«Il y a une prise de conscience politique en Algérie qu’il faut renouer les liens avec l’Afrique»

«Il y a une prise de conscience politique en Algérie qu’il faut renouer les liens avec l’Afrique»© Zohra Bensemra Source: Reuters
La production des boissons à l'usine de Rouiba, à Algiers (Algérie)

Le retour de l'Algérie vers l'Afrique n'est pas conjoncturel, mais un changement de stratégie et un tournant du pays vers sa profondeur naturelle, et l’Afrique en général, estime le journaliste économique à TSA Tewfik Abdelbari.

RT France : L’Algérie fait ce qu’on peut appeler le retour vers le marché africain. Se tourne-t-elle vraiment plutôt vers ce marché-là ?

Tewfik Abdelbari (T. A.) : Il y a plusieurs aspects. Nous sentons une prise de conscience au niveau politique et au niveau du patronat, que le marché africain constitue la profondeur stratégique de l’Algérie. C’est un marché presque naturel pour le pays, dans le sens où il est plus facile pour les entreprises algériennes de se tourner vers le marché africain plutôt que d’essayer d’exporter vers l’Europe. Le marché européen est très difficile d’accès en raison des barrières non tarifaires, telles que les normes de qualité. 

Il y a une prise de conscience politique en Algérie qu’il faut renouer les liens avec l’Afrique

RT France : Vous expliquez donc ce virage par des raisons purement économiques ?

T. A. : Il y a aussi une explication politique. L’Algérie a tout intérêt à diversifier son économie. Nous sommes en pleine crise liée à l’effondrement du prix de pétrole. Par conséquent, il y a une prise de conscience politique en Algérie qu’il faut renouer les liens avec l’Afrique pour aller vers plus d’intégration.

Désormais le monde est tourné vers la constitution d’ensembles régionaux économiques et politiques comme l’Union européenne, comme le Mercosur en Amérique latine, la CEDEAO en Afrique... L’Algérie a donc tout intérêt à suivre ce mouvement que ce soit de point de vue politique ou économique.

Jusqu’à présent, nous avions tendance à nous «reposer sur nos lauriers» que constitue la manne pétrolière et n’avions pas forcément besoin d’aller conquérir des marchés extérieurs

RT France : D’après vous, ne serait-ce une prise de conscience tardive ?

T. A. : C’est vrai qu’elle est tardive. L’Algérie a perdu du temps contrairement à son voisin marocain qui est déjà assez bien implanté par le biais des institutions financières (les banques), et d’autres entreprises, comme celles du secteur des télécommunications.

On se rend compte que l’Afrique est l’avenir du monde avec une très forte croissance, un marché très important constitué d’un milliard de consommateurs potentiels. Effectivement, il a fallu du temps à l’Algérie pour s’en rendre compte. Jusqu’à présent, nous avions tendance à nous «reposer sur nos lauriers» que constitue la manne pétrolière et n’avions pas forcément besoin d’aller conquérir des marchés extérieurs.

Maintenant la situation a changé et on se rend compte qu’il est difficile d’avoir des rapports gagnant-gagnant avec les partenaires occidentaux traditionnels. Donc on doit se tourner désormais vers l’Afrique.

Tout l’intérêt d’opérer ce virage dès maintenant est de prendre la croissance africaine assez tôt pour pouvoir s’implanter progressivement et durablement sur le continent

RT France : Est-ce donc une stratégie de crise ? Ou s’agit-il d’une politique de long terme ?

T. A. : Espérons que ce soit une politique de long terme, puisque le développement de l’Afrique se fera sur plusieurs décennies. Tout l’intérêt d’opérer ce virage dès maintenant est de prendre la croissance africaine assez tôt pour pouvoir s’implanter progressivement et durablement sur le continent.

Je ne pense donc pas que ce soit conjoncturel, mais véritablement un changement de stratégie et un tournant de l’Algérie vers sa profondeur naturelle, à savoir le Sahel d’abord et l’Afrique en général ensuite.

Il y a eu une réunion de la «Tripartite» – réunion annuelle du gouvernement, syndicats et patronat. Une des revendications, à la fois des syndicats et du patronat, était de dire qu’il faut absolument se tourner vers le marché africain. Et la réponse du Premier ministre était de dire que c’effectivement intéressant et important de se tourner vers l’Afrique.

J’ajouterais aussi qu’il y a beaucoup de chefs d’entreprises dont certains que j’ai pu interviewer récemment qui disent exactement la même chose – beaucoup s’intéressent de plus en plus à l’Afrique, font des prospections, et on voit qu’il y a un mouvement de fond d’aller vers le marché africain.

Il y a une prise de conscience au niveau politique, pour dire qu’il faut accompagner les opérateurs économiques

RT France : Ce n’est uniquement la volonté du patronat, mais aussi des autorités sur place ?

T. A. : Il y a une prise de conscience effectivement au niveau politique, pour dire qu’il faut accompagner les opérateurs économiques. Par ailleurs on voit que l’Algérie se redonne les moyens de sa politique. Il y a une potentialité et de grands besoins en Afrique, avec une complémentarité entre les économies algérienne et africaine en général.

Par exemple, l’Algérie a des infrastructures assez importantes – elle a investi fortement dans la route transsaharienne qui va de l’Algérie en passant par le Mali et le Tchad, et qui devrait aller jusqu’au Nigeria. Il y a également a une forte potentialité dans plusieurs autres domaines, pour lesquels l’Algérie pourrait apporter un savoir-faire. On a des atouts pour aller sur le marché africain. Il suffit de les mettre en valeur.

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