Vers une cogestion des îles Eparses avec Madagascar : la France brade-t-elle son domaine maritime ?

Vers une cogestion des îles Eparses avec Madagascar : la France brade-t-elle son domaine maritime ? © SOPHIE LAUTIER Source: AFP
Une plage de l'île Juan de Nova, appartenant aux îles Eparses françaises de l'océan Indien (image d'illustration).

Fin mai, Emmanuel Macron et son homologue malgache ont relancé des pourparlers en vue d'une cogestion des îles Eparses. Revendications du Mexique ou de l'Ile Maurice : la pression s'accroît sur les «confettis» de l'empire colonial français.

C'est un chapelet d'îlots distants et éparpillés dans l'océan Indien, mais ces atolls empoisonnent les relations entre la France et Madagascar. Comprenant cinq entités – dont l'île Tromelin revendiquée par l'île Maurice – les îles Eparses sont restées sous souveraineté française lors de l'indépendance de Madagascar, le 26 juin 1960. 

Depuis 1973, Madagascar revendique officiellement ces îles et la France y a mis en place une présence militaire, devenue permanente depuis les années 1980. Mais ce ne sont pas ces modestes confettis de l'empire colonial français en tant que tels qui sont en jeu mais plutôt la zone économique exclusive (ZEE) maritime (et ses ressources) qui résulte de ces cailloux selon le droit international, soit près de 640 000 kilomètres carrés. Le 29 mai dernier, les présidents malgache Andry Rajoelina et français Emmanuel Macron sont convenus de reprendre les discussions sur le statut de ces îles. 

Assez curieusement, les prétentions des autorités malgaches sur les Eparses se fondent sur l'histoire coloniale. Ces îles avaient en effet été rattachées administrativement à l'île Rouge par les autorités françaises en 1896. Ce qui n'a pas empêché le président de Madagascar, de convoquer l'histoire à l'appui de ses revendications. «Le peuple malgache porte encore en lui quelques séquelles de l'histoire [...] Nous devons retrouver notre fierté nationale mais il y a encore une réalité qui nous fait mal. Pour le peuple malgache l'appartenance des îles Eparses est une question d'identité nationale», avait-il plaidé. 

A la veille de l'indépendance de Madagascar, les Eparses avaient été rattachées par décret au ministère des DOM-TOM (ex-ministère des Outre-mer) à Paris, au grand dam des Malgaches. Un préfet en assure aujourd'hui la gestion.

Enjeu géopolitique majeur mais relative indifférence de la classe politique

En France, le destin de ces îles lointaines et inhabitées en dehors d'une présence militaire n'a pas ému outre mesure l'opinion. Mais certains politiques sont néanmoins montés au créneau.

Ainsi, si le leader de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon ne s'est pas fait entendre dans l'immédiat sur ce thème de la souveraineté maritime française qui lui est pourtant cher, le Rassemblement national (RN) a quant à lui fait entendre sa voix. «Le Rassemblement national s'est toujours fermement opposé à toute tentative de remise en cause de la souveraineté française sur nos territoires ultramarins par des pays étrangers, comme ce fut le cas en 2013 puis en 2017 pour l'île de Tromelin», protestait le 3 juin dernier le RN dans un communiqué cité par l'AFP.

Depuis la revendication de l'îlot de Tromelin par l'île Maurice en 1976, la question de la souveraineté du petit territoire n'a cessé d'empoisonner les relations entre les deux pays. Et il semble que la remise en cause de la souveraineté française sur ces îles de l'océan Indien ait été encore plus encouragée par l'ouverture de négociations pour une cogestion de Tromelin, partagée avec Maurice en 2017, avant l'élection d'Emmanuel Macron. Comme le relevait alors le quotidien La Tribune, un effet domino était à craindre. En raison, comme à Tromelin, de la présence de gisements en hydrocarbures potentiellement considérables, le Mexique avait déjà fait une demande de cogestion à la France de l'îlot de Clipperton, de l'autre côté du globe, à un bon millier de kilomètres des côtes mexicaines. 

La France, avec environ 11 millions de kilomètres carrés, possède la deuxième ZEE maritime au monde, derrière les Etats-Unis. Un élément de puissance géopolitique loin d'être négligeable.

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