Par Philippe Migault Tous les articles de cet auteur
Philippe Migault est directeur du Centre européen d'analyses stratégiques, analyste, enseignant, spécialiste des questions stratégiques.

Le totalitarisme sera toujours à vaincre

Le totalitarisme sera toujours à vaincre
Image d'illustration

La Russie célèbre le 9 mai la victoire sur le totalitarisme qui a coûté la vie à 27 millions de soldats soviétiques. Pourtant, la menace du totalitarisme n'est toujours pas totalement éliminée, selon l'expert militaire Philippe Migault.

Les cérémonies de commémoration de la victoire sur le nazisme sont toujours l’occasion, en Occident, de ressasser les mêmes formules. «Plus jamais ça», «la liberté n’est jamais définitivement acquise», «refuser l’esprit de Munich»… L’occasion rêvée d’atteindre le point Godwin dix fois par jour, surtout lorsque la démocratie est prétendument en danger, comme cela aurait prétendument été le cas avec la présence de Marine Le Pen au second tour des élections présidentielles en France.

Les réflexes de lâcheté qui s’expriment aujourd’hui face à l’obscurantisme religieux sont les mêmes que ceux qui tentaient les opinions publiques face au nazisme et au communisme

Ces formules sont creuses, hélas. Face au plus grand péril de notre époque, le fondamentalisme islamique, l’esprit de Munich, celui de la capitulation, de la soumission, habite nombre de Français, nombre d’Européens. Plutôt vert que mort, plutôt voilée que violentée, les réflexes de lâcheté qui s’expriment aujourd’hui face à l’obscurantisme religieux sont les mêmes que ceux qui tentaient les opinions publiques face au nazisme et au communisme.

Cette couardise se dissimule derrière des arguments nobles. Face au terrorisme nous ne devrions pas consentir la moindre entorse à nos libertés, faute d’accepter toutes les bavures. Face aux problématiques de l’Islam radical, la solution serait dans le dialogue, à défaut de nourrir le terrorisme, de provoquer ce choc de civilisation dont on nous assure, en France, qu’il relève de l’absurdité intellectuelle. La tolérance serait la clé, l’éducation et la déradicalisation les meilleures options.

Ce n’est pas en continuant à pratiquer sur les terrasses du onzième arrondissement le régime planche de charcuterie - vin rouge – version bobo autorisée de l’apéro saucisson-pinard - qu’on combat ceux qui sont décidés à nous tuer

Tout cela se défend.

Sauf que ce n’est pas en continuant à pratiquer sur les terrasses du onzième arrondissement le régime planche de charcuterie – vin rouge – version bobo autorisée de l’apéro saucisson-pinard précédemment vilipendée – qu’on combat ceux qui sont décidés à tuer.

Sauf qu’il est vain de s’en remettre à l’éducation lorsque nos écoles produisent un taux record d’illettrés et que des milliers de jeunes, la plupart issus de l’immigration, sont en situation d’échec scolaire et professionnel.

Sauf que la déradicalisation, on le sait, ne marche pas. Le nazisme jugeait lui aussi légitime d’assassiner homosexuels, juifs et chrétiens récalcitrants, sans distinction d’âge ni de sexe. A-t-on jamais réussi à déradicaliser un seul des hommes qui ont imaginé et mis en place Auschwitz ? Qui, à Nuremberg a exprimé des regrets ? Deux hommes seulement. Speer, qui a menti d’un bout à l’autre, et Frank, abominable bourreau qui semble avoir trouvé dans sa tardive conversion au catholicisme une rédemption. Les autres ont nié. Ou fièrement assumé. On ne revient pas de l’horreur et de la radicalité.

Quant à la tolérance… «A force de tout tolérer on finit par tout accepter... A force de tout accepter on finit par tout approuver», avertissait Saint-Augustin. Certes ce dernier et son fameux «compelle intrare» n’a pas toujours brillé par sa douceur. Mais les temps étaient autres. Et c’est précisément en jouant de notre tolérance, en appelant au dialogue, que les tenants du totalitarisme avancent leurs pions. Maskirovka hier, Taqiya aujourd’hui : dissimulation et manipulation sont les armes les plus redoutables des ennemis de la démocratie.

Il faut donc combattre. Frontalement. Efficacement. Sans haine mais sans états d’âme. En bâtissant les coalitions qui nous permettront de frapper vite et bien. Cela passe par la poursuite de notre collaboration avec nos alliés de l’OTAN. Cela passe aussi, nécessairement, par une étroite coopération avec nos amis russes.

Les propos tenus vis-à-vis des autorités russes lors de la campagne présidentielle d'Emmanuel Macron ne laissent pas présager d’une détente entre les deux pays

Bien entendu l’élection d’Emmanuel Macron ne va pas dans ce sens. Notre nouveau Président de la République a évoqué par pur formalisme la nécessité de lever les sanctions vis-à-vis de la Russie lors d’un déplacement à Moscou en janvier 2016, alors qu’il était encore ministre de l’économie. Mais les propos tenus vis-à-vis des autorités russes lors de sa campagne présidentielle ne laissent pas présager d’une détente entre les deux pays.

Ancien élève d’hypokhâgne et de Khâgne au lycée Henri IV, Emmanuel Macron fait pourtant parti de cette «élite» théoriquement dotée d’une culture historique solide. Il devrait se souvenir que Staline ne s’est entendu avec Hitler, permettant à ce dernier de déclencher la seconde guerre mondiale, que parce que les Français et les Britanniques répugnaient à s’allier avec l’Union soviétique pour combattre le nazisme et que de Gaulle, peu suspect de sympathies communistes, a joué à fond la carte soviétique pendant la guerre, évoquant même en 1942 la possibilité de déménager la «France Libre» à Moscou lors d’un de ses affrontements les plus féroces avec ses alliés anglo-saxons.

Sur la place Rouge ce matin les ultimes vétérans du front le plus sanglant, le plus décisif de toute la Seconde Guerre mondiale, le front russe, étaient au premier rang à la tribune d’honneur. Eux se souviennent du prix à payer pour vaincre le totalitarisme : 27 millions de morts soviétiques. Ils savent que la liberté n’a pas de prix et justifie tous les sacrifices, légitime toutes les alliances. Parce que le totalitarisme sera toujours à vaincre, il est impératif de surmonter nos méfiances réciproques. Compromis n’est pas compromission.

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