Présidentielle 2017 : sommes nous en train de revivre 2002 ?

Présidentielle 2017 : sommes nous en train de revivre 2002 ?© Eric Gaillard Source: Reuters
Préparatifs avant le deuxième tour de la présidentielle française

Personne n’avait vu venir la qualification de Jean-Marie Le Pen pour le deuxième tour en 2002 alors qu'en 2017 la surprise aurait été une defaite de Marine Le Pen au premier tour, considère le politologue Jean Petaux.

RT France : Quelles différences voyez-vous entre le second tour de l’élection présidentielle de 2002 et celui de 2017 ?

Jean Petaux (J. P.) : Il y un détail important : en dehors de quelques personnes qui étaient au cœur des sondages et des états-majors politiques en 2002, personne n’a vu venir la qualification de Jean-Marie Le Pen au deuxième tour et l’élimination de Lionel Jospin. Donc c’était évidemment un énorme choc, on a même parlé de tremblement de terre, de coup de tonnerre, il y avait quelque chose d'extrêmement subit, soudain, surprenant, etc. C’est une vraie différence par rapport à 2017.

Ce qui aurait été une surprise en 2017 c’est que Marine Le Pen ne se qualifie pas. C’est donc exactement l’inverse. D’ailleurs, le fait qu’elle soit deuxième a plutôt été une surprise car elle était donnée première depuis très longtemps dans tous les sondages, et c’est plutôt le fait qu’Emmanuel Macron l’ait devancée de 2,4% qui a été une surprise. C’est exactement le contraire de 2002.

Les Français se sont mobilisés une première fois en 2002, parce qu'ils ont été presque surpris et choqués de leur responsabilité

Une autre différence, évidemment, n’est pas liée aux résultats mais aux réactions qui ont suivi ces résultats. En 2002, quasiment dans la soirée, au plus tard le lendemain, en dehors d’une petite formation politique d’extrême gauche, le parti trotskiste Lutte ouvrière, toutes les autres formations politiques, y compris d’ailleurs d’autres partis d’extrême gauche, se sont ralliées à la candidature de Jacques Chirac, et ont dit qu’il votaient Jacques Chirac : il allait faire obstacle à Jean-Marie Le Pen. Et cela avait été extrêmement rapide, en moins de 24 heures.

C’est complètement différent en 2017 : c'est beaucoup plus étalé dans le temps, il faut que cela mature.

RT France : La mobilisation du 1er mai en 2002 a été dix fois plus importante que celle de 2017. Cela veut-il dire que les gens sont moins motivés pour faire barrage à Le Pen ?

J. P. : Non, je ne pense pas. Je pense que cela montre que les Français se sont mobilisés une première fois [en 2002], parce qu’en 2002 ils ont été presque surpris et choqués. Et, cette fois-ci, ils ne sont pas mobilisés, d'abord parce que les manifestations ont moins de succès en général. En 2002, tous les syndicats ont appelé à participer à une même manifestation. Cette fois-ci, ce n’est pas le cas. Et puis, Marine Le Pen a obtenu beaucoup plus de scrutins que son père : vous avez une forme de banalisation qui s’opère dans la présentation de ses résultats. Ce qui est certain, effectivement, c'est que les manifestations d’hier n’ont pas fait le plein. Parce que les électeurs considèrent qu’au lieu de manifester, il faut aller voter dimanche. J’estime qu’elle va difficilement dépasser la barre des 40%. Ce qui est déjà beaucoup, mais elle aura du mal à franchir ce chiffre.

Jean-Marie Le Pen n’a jamais montré d'intérêt pour le pouvoir et Marine Le Pen, elle, veut le pouvoir

RT France : Vous avez déjà évoqué les différences entre la candidature de Marine Le Pen et celle de son père en 2002. Pouvez-vous développer ?

J. P. : La différence la plus importante est que lui ne voulait absolument pas le pouvoir, il n’a jamais montré d'intérêt pour le pouvoir. On rapporte même qu’il a été extrêmement embêté par le fait de se retrouver au second tour. En fait il ne voulait pas faire un score important.

Quant à Marine Le Pen, elle veut le pouvoir et ceci pour deux raisons : d’abord parce qu’elle ambitionne de diriger le pays comme elle l'entend et ensuite parce qu'elle a intérêt à avoir le pouvoir afin de bénéficier de l’immunité présidentielle pour éviter une succession de procès juridiques étant donné le nombre de dossiers ouverts.

RT France : Une victoire de Marine Le Pen vous paraît-elle improbable ?

J. P. : Oui, je pense qu’elle ne gagnera pas. Emmanuel Macron risque de mal gagner, s’il est élu avec 55% des suffrages exprimés. Si Marine Le Pen arrive jusqu’à 45%, les commentaires du lundi 8 mai diront qu'Emmanuel Macron a été mal élu face à Marine Le Pen. Cela sera faux historiquement et comparativement aux élections présidentielles précédentes, mais on retiendra cet écart car le père Le Pen n’a pas dépassé les 20%. Même si la situation n’est pas du tout la même.

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