C’est (presque) officiel : le colza canadien paye pour l’arrestation de la dirigeante de Huawei

C’est (presque) officiel : le colza canadien paye pour l’arrestation de la dirigeante de Huawei Source: Reuters
Champ de canola (variété canadienne de colza) dans la province d’Alberta, au Canada (juillet 2011).

Minant les espoirs d’en finir avec le blocage prétendument sanitaire du colza canadien en Chine, Pékin a laissé entendre à mot couverts que sa décision était liée à des «erreurs» commises par Ottawa.

Geng Shuang porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la République populaire de Chine a affirmé le 27 mars que la décision prise par les douanes de suspendre les importations de graines de canola – une variété de colza – du négociant canadien Viterra (filiale du suisse Glencore) «a[vait] un fondement scientifique, était raisonnable, et en accord avec les lois et réglementations chinoises, ainsi qu'avec les pratiques internationales», selon l’agence de presse nationale Xinhua. 

Toutefois, interrogé le même jour sur les relations diplomatiques entre la Chine et le Canada lors d’un point presse, il a ajouté que le Canada devrait «prendre des mesures concrètes pour corriger ses erreurs précédentes». Une allusion transparente à l’arrestation de Meng Wanzhou, directrice financière du géant chinois de la téléphonie mobile Huawei, le 1er décembre à l’aéroport de Vancouver, lors d’une escale, à la demande des Etats-Unis.

Le département étasunien de la Justice accuse Huawei et sa directrice financière d'avoir contourné les sanctions américaines contre l'Iran, mais aussi d'avoir, via deux filiales, volé des secrets industriels au groupe de télécoms américain T-Mobile.

Depuis l'arrestation de Meng Wanzhou, la Chine a placé en détention deux Canadiens, dont un ancien diplomate qu'elle soupçonne d'espionnage, tandis qu'un tribunal chinois en a condamné à mort un troisième, mais Pékin assure que ces mesures sont sans lien avec l'affaire Huawei.

Au début du mois de mars des raisons sanitaires avaient déjà été évoquées par la Chine pour expliquer le blocage des livraisons de canola du premier négociant et producteur canadien, Richardson. Et les autres producteurs ou négociants affirment aussi que leurs contrats chinois sont en train de se tarir. C'est toute la filière qui est en réalité menacée.

Le gouvernement prend l'affaire «très au sérieux»

Le 22 mars, le Premier ministre canadien Justin Trudeau avait déclaré en conférence de presse : «Nous allons nous retrousser les manches et travailler avec les autorités chinoises pour démontrer que le canola devrait continuer à circuler en toute sécurité du Canada vers la Chine. C'est quelque chose que nous prenons très au sérieux.»

La Chine est l'un des principaux marchés pour cette variété de colza, devenue «la denrée la plus rentable pour les agriculteurs canadiens», selon le site de l’organisation professionnelle de cette filière, le Canola council of Canada (CCC). Ce dernier précise que le géant asiatique absorbait près de 40% des exportations canadiennes, avec «une très forte demande jusqu'aux perturbations récentes».

La situation est particulièrement inquiétante pour les agriculteurs canadiens qui ne savent pas encore s’ils pourront vendre leur prochaine récolte. Le cours du canola pour livraison en mai, a brièvement chuté à son plus bas niveau depuis dix ans affectant même, celui du colza, son cousin dans la famille des oléagineux.

Aussi Jim Everson, président du CCC a rencontré le 28 mars James Gordon Carr, ministre de la Diversification du commerce international, en réaffirmant que le canola exporté par le Canada était de la plus haute qualité et plaidant pour que le commerce avec la Chine «continue de se faire sur une base scientifique». 

«Les ministres et les représentants du gouvernement canadien ont répondu rapidement aux préoccupations de la Chine, mais il est peu probable que les discussions techniques aboutissent à une résolution immédiate», a-t-il déclaré reconnaissant par ailleurs que les producteurs désirant écouler leurs récoltes n’avaient pas «d'autre choix que de se tourner vers des clients d'autres pays». 

S’il en restait, les doutes sur le caractère diplomatique et punitif du blocage des exportations de canola par la Chine sont levés. Mais on commence aussi à s’intéresser aux motivations réelles de la demande des Etats-Unis concernant l’arrestation au Canada de la haute responsable de Huawei.

Des doutes sur la légitimité de la demande de la justice des Etats-Unis

Certes, les responsables politiques canadiens ne vont pas jusqu’à dire que la demande d’arrestation par la justice américaine répond à des motivations liées à la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis. Toutefois, une déclaration du président Donald Trump intéresse particulièrement la justice canadienne. Cité par Reuters le 11 décembre, soit dix jours après l’arrestation de Meng Wanzhou, il avait déclaré : «Si je pense que c'est bon pour ce qui sera certainement le plus grand accord commercial jamais conclu […] j'interviendrais sûrement si je pensais que c'était nécessaire.»

Selon Radio Canada, «aux yeux du ministère canadien de la Justice, la déclaration du président des Etats-Unis constitue un facteur à prendre en considération dans l’évaluation de la demande d'extradition de cette dirigeante de Huawei». Et un dossier réalisé à l’intention du procureur général du Canada, montre que les fonctionnaires fédéraux ont pris au sérieux les propos du président.

Le document énumère les raisons pour lesquelles le ministre canadien de la Justice pourrait refuser la demande d’extradition des Américains. Parmi elles, l’éventualité que la demande ait été faite dans «un but illégitime», pour un motif fondé sur une «opinion politique». Mais le processus prendra de toute façon du temps, car avant une intervention éventuelle du ministre, ce sont d'abord les tribunaux qui doivent se prononcer sur l'affaire.

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