20 millions de personnes risquent la famine, mais l'Occident parle de Poutine et d'Assad

20 millions de personnes risquent la famine, mais l'Occident parle de Poutine et d'Assad© Rodi Said Source: Reuters
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Les médias occidentaux ne cessent de voir comme priorité la destitution de Bachar el-Assad, en négligeant ainsi les aspects humanitaires beaucoup plus importants. Le journaliste Neil Clark se penche sur la situation humanitaire au Moyen-Orient.

Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a averti la semaine dernière que 20 millions de personnes risquaient de mourir de faim en raison des conflits et de la sécheresse.

Si vous avez manqué cette nouvelle choquante et très importante, ce n'est pas surprenant, car elle n'a pas fait les gros titres, et certainement pas en Occident. Au lieu de cela, les médias occidentaux sont dominés par de fausses indignations de l'establishment politico-médiatique pro-guerre concernant des photos des enfants, ces victimes apparentes d'une attaque chimique présumée, imputée très rapidement par les Etats-Unis et leurs alliés au président syrien Bachar el-Assad, sans avoir de preuves solides.

Les vrais humanitaires se soucient de toutes les victimes de la même façon. Les faux humanitaires ne pensent qu'à ceux qui ont été tués par l'«ennemi officiel»

Comment sait-on que la préoccupation de l'establishment au regard des enfants-victimes de la guerre n'était pas sincère ? C'est facile. Les vrais humanitaires se soucient de toutes les victimes de la même façon. Les faux humanitaires ne pensent qu'à ceux qui ont été tués, ou semblent avoir été tués par l'«ennemi officiel» des élites occidentales, comme le président Assad. Cette «indignation» doit être exprimée fortement, et très publiquement, afin d'appuyer le bombardement du pays «ennemi officiel» et, pour aller encore plus loin, l'idée d'un changement de régime, ce qui favorise l'industrie des armements et ceux qui y travaillent deviennent encore plus riches. Pourtant, si un allié de l'Occident ou des puissances occidentales elles-mêmes sont responsables de telles atrocités, l'histoire est très différente. Il s'agira alors de dire : N'évoquez pas la guerre ! Changeons de sujet aussi vite que possible ! Les «interventionnistes libéraux» deviennent alors aussi silencieux que les souris d'église.

Ce qui a rendu ce deux poids deux mesures encore plus flagrant, c'est qu'une grande proportion de ceux qui sont confrontés à cette famine, annoncée par le HCR, se trouvent au Yémen, bombardé depuis deux ans par l'allié loyal de l'Occident : l'Arabie saoudite.

«Au Yémen, qui traverse la plus grande crise humanitaire au monde, près de 19 millions de personnes ont besoin d'aide humanitaire et environ 17 autres sont dans une situation d'insécurité alimentaire», précise le porte-parole du HCR, Adrian Edwards.

Or, les pays qui sont directement responsables de «la plus grande crise humanitaire» en 2017 sont – surprise, surprise ! – justement ceux qui ont voulu afficher leur superiorité morale dans la question syrienne. Les mêmes néo-conservateurs et les «interventionnistes libéraux», qui crient sur les réseaux sociaux du matin au soir que quelque chose doit être fait avec Assad, sont contents qu'absolument rien ne soit fait pour arrêter les souffrances au Yémen.

Un homme a essayé de mettre fin au carnage, c'est le leader du parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn, devenu cible permanente des lobbyistes belliqueux. En octobre dernier, les travaillistes ont présenté une proposition devant le Parlement britannique, appelant le Royaume-Uni à suspendre son soutien à l'Arabie saoudite. La résolution a échoué, car plus de 100 députés travaillistes n'ont même pas participé au vote ou se sont abstenus. L'un d'eux était l'adjoint de Jeremy Corbyn, Tom Watson. «Comment les soi-disant humanitaires du parti travailliste peuvent-ils soutenir l'Arabie saoudite ?», demandait Lindsey German de Stop the War.

Le carnage et le chaos déclenchés par l'Occident et ses alliés au cours des dernières décennies dépasse tout ce dont on peut accuser Bachar el-Assad

La semaine dernière, Tom Watson a de nouveau rompu avec Jeremy Corbyn pour publier une déclaration en faveur des frappes illégales de Donald Trump contre la Syrie, en disant, sans aucune ironie, que celles-ci étaient «une réponse à une violation flagrante du droit international par le régime syrien».

