L'Amérique n'est plus une démocratie

L'Amérique n'est plus une démocratie© REUTERS/Jonathan Ernst
Le monument pour la Paix, devant le Capitole à Washington (image d'illustration).

Censure sur les réseaux sociaux, médias biaisés, batailles juridiques autour d'allégations de fraude électorale : le journaliste belge Nicolas de Pape dépeint le tableau d'une démocratie américaine en péril.

La démocratie américaine en péril

Ceux qui ont découvert avec étonnement les violences au Capitole de Washington mercredi 6 janvier sont probablement passés à côté de deux mois d’intenses batailles juridiques et politiques à propos d’allégations de fraude électorale sans précédent qui ont conduit plusieurs sénateurs républicains à contester le Collège électoral des grands électeurs et même à proposer, comme Ted Cruz (R-Texas) un audit de dix jours sur ces fraudes. Les violences au Capitole ont douché toutes ces velléités et accéléré la voie vers l’inauguration de Joe Biden comme président le 20 janvier. Mais deux Amériques apparemment irréconciliables se font face. Donald Trump est le coupable idéal.

La Cour suprême aux abonnés absents

La Justice est la garante d’une négociation des conflits sans violence. Or, depuis le 4 novembre et les allégations de fraude, une soixantaine de juges ont, soit qualifié ces allégations de fantaisistes, soit se sont livrés à divers refus, allant jusqu'à celui d'examiner les plaintes. Cette attitude était le fait, soit de juges démocrates (la Justice américaine est particulièrement politisée), soit de juges républicains qui ne voulaient en aucun cas empiéter sur la séparation des pouvoirs.
Le meilleur exemple de cette attitude fut le refus de la Cour suprême des Etats-Unis d’examiner la plainte du Texas contre la Pennsylvanie et trois autres états-clés (Géorgie, Wisconsin, Michigan), le Texas n’ayant pas le «standing» pour se plaindre de ce que ces quatre Etats avaient modifié leurs modalités électorales en contravention avec la Constitution américaine en ouvrant largement les vannes du vote par correspondance et plaçant l’électeur texan dans une situation d’inéquité. La Cour suprême a souligné qu’elle ne jugeait en aucun cas des «merits» (du fond). Seul le juge Alito, le plus conservateur des neuf juges suprêmes, déclara que la Cour aurait dû examiner la plainte. C’est en effet le rôle de cette haute Cour de trancher les litiges portant sur la Constitution !

Sur la soixantaine d’actions en justice – dont deux au moins encore pendantes devant la Cour suprême – visant les irrégularités électorales, la plupart ont été déboutées sous divers prétextes : soit il était trop tard (il fallait se plaindre avant le scrutin), soit les actions, lorsqu’elles sont déposées avant le scrutin sont qualifiées de «hautement spéculatives».

Alors que les trois juges suprêmes démocrates se sont toujours positionnés en faveur de leur parti, les trois juges suprêmes nommés sur proposition de Trump, l’ont largement abandonné au bord du ruisseau. On a alors compris qu’ils n’interviendraient pas dans le processus électoral. Question d’image et de réputation.

La vérité judiciaire est donc que la fraude n’est qu’un fantasme. Mais l’attentisme des juges nourrit la théorie du complot.

Allégations de fraude

D’autant que les différents plaignants n’ont pas manqué d’arguments. L’équipe juridique de Donald Trump a rassemblé un millier de témoignages sous serment («sworn affidavits») sur toutes sortes de bizarreries –impossibilité de surveiller les assesseurs, demandes de fermer les yeux sur les signatures, piles de bulletins vierges et immaculés comme sortis d’une imprimante, etc. Plusieurs associations à but non lucratif ont également joué des coudes. Plusieurs experts et universitaires spécialisés en technologie de l'information ont présenté des pièces troublantes lors d’auditions publiques devant diverses commissions sénatoriales d’Etats ou commissions électorales. C'est notamment le cas de l'expert Jovan Pulitzer, qui affirme que le code-barre indispensable à la certification des signatures, figurerait sur les bulletins émis dans les comtés « républicains » mais que les bulletins des comtés « démocrates » n’en posséderaient pas. L’avocate Sidney Powell a mis en ligne les 270 pages de son «Kraken» dont les annexes sont tout de même très troublantes sur les possibilités de manipulation des machines à voter Dominion. Cette firme, qui nie farouchement ces accusations lui demande aujourd’hui plus d’un milliard de dollars pour diffamation.

