Présidentielle 2017 : «une volonté de changement et un besoin de renverser la table»

Présidentielle 2017 : «une volonté de changement et un besoin de renverser la table»© Regis Duvignau Source: Reuters
Le décompte des bulletins lors du premier tour de l'élection présidentielle française de 2017.

Cette présidentielle a apporté la recomposition, la montée des partis secondaires et l'émergence de forces nouvelles. Mais la politique de Hollande trouve paradoxalement une continuité avec le succès de Macron, pointe le journaliste Frédéric Pons.

RT France : Selon vous, quelles sont les raisons de la défaite des principaux partis français ?

Frédéric Pons (F. P.) : Les Français dans cette élection présidentielle ont clairement voulu montrer une volonté de changement : le changement d’hommes, ce qui explique la première place d’Emmanuel Macron, et un changement aussi de partis, de familles politiques, avec un besoin de renverser la table. Et cela explique aussi le succès significatif de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon. La défaite, la déroute même, du Parti socialiste s’explique par le quinquennat de François Hollande – cinq ans qui n’ont rien apporté de meilleur pour le pays – et Benoît Hamon, le candidat du PS a été emporté dans ce rejet du quinquennat socialiste. Et quand-même une curiosité c’est que les socialistes sont battus sévèrement, et François Hollande, curieusement, à travers Emmanuel Macron, trouve une continuité, comme un fils spirituel de sa politique – c’est ça le grand paradoxe de cette élection.

Le rejet de Marine Le Pen et du Front National semble prioritaire par rapport au rejet d’Emmanuel Macron et de tout ce qu’il représente

RT France : Des candidats de gauche comme de droite ont appelé voter pour Emmanuel Macron. Comment pourriez-vous l’expliquer ?

F. P. : C’est un rapprochement conjoncturel, purement tactique, pour la droite, pour François Fillon, pour une partie de la droite en tout cas. Le rejet de Marine Le Pen et du Front National semble prioritaire par rapport au rejet d’Emmanuel Macron et de tout ce qu’il représente. J’ai tendance à croire qu’une partie de l’électorat de l’opinion de droite est un peu désorientée aujourd’hui par ce soutien immédiat de François Fillon et de beaucoup de chefs de la droite à l’égard d’Emmanuel Macron. J’estime que c’est un peu précipité et que la droite ou les dirigeants de droite auront des surprises quand remonteront de l’opinion publique de l’électorat de droite une incompréhension, une colère et, sans doute, une indiscipline à l’égard de ces consignes de vote en faveur d’Emmanuel Macron.

RT France : On a vu des candidats de gauche et de droite appeler à voter pour Emmanuel Macron, comment voyez-vous cette décision ?

F. P. : Comme c’est précipité ces décisions de François Fillon, d’Alain Juppé et de beaucoup d’autres dirigeants de la droite ! Ces décisions ont été prises dans l’urgence, au soir même de l’élection, sans attendre une vraie réflexion, un vrai recul ; c’est imprudent. Je crois sincèrement qu’une bonne partie de l’électorat de droite ne se retrouvera pas dans ces consignes, et soit ira vers l’abstention ou le vote blanc, ou alors, pour une part non-négligeable, vers un vote en faveur de Marine Le Pen.

On peut deviner déjà qu’une génération va passer la main, à droite comme à gauche

RT France : Une recomposition de la droite et de gauche est-elle possible ?

F. P. :Cette recomposition a commencé dès le soir du 23 avril, à partir du moment où toutes les cartes sont rebattues, où des forces nouvelles émergent, au moment où le Front national dépasse sept millions d’électeurs, c’est quand-même très significatif. Et on voit bien et l'on peut deviner déjà qu’une génération va passer la main, à droite comme à gauche ; des gens qui n’ont pas retrouvé l’adhésion de l’électorat. Ces gens-là vont passer, il va monter une nouvelle génération, notamment à droite. Il reste à savoir sur quel positionnement politique sera cette nouvelle génération. Il y a des jeunes dirigeants un peu plus à droite, d’autres au centre ou un peu plus à gauche. Tout cela va être l’enjeu des deux mois qui viennent avec les élections législatives qui seront le quatrième et le cinquième tour de ce processus électoral français.

La grande inquiétude aujourd’hui des observateurs c’est de voir la France retomber dans un processus de IVe République

RT France : Le président qui sera élu pourra-t-il obtenir une majorité au Parlement ?

F. P. :Marine Le Pen aura beaucoup de mal à avoir la majorité. Elle pourrait avoir davantage d’élus à l’Assemblée nationale, mais quant à avoir une majorité de gouvernement, ce sera difficile. Et du côté d’Emmanuel Macron personne n’a de recul. C’est un mouvement tout à fait nouveau qui va sans doute agréger des forces de la gauche, du centre et du centre-gauche, mais on ne sait pas quelle sera la nature de ce mouvement, ni quel sera son enracinement dans l’électorat français. La grande question est de savoir si Emmanuel Macron, s’il est élu président, aura une vraie majorité. Et s’il ne l’a pas, la grande inquiétude aujourd’hui des observateurs c’est de voir la France retomber dans un processus de IVe République avec des majorités de circonstance selon les projets de lois, selon les moments, et ce qui voudra dire une grande instabilité politique, contraire à l’esprit et aux institutions de la Ve République française.

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