L'Australie marche en somnambule vers une confrontation avec la Chine

L'Australie marche en somnambule vers une confrontation avec la Chine© Australian Defence Force / Reuters Source: Reuters
L'avion de chasse Lockheed Martin F-35 présenté à l'Avalon Airshow à Victoria, Australie

Dans une telle atmosphère de méfiance, une guerre peut survenir soudainement, surtout si une puissance mineure comme l'Australie abandonne son indépendance pour une «alliance» avec une superpuissance instable, estime le journaliste John Pilger.

Les Etats-Unis font face à un moment critique. Après avoir exporté leur toute-puissante base de production , détruit leur industrie et réduit leurs millions d’habitants à la pauvreté, le principal pouvoir de l'Amérique est aujourd'hui la force brute. Alors qu'il lançait son attaque de missiles contre la Syrie – après le bombardement d'une mosquée et d'une école – Donald Trump dînait en Floride avec le dirigeant chinois Xi Jinping.

L'attaque de Donald Trump contre la Syrie avait peu de choses à voir avec les armes chimiques. Il s'agissait, avant tout, de montrer à ses détracteurs dans les bellicistes institutions de Washington – le Pentagone, la CIA, le Congrès –, à quel point il était dur et prêt à risquer une guerre avec la Russie. Il a fait couler le sang en Syrie, un protectorat russe : désormais il fait certainement partie du club. L’attaque avait également pour but de montrer à Xi, son invité, que c'est ainsi que les Etats-Unis traitent ceux qui défient le maître.

Cela fait un certain temps que la Chine a reçu le message. Assurant le rôle du plus grand commerçant et fabricant du monde, ce pays a été encerclée par environ 400 bases militaires américaines – une provocation décrite par un ancien stratège du Pentagone comme le «nœud parfait».

Ce n'est pas la création de Donald Trump. En 2011, le président Barack Obama s'est tourné vers l'Australie et annonça dans une allocution devant le Parlement ce que l'on a appelé le «pivot vers l'Asie» : la plus grande accumulation de forces aériennes et navales américaines dans la région Asie-Pacifique depuis la Seconde Guerre mondiale. L'objectif était la Chine. L'Amérique avait un nouvel ennemi et pas du tout nécessaire. Aujourd'hui, les navires de guerre, les missiles, les bombardiers, les drones américains sont aux portes de la Chine.

L'Australie du XXIe siècle n'a pas d'ennemis

En juillet, l'un des plus grands exercices navals de l’histoire dirigé par les Etats-Unis, l'exercice Talisman Saber, «mettra en scène» le blocus des voies maritimes des lignes commerciales chinoises. Se basant sur le plan de bataille Air-Sea pour une guerre contre la Chine, plan qui propose une attaque préventive «aveuglante», ce «jeu de guerre» sera joué par l'Australie.

Ce n'est pas une grande nouvelle. Par contre, la nouvelle, c’est que l’Etat chinois «menace» la «liberté de navigation» en mer de Chine méridionale en construisant des pistes d'atterrissage sur des récifs et des îlots à la souveraineté contestée. La raison pour laquelle elle procède à cela – le «noeud» – n'est presque jamais mentionnée.

L'Australie du XXIe siècle n'a pas d'ennemi. Pas même la mélancolique fantaisie coloniale qui laissait imaginer l'Asie nous tomber dessus à cause de la simple gravité ne pourrait faire apparaître un seul ennemi à notre époque. Personne ne veut bombarder ni occuper l'Australie. En tout cas, pas encore.

Au fur et à mesure que les élites politiques, militaires et des services de renseignement australiens intégrent les plans de guerre dictés par l'obsession américaine, l'Australie se fait un ennemi inattendu. Une ligne de front a déjà été marquée à Pine Gap avec la base d'espionnage de la CIA, installée près d'Alice Springs dans les années 1960 et qui vise les ennemis de l'Amérique.

En octobre dernier, Richard Marles du Parti travailliste australien (actuellement dans l’opposition), porte-parole à la Défense, ravissait les amiraux et les généraux américains lors d'une conférence à Hawaï en demandant le droit pour les commandants de la marine australienne de provoquer la Chine, qui dispose d'armes nucléaires, dans une mer de Chine méridionale théâtre de tensions. Chez certains politiciens australiens, l’obséquiosité prend le dessus sur la raison.

La chasse aux sorcières anti-chinoise n'est pas peu commune

Bien que le gouvernement de coalition de Malcolm Turnbull ait résisté à un danger aussi clair et actuel, du moins pour l'instant, il est en train d’assembler un arsenal de 195 milliards de dollars – l'un des plus grands de la planète – dont plus de 15 milliards de dollars sont destinés aux chasseurs américains F-35, ces fameuses dindes hi-tech. De toute évidence, cela vise la Chine.

Le silence entoure cette vision australienne de la région. Les contestataires sont peu nombreux ou effrayés. La chasse aux sorcières anti-chinoise  n'est pas peu commune. En effet, à part l'ancien premier ministre Paul Keating, qui lance des avertissements sans ambiguïté ? Qui dit aux Australiens qu’en réponse au «nœud» autour d’elle, la Chine a presque certainement remis ses armes nucléaires en haute alerte ?

Qui dit que les Australiens n'ont pas à «choisir» entre l'Amérique et la Chine ; que nous devrions, pour la première fois de notre histoire, être vraiment modernes et indépendants de toutes les grandes puissances ; que nous devrions jouer un rôle réfléchi, imaginatif, non provocateur mais diplomatique afin d'aider à éviter une catastrophe et protéger «nos intérêts», qui sont les vies humaines…

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