La dette américaine peut-elle baisser durablement sous Donald Trump ?

La dette américaine peut-elle baisser durablement sous Donald Trump ?© Gary Cameron Source: Reuters
Production de billets d'un dollar à Washington en 2014.

Donald Trump se félicite de la baisse de 12 milliards de la dette de son pays. Ce phénomène peut-il perdurer ? Pour l'économiste Olivier Delamarche, il faut plutôt s'attendre à une hausse rapide, tant l'ensemble des économies vivent à crédit.

RT France : A l'issue de son premier mois à la présidence des Etats-Unis, Donald Trump s'est félicité d'une baisse de 12 milliards de la dette américaine. Ce phénomène est-il directement lié à son début de mandat ?

Olivier Delamarche (O. D.) : Les évolutions de la dette sur un mois ne veulent pas dire grand chose. La dette des Etats-Unis peut tout a fait baisser un mois d'une dizaine de milliards et augmenter le mois suivant sans qu'il y ait de changements majeurs de politiques économiques. Donald Trump peut fanfaronner et dire ce qu'il veut à la presse, ce n'est pas parce qu'il est arrivé que par miracle la dette s'est mise à baisser. C'est un ajustement de l'économie. Cette baisse de 12 milliards n'est certainement pas reconductible.

 Si Donald Trump met en place tout ce qu'il a promis, la dette américaine va flamber

RT France : La dette américaine s'élève à près de 20 000 milliards de dollars. Quel niveau de baisse faudrait-il atteindre sous Donald Trump pour arriver à une baisse durable de la dette ?

O. D. : Avec le programme qu'il a annoncé, vous ne pouvez pas avoir de baisse durable de la dette. Baisser les impôts très fortement tout en augmentant considérablement les investissements dans la recherche ou dans la défense, cela va forcément creuser le déficit budgétaire des Etats-Unis. Dans ce cas, la dette va augmenter. Il ne faut pas partir sur l'hypothèse d'une dette en baisse quand la présidente de la Réserve fédérale des Etats-Unis (FED), Janet Yellen, assure qu'elle va monter les taux et que Donald Trump assure vouloir augmenter les investissements. Un investissement n'est jamais rentable tout de suite. Il peut ne même jamais l'être. Toutes ces annonces vont dans le sens d'une augmentation de la dette. Sans oublier qu'il faut ajouter une croissance très faible. Pour l'année 2016, la croissance annuelle américaine est de 1,6%. Je ne vois pas comment on peut aboutir à une baisse durable de la dette dans un tel contexte. Je vois plutôt que tous les ingrédients pour une hausse rapide sont réunis. Si Donald Trump met en place tout ce qu'il a promis, je peux vous assurer que la dette américaine va flamber

Le jour où les gens perdent confiance dans leur monnaie, le système basé sur la dette s'effondre

RT France : On explique souvent que les Etats-Unis par leur puissance économique et monétaire peuvent se permettre de creuser inlassablement leur dette sans conséquence importante. Cela reste-t-il vrai aujourd'hui ?

O. D. : Le problème avec la dette, c'est que visiblement tout le monde s'en fiche. Le pire pays pour cela, c'est le Japon. L'état est endetté à plus de 230% du PIB. Est-ce qu'il s'est passé quelque chose ? Non. Les Japonais disent qu'ils ont du mal face à cette pression, mais est-ce que le yen s'effondre ? Pas du tout. Il y a toujours des crétins pour aller en acheter. Il y a des gens qui ont encore confiance dans le Japon, donc tout va bien. Les pays, quels qu'ils soient – les Etats-Unis, les pays européens ou la Chine – ne vivent plus que sur la dette. L'année dernière, les Etats-Unis – si on cumule la dette des ménages et celle de l'Etat – se sont endettés aux alentours de 1 400 milliards de dollars, tout cela pour faire 300 milliards de dollars de plus de PIB. C'est un fonctionnement qui marche uniquement par la dette. En Chine, l'endettement est supérieur à la croissance. Sur les quinze dernière années, soit la période 2000-2015, le pays a généré 10 000 milliards de PIB supplémentaire mais la dette s'est creusée de 30 000 milliards. Cela veut dire qu'à chaque fois que vous mettez trois dollars dans l'économie chinoise, vous en récupérer un seul en chiffre d'affaires. Dites cela à un chef d'entreprise, il va vous regarder bizarrement.

Comment est-ce que cela peut encore fonctionner ? Tout est basé sur la confiance que vous avez dans la monnaie. Tant que la confiance perdure, il n'y a aucune limite à la dette. Les pays occidentaux sont aujourd'hui endettés à hauteur de 100-130% – si on ne considère que la dette de l'Etat – et de 230% pour le Japon. Rien n’empêche sur le papier d'aller jusqu'à 150%, 160% voire même 200%. Au Japon, qu'est-ce qui les empêche d'aller à 300% ? Il n'y a pas de table de la loi qui dit qu'on ne dépassera pas les 300%.

Toutes les économies aujourd'hui reposent uniquement sur un accroissement de la dette

Tant que les gens continueront à croire que les billets de banques et ce qui se trouve sur leur compte vaut quelque chose, tout ira bien et vous pourrez continuer ainsi à l'infini. Le seul problème reste qu'à un moment, normalement, les gens finissent par se poser des questions et ce jour là, il est déjà trop tard. La confiance est un concept binaire. C'est un ou zéro. Vous avez confiance ou non. Il n'y a pas de situation intermédiaire. Le jour où les gens perdent confiance dans leur monnaie, le système basé sur la dette s'effondre. Malheureusement vous n'avez ni la date, ni l'heure du moment où cela va se passer. Mais pour l'instant, on se dit que tout va bien. Tant que les gens gardent confiance dans leur monnaie, vous pouvez descendre autant que vous voulez à la cave faire tourner la planche à billets. Le problème de la dette, c'est que dans l'esprit des gens ce n'est pas un problème.

Il faudra pourtant bien le résoudre un jour car ces dettes pèsent sur la croissance. Quand vous avez, comme le Japon, 230% de dettes, si vous montez les taux d'intérêt de 1%, vous devrez payer 2,30% d’intérêts par an. Il faut donc au moins que votre croissance soit de 2,3 sinon cela la plombe totalement, puisque toute votre croissance servira à payer le service de la dette. Le Japon est condamné à avoir des taux à 0 en permanence. Le jour où ils monteront, ce sera la fin de l'histoire. Il faudra tout faire pour réduire rapidement la dette. Il n'y a alors pas 10 000 solutions. Il faut presser l'épargne des citoyens ou alors descendre sans arrêt à la cave faire tourner la planche à billets. Toutes les économies d'aujourd'hui reposent uniquement sur un accroissement de la dette. Quand vous regardez les chiffres, la totalité de la croissance repose sur la dette. Qu'en conclure? Avant tout qu'on n'est donc pas prêt de voir les taux monter parce qu'on ne peut pas se le permettre au vu des taux de croissance que l'on peut espérer en Europe et ailleurs. La deuxième conclusion que l'on peut tirer, c'est que tout cela se terminera probablement très mal avec un effondrement global.

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