 octobre, avec l'élection de son président, qui devrait être sans surprise le sortant, Gérard Larcher.

Les Républicains en marche ?

Le nombre de groupes parlementaires – six – pourrait évoluer en fonction des tractations entre élus. Des sénateurs LR ont déjà déposé les statuts d'une association, première étape vers la constitution d'un groupe de «Constructifs» souhaitant travailler main dans la main avec le gouvernement, à l'image de celui créé à l'Assemblée nationale.

A gauche, une scission du groupe socialiste entre pro-Macron et ceux qui refusent tout alignement est évoquée.

Autre enjeu du scrutin : le chef de l'Etat a besoin, in fine, d'une majorité des 3/5e du Parlement réuni en Congrès pour faire adopter ses réformes constitutionnelles. Les macronistes vont désormais tenter un rapprochement avec des élus centristes, radicaux, socialistes ou LR «Constructifs», éventuellement en créant un intergroupe.

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