Cependant, il est curieux que les autorités du comté de Maricopa en Arizona, aient toujours refusé l’examen des machines. En Géorgie, gouverneur et secrétaire d’Etat (pourtant républicains) n’ont jamais accepté de certifier les signatures d’électeurs du comté de Fulton (Atlanta). C’est là que les caméras de surveillance ont montré un étrange manège d’assesseurs qui, laissés seuls, ont sorti d’en-dessous des tables des boîtes de bulletins de vote pour se précipiter vers les machines Dominion… Après que Donald Trump ait demandé au Secrétaire d’Etat Brad Raffensberger de lui «trouver 11 000 bulletins illégaux», un membre de son entourage s’est empressé de balancer l’enregistrement de la conversation téléphonique au Washington Post. Ambiance au Parti républicain…

Avant les événements du Capitole, le sénateur républicain texan Ted Cruz et 11 autres sénateurs républicains ont signé une lettre demandant un audit de dix jours pour faire la part des choses entre rumeurs et faits, face à «des allégations de fraude sans précédent». Faisant référence à une situation comparable en 1877, il a demandé qu’on mette sur pied une commission de 5 députés, 5 sénateurs et 5 juges suprêmes pour faire la lumière.

La théorie des irrégularités a été endossée non pas seulement par quelques plaisantins youtubeurs mais par des universitaires, commentateurs, journalistes et l’essentiel de l’appareil politique républicain. 39% des Américains (65% des Républicains, 17% des Démocrates et 30% des Indépendants) sont convaincus que les élections ont été truquées et que Joe Biden est un président illégitime. Et ils ne changeront sûrement pas d’avis.

Des médias biaisés

Pendant toute la crise électorale, du 4 novembre au 6 janvier, les médias mainstream (ABC, CNN, MSNBC, Washington post, New York times) ont qualifié ces allégations de théorie du complot et ont refusé d’investiguer plus avant, bien moins intéressés par une éventuelle fraude que par le dossier du Russiagate qui pendant près de trois ans alléguait que Trump et son entourage étaient plus ou moins des agents russes.

En Amérique comme en Europe, les nouvelles technologies de l’information nous préparent un monde orwellien.

Ces mêmes médias ont totalement occulté l’affaire de l’ordinateur portable de Hunter Biden, fils de Joe, qui, sans démontrer directement des faits de corruption, contenait emails compromettants et sextapes du plus mauvais effet. Selon plusieurs sondages, la simple exposition du contenu par les médias aurait sans doute suffi à faire perdre Joe Biden. Lorsque l’élection fut pliée pour Biden, Hunter fut comme par hasard l’objet d’une enquête fiscale tout d’un coup bien plus médiatisée.

En face, les médias conservateurs voire trumpistes, ont entretenu jusqu’à plus soif la théorie des fraudes électorales sans trop d’esprit critique. Barack Obama leur reproche aujourd’hui de vivre dans un microcosme…

Les réseaux sociaux, les nouveaux censeurs ?

A cet égard, Twitter, Facebook, Google/YouTube, et quelques autres plateformes de réseaux sociaux ont clairement choisi le camp de Joe Biden. Au moins 7 exécutifs de ces GAFA se sont retrouvés dans l’équipe de campagne de Biden. Mark Zuckerberg, patron de Facebook, a investi près de 500 millions de dollars dans diverses ONG «pour une élection juste» mais il est vite apparu que dans les comtés où il avait le plus investi, Joe Biden était gagnant.

On se souviendra de la suspension du compte Twitter du New York Post, qui publiait une enquête fouillée sur Hunter Biden (lire supra) au prétexte que les informations de ce tabloïd vieux de 200 ans n’étaient pas suffisamment étayées.

Dès le 14 décembre, première certification des grands électeurs pour Biden, YouTube a déclaré que les vidéos remettant en question la probité des élections seraient retirées.

Avant les élections, Google avait déclaré que l’algorithme de son moteur de recherche n’avantagerait pas les «extrémistes».

A l’heure d’écrire ces lignes (le 11 janvier), «Parler», sorte de Twitter conservateur où avaient migré Trump et ses fans bannis de Twitter, se retrouve sans serveur sur ordre d’Amazon. «Parler» ne figure plus non plus dans l’Apple Store (iPhone) ni dans Google Play (Android). Censure mais aussi moyen d’éliminer un concurrent ?

Les GAFA ne sont en réalité plus des plateformes mais des éditeurs qui, sensibles à leur réputation et sous la pression de l’Establishment, sont les nouveaux censeurs 3.0. En Amérique comme en Europe, les nouvelles technologies de l’information nous préparent un monde orwellien.

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