Par Philippe Migault Tous les articles de cet auteur
Philippe Migault est directeur du Centre européen d'analyses stratégiques, analyste, enseignant, spécialiste des questions stratégiques.

Macron, chef de guerre de carton

Macron, chef de guerre de carton© Christophe Simon/Pool Source: Reuters
Emmanuel Macron sur le Charles de Gaulle, le 14 novembre 2018 (image d'illustration).

Au lendemain de l'interview d'Emmanuel Macron sur le Charles de Gaulle, le spécialiste en défense Philippe Migault est revenu sur le projet d'armée européenne porté par le président et sur les liens entre la France et les Etats-Unis.

Macron le chef de guerre. Macron le gaullien. Macron l’Européen. Macron, le parler-vrai… L’interview du chef de l’Etat, hier soir [14 novembre 2018], sur le porte-avions Charles de Gaulle, s’inscrit tellement dans la ligne de cette présidence prétendument jupitérienne, qu’on aurait presque pu en prédire le story-telling avant que la première question n’en soit posée. En difficulté sur tous les plans, tant du point de vue de sa popularité que de la situation économique du pays, éléments soulignés avec jubilation par Donald Trump dans une série de tweets incendiaires, le président de la République a bombé le torse dans une mise en scène taillée sur mesure.

Assis dans le hangar aviation du Charles de Gaulle devant un Rafale tellement briqué que ses mécanos semblaient l’avoir graissé, un drapeau français et – élément plus qu’inédit dans ce lieu – un drapeau européen en arrière-plan, Emmanuel Macron a répondu aux questions de notre confrère de TF1 avec calme, fermeté, affectant une assurance, une superbe, retrouvées après sa piteuse interview du 18 octobre dernier.

Et le discours était à l’avenant. Avec les recettes habituelles. Comme après chaque sale coup porté aux armées, auxquelles il vient encore d’imposer une restriction budgétaire de près de 800 millions d’euros, le président est venu faire patte de velours. Ayant déjà annoncé il y a quelques jours que les plus hauts gradés de l’armée allaient percevoir à l’avenir des primes de responsabilité – on a déjà calmé des prétoriens plus discrètement – il a promis que l’aéronavale française ne s’arrêterait pas avec le Charles de Gaulle, mais que celui-ci aurait un successeur. Des études – auxquelles nous avons déjà fait allusion – ont été lancées, a-t-il rappelé, précisant que la mise en chantier du navire ne saurait intervenir au mieux avant 2021. Un an avant la présidentielle donc… Ce qui revient à dire, au-delà du fait que ces études ne sont en aucun cas annonciatrices d’un projet allant à son terme, que la mise sur cale devrait avoir lieu lors d’une séquence politique au cours de laquelle, traditionnellement, les politiciens font des coupes claires dans le budget de la défense pour mieux promettre des lendemains qui chantent. La méthode est tellement éculée qu’elle n’agace plus. Elle lasse.

 

De même, le coup de menton à l’attention de Donald Trump n’a trompé personne. Il est doux de rêver, de réitérer des projets fumeux d’armée européenne avec des nations dépourvues de forces crédibles et aux opinions publiques massivement pacifistes, facile de se hausser du col en déclarant, impérieux, qu’«être allié, ce n’est pas être vassal»,les faits n’en sont pas moins connus de tous les experts – et subodorés par une bonne partie des Français : nous sommes bel et bien devenus les vassaux des Américains.

D’une part parce qu’ils nous tiennent. Sans eux, sans leurs ravitailleurs en vol, leurs AWACS, leurs drones, la France ne pourrait pas conduire la campagne militaire au long cours qu’elle mène dans la bande sahelo-saharienne. Sans leurs composants, leurs systèmes, une bonne partie des matériels militaires français ne seraient pas opérationnels. Si Emmanuel Macron est réveillé, demain matin, dans sa cabine du Charles de Gaulle, par les premiers catapultages de la journée, il pourra légitimement grogner contre la machine : elle est américaine

Nous sommes vassaux, d’autre part, parce que nous le voulons. Parce que nos «élites» ne conçoivent plus d’agir sans l’assentiment du grand frère. A l’état-major des armées, à la DGRIS, au quai d’Orsay, on n’accepte pas seulement d’être «aligné». On veut, depuis Sarkozy, remporter la palme de meilleur allié des Etats-Unis, de bon élève de l’OTAN. C’est que la solde est bonne à Norfolk, douce à Mons, les voyages d’étude outre-Atlantique plus qu’appréciés.

 

Emmanuel Macron a refusé, impérieux, de s’engager dans une polémique avec Donald Trump ? Il a bien fait. Celui-ci peut si facilement appuyer sur une foule de points douloureux pour notre orgueil qu’il était plus prudent de s’abstenir.

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