Bernard Lugan : «100 millions d’Africains veulent arriver en Europe»

Bernard Lugan : «100 millions d’Africains veulent arriver en Europe»© capture d'écran de RT

En perdition depuis l’intervention de l’OTAN, la Libye pourrait retrouver son unité et cesser d'être le point de passage obligé des réfugiés en partance pour l'Europe, avec un retour à la realpolitik, selon le spécialiste de l’Afrique Bernard Lugan. 

«En renversant le régime, l’OTAN n’a pas vu qu’elle disloquait toute l’organisation sociale et politique de la Libye, qui était faite autour de l’alliance tribale», estime l’universitaire spécialiste de l’Afrique Bernard Lugan. Les raisons de cet échec, selon lui, sont à chercher dans un a priori idéologique et un refus du réel qui ont guidé l’intervention en Libye.

C’est cette réalité tribale que l’ONU refuse de voir, préférant s’enfermer dans une logique totalement désincarnée et coupée des réalités

Scindé en deux, le pays ne peut compter que sur les forces du général Haftar, qui ont presque réussi à éliminer les islamistes de la Cyrénaïque [région traditionnelle de Libye située autour de l'ancienne cité grecque de Cyrène], juge le chercheur. Pour lui, la levée de l'embargo sur les armes pour le général Haftar constitue l'une des conditions de sortie de crise. 

«Toute la question est de savoir si la Libye peut encore exister avec une alliance, une union, une fusion, une entente entre la Tripolitaine et la Cyrénaïque», note Bernard Lugan qui affirme que la Libye pourrait redevenir un pays uni si l’anarchie qui règne en Tripolitaine [région historique de la Libye], où est installé le gouvernement de l’union nationale, prend fin.

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La solution c’est de laisser les Libyens régler leurs problèmes eux-mêmes

La présence du fils de Mouammar Kadhafi, Seïf al-islam Kadhafi, «est un espoir». Les tribus qui detiennent le pouvoir en Libye ont désigné, via leur Conseil, le fils du colonel comme seul représentant légal autorisé à parler au nom des tribus. Pour Bernard Lugan, la reconnaissance de cette autorité pourrait amener à une sortie de crise. «C’est cette réalité tribale que l’ONU refuse de voir, préférant s’enfermer dans une logique totalement désincarnée et coupée des réalités», explique le chercheur. Pour lui, les pays d’Europe occidentale ne sont pas mus par la realpolitik mais par des considérations idéologiques : «Universalisme et impérialisme démocratiques empêchent de voir la réalité». «La solution c’est de laisser les Libyens régler leurs problèmes eux-mêmes», note Bernard Lugan, qui déplore l'ingérence turque et qatarie dans le conflit.

La crise en Libye participe également à la crise des réfugiés, qui secoue l’Europe depuis plusieurs années. Les déclarations du président du Parlement européen concernant l’arrivée de 30 millions de migrants d’ici dix ans en provenance d’Afrique paraissent pour Bernard Lugan très inférieures à la réalité. Selon ses estimations, il y aura plus de 100 millions d’Africains à vouloir traverser la Méditerranée. «L'ectoplasme européen» n'est pas en mesure de lutter contre l'arrivée massive des réfugiés et leurs expulsions n'est qu'une «histoire pour les petits enfants». Pour le chercheur, l’Europe a tout intérêt à s’entendre avec les pays d’Afrique du Nord pour qu’ils établissent leurs propres lignes de protection. L’Algérie et le Maroc ayant fermé leurs frontières, pour le moment le grand trou noir, c’est la Libye.

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