Entre Chine et Etats-Unis, la hache de guerre est loin d’être enterrée

Entre Chine et Etats-Unis, la hache de guerre est loin d’être enterrée Source: Reuters
Face à face, les deux délégations étasunienne et chinoise pour les négociations commerciales, lors d’une réunion à la Maison Blanche à Washington, le 21 février 2019.

Le moratoire sur les augmentations de tarifs douaniers contre les exportations chinoises ne signifie pas la fin de la guerre commerciale. La Chine s’est engagée à acheter plus de produits américains mais de nombreuses questions restent à régler.

«Les Etats-Unis devront maintenir la menace de droits de douane sur les produits chinois pendant des années, même si Washington et Pékin concluent un accord mettant fin à une guerre tarifaire coûteuse», a déclaré devant le Congrès des Etats-Unis, le 27 février, Robert Lighthizer, négociateur du président Donald Trump.

Il a expliqué qu’il restait encore beaucoup à faire pour conclure un accord commercial avec la Chine, et surtout pour déterminer la manière dont il serait appliqué.

«Si nous y parvenons – et encore une fois, je dis "si" ­– alors [ ...] nous pourrions être en mesure de conclure un accord qui nous aide à tourner une nouvelle page de notre relation économique avec la Chine», a ajouté Robert Lighthizer.

Au cours des derniers mois, les deux pays se sont imposés réciproquement des tarifs douaniers sur des exportations de produits représentant des centaines de milliards de dollars d’échanges commerciaux. Cette guerre de tranchées a provoqué la fébrilité des marchés mondiaux de capitaux, des bouleversements dans les chaînes d’approvisionnement des entreprises manufacturières et une contraction des exportations agricoles des Etats-Unis vers la Chine.

Le représentant américain au commerce a précisé que son bureau étudiait les mesures juridiques pour la mise en œuvre la décision du président des Etats-Unis, Donald Trump, prise le 24 février, d’appliquer un moratoire sur une augmentation des tarifs douaniers touchant plus de 200 milliards de dollars de marchandises chinoises envisagée précédemment.

Mais Robert Lightizer a aussi expliqué en commission que cette menace d'une augmentation des droits de douane de 10% à 25% n’était pas abandonnée, même si une notification au Registre fédéral (journal officiel des décisions administratives aux Etats-Unis) la suspendant «jusqu'à nouvel ordre» doit être publiée dans les prochains jours.

La menace de nouveaux droits de douane encore active pour longtemps

Dans son intervention, le représentant au commerce a dressé une longue liste des étapes à franchir pour résoudre durablement les différends commerciaux entre la Chine et les Etats-Unis. Il a aussi répété que les droits de douane resteraient un outil important pour contraindre la Chine aux changements demandés par Donald Trump et les membres du Congrès.

En plus d'un rééquilibrage des échanges commerciaux à leur profit, les Etats-Unis exigent que la Chine adapte sa législation pour mettre fin aux transferts de technologie imposés aux entreprises américaines qui produisent en Chine.

«La réalité est que c'est un défi qui va durer très longtemps», a ajouté Robert Lighthizer qui avait auparavant déclaré qu'il n'était «pas assez stupide» pour croire qu'une seule négociation suffirait à apaiser des relations bilatérales de plus en plus tendues sur les questions de commerce.

Pour le moment, un simple moratoire et non un accord

L’annonce du caractère durable de la menace de mesures de rétorsion contre la Chine, malgré un moratoire sur les tarifs douaniers, a semble-t-il déçu les investisseurs. Beaucoup espéraient que les négociations entre la Chine et les Etats-Unis aboutiraient à la fin de l'incertitude qui a paralysé de nombreuses décisions d'investissement de la Chine. Et Wall Street, la bourse de New York, a réagi à ces déclarations du représentant au commerce par un léger repli en fin de journée du 27 février. 

En effet, les négociateurs des deux parties ne se sont pour le moment accordés que sur une promesse de hausse des achats de produits américains par la Chine. Ces derniers devraient augmenter de 1 200 milliards sur une période de six ans. Un engagement jugé insuffisant pour Robert Lightizer.

Le Congrès, qui a son mot à dire sur ces négociations, a exhorté l’administration Trump à poursuivre ses efforts pour mettre fin à certaines pratiques commerciales chinoises jugées déloyales.

Le cours du yuan également dénoncé

Outre les obligations de transfert de technologies au bénéfice de partenaires chinois en cas d’implantation d’unité de fabrication, l'administration Trump dénonce également des barrières non tarifaires. Parmi elles, des subventions (notamment dans le domaine des véhicules électriques) et des révisions aléatoires de normes sur certains produits qui, selon l’administration Trump, empêchent artificiellement la pénétration des produits américains sur le marché chinois, ou accordent un avantage indu aux entreprises locales.

Robert Lightizer a aussi expliqué que les Etats-Unis souhaitaient désormais des réunions bilatérales mensuelles de fonctionnaires de rang inférieur, des réunions trimestrielles pour les vice-ministres et des réunions semestrielles au niveau ministériel.

Mais les exigences des Etats-Unis vont plus loin encore puisqu’ils souhaiteraient aussi imposer des garanties empêchant la Chine de dévaluer son yuan pour biaiser la concurrence, dans le cadre d'un accord monétaire inclus dans les négociations.

Le négociateur du président des Etats-Unis a lui-même estimé que les pourparlers avec la Chine se rapprochaient plus d’un régime de contrôle de sanctions que d'un simple pacte commercial.

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