Quand il s'agit de sujets humanitaires, il n'y a pas de différence entre les travaillistes de droite, les libéraux démocrates et les conservateurs. Ou, en Amérique, entre les démocrates et les républicains. Fille de vicaire, Theresa May a passé la plupart de ces derniers jours à dénoncer, comme un robot, «le régime d'Assad», celui qui se bat contre Daesh et al-Qaïda et protège la communauté chrétienne de Syrie contre les persécutions religieuses. Pourtant, il y a dix jours seulement, le Premier ministre britannique défendait les liens du Royaume-Uni avec l'Arabie saoudite lors de son voyage à Riyad. Indépendamment de toutes les déclarations morales de Theresa May, de Boris Johnson, de Donald Trump et de Rex Tillerson, le carnage et le chaos déclenchés par l'Occident et ses alliés au cours des dernières décennies dépasse tout ce dont on peut accuser Bachar el-Assad. Il a été révélé en 2015 qu'au moins 1,3 million de personnes, dont la grande majorité était de confession musulmane, avaient perdu la vie entre 2001 et fin 2013 au cours de la soi-disant «guerre contre le terrorisme» et dans trois pays seulement : l'Irak, l'Afghanistan et le Pakistan.

Ce nombre ne tient pas compte des victimes faites parmi les trois millions de réfugiés irakiens soumis à des privations, ni de ceux qui ont été tués en Libye et au Yémen. Mais en dépit de ces chiffres ahurissants, les victimes des interventions militaires menées par les Etats-Unis sont des «non-humains» qui ont été balayés de l'histoire occidentale.

Nos dirigeants ne sont jamais qualifiés de bouchers, même s'ils tuent des millions de personnes et attaquent illégalement, ou menacent d'attaquer, différents pays chaque année

Seuls les musulmans tués par les «ennemis officiels» sont déplorés et montrés à la une des journaux favorables à l'establishment. Quand il s'agit d'infanticides, le même deux poids deux mesures grotesque est appliqué. Dans une interview télévisée en 1996 sur l'impact des sanctions contre l'Irak, on avait demandé au secrétaire d'Etat américain, Madeleine Albright, si les vies d'un demi-million d'enfants irakiens valaient le coup. Elle avait alors répondu : «Je pense que c'est un choix très difficile, mais nous pensons que ce prix en vaut la peine.» Imaginez que Vladimir Poutine ou Bachar el-Assad dise une chose pareille !

Dans une interview avec David Edwards de Media Lens, Denis Halliday, ancien sous-Secrétaire général des Nations unies et coordonnateur du programme humanitaire de l'ONU pour l'alimentation, a déclaré que la pénurie de nourriture et de médicaments en Irak était de la responsabilité directe de Washington et de Londres. «C'est absurde d'entendre le gouvernement britannique dire que les quantités nécessaires pour vacciner les enfants suffiront pour produire des armes de destruction massive. C'est pourquoi j'ai utilisé délibérément le mot "génocide", parce que c'est une politique délibérée de destruction du peuple irakien», a déclaré Denis Halliday. Le génocide qui a précédé la guerre en Irak est un sujet tabou en Occident, comme celui qui l'a suivie. Au lieu de cela, on nous encourage à nous concentrer uniquement sur les «crimes odieux» de nos «ennemis officiels». Eux – Assad, Kadhafi, Milosevic – ils sont toujours des «bouchers». Nos dirigeants ne sont jamais qualifiés de bouchers, même s'ils tuent des millions de personnes et attaquent illégalement ou menacent d'attaquer, différents pays chaque année

Revenons à l'avertissement du HCR. Au Soudan du Sud, un grand nombre de personnes sont confrontées à la famine et un million en sont proches. Au nord du Nigeria, sept millions de personnes «luttent maintenant avec l'insécurité alimentaire et ont besoin d'aide». La situation est également périlleuse en Somalie. Délivrer de l'alimentation à ces gens malheureux devrait être la priorité numéro un des véritables humanitaires. Mais quelle était la priorité de l'agenda lors de la dernière réunion du G7 ? Comment persuader la Russie de cesser de soutenir Bachar el-Assad !

C'est l'agenda néo-conservateur des élites bellicistes et pas celui de ceux qui se soucient vraiment de l'humanité. La prochaine fois que vous rencontrerez un «humanitaire» disant que renverser Bachar el-Assad et régler la question de Vladimir Poutine est le plus urgente, demandez-lui pourquoi cela est plus important que de sauver 20 millions de personnes qui sont au bord de la famine. Il n'aura pas de réponse satisfaisante.

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