Maïdan 2.0 : «Les nationalistes ukrainiens provoquent une crise politique avec le blocus du charbon»

Maïdan 2.0 : «Les nationalistes ukrainiens provoquent une crise politique avec le blocus du charbon»© Valentyn Ogirenko Source: Reuters
Les activistes des groupes ultranationalistes à Kiev, Ukraine.

Kiev semble avoir peur de prendre des mesures fermes contre les ultranationalistes qui bloquent les convois de charbon et de risquer ainsi de provoquer d'incontrôlables violences, explique Jim Jatras, ancien diplomate américain.

Les organisateurs du blocus des convois de charbon par train en Ukraine se sont vantés sur les réseaux sociaux d’avoir empêché quelque 74 000 wagons de passer de la zone contrôlée par les rebelles à celle dominée par Kiev.

Des milliers de wagons remplis de charbon ne peuvent donc pas quitter le Donbass, région de Donetsk, car les activistes bloquent les lignes de train menant aux territoires contrôlés par le gouvernement. 

Ces nationalistes estiment qu’acheter le charbon provenant des mines suituées dans l’Est du pays et contrôlées par les rebelles est une trahison. Cependant, sans les réserves de charbon nécessaires, les centrales électriques ukrainiennes sont menacées de fermeture. Kiev a déclaré l’état d’urgence pour le secteur énergétique du pays.

RT : Les voies ferrées ont été bouclées par les militants nationalistes ukrainiens. Selon vous, que cherchent-ils d’obtenir par cela ?

Jim Jatras (J. J.) : Franchement, je pense qu’ils ne savent pas exactement quoi faire. Ils sont conscients que cela est extrêmement dommageable pour l’économie ukrainienne – comme ils l’ont annoncé le 15 février, ils avaient une réserve pour 40 jours. Ce délai passé, l’épuisement de ces réserves arrivera très rapidement. Le Premier ministre Groïsman a déclaré que 300 000 emplois pourraient éventuellement disparaître s’ils ne sont pas capables de maintenir l’approvisionnement en charbon. Ils ne peuvent pas continuer comme ça.

On pourrait penser que ce genre d’activité illégale – il n’y a aucune autorité juridique ayant décidé de ce blocus – serait une affaire dont un gouvernement devrait se mêler. Je peux seulement supposer que, s'ils n'agissent pas, c'est parce qu’ils se sentent trop faibles pour le faire. Ils ont peur de ces ultranationalistes, et du fait que, s’ils tentent de prendre des mesures fermes contre eux, ces derniers auront recours à une violence que le gouvernement ne pourra pas contrôler.

Ils ne veulent pas réintégrer le Donbass dans le pays, comme les accords Minsk-2 appellent à le faire

RT : L’Ukraine s’est donc tirée une balle dans le pied avec ce blocus, c'est cela ? 

J. J. : Comme vous l’avez dit, elle s’est tirée dans le pied, ou ces nationalistes ont tiré dans le pied du reste de l’Ukraine. Le parti qu'on trouve derrière tout cela, dont certains membres de la Rada [le Parlement ukrainien], est ce qu’on appelle le parti «Samopomitsch» – qui est bien sûr basée en Ukraine occidentale. Franchement, je ne pense pas qu’ils se préoccupent beaucoup du Donbass ou de l’Ukraine orientale en général. Ils ne veulent pas réintégrer ces zones dans le pays, comme les accords Minsk-2 appellent à le faire. Je pense en fait que leur objectif est plus grand. Ils affirment qu’ils luttent contre la corruption, etc., mais j’estime qu’ils cherchent à saper le gouvernement de Kiev afin d'imposer une crise politique. Nous avons déjà entendu parler de la possibilité d’un nouveau Maïdan un jour ou l’autre. Je n’exclue pas que c’est ce qu’ils visent vraiment ici. Ils s'attaquent à un talon d’Achille de l’économie dans l’espoir de susciter une crise gouvernementale en Ukraine.

RT : Il semble que toute cette situation ne joue pas en faveur du gouvernement à Kiev… 

J. J. : Cela explique partiellement l’hésitation du gouvernement à essayer de faire quelque chose à ce sujet car cela pourrait servir de catalyseur à un tel développement. N’oublions pas que tous les partenaires des Ukrainiens, l’Union européenne, les Etats-Unis et certains membres du G7 ont tous dit que ce blocus est très mauvais pour l’Ukraine. [...] Il n’y a donc vraiment personne qui se prononce en faveur de cela autant que je sache, à part d’un petit groupe des radicaux.

Il y a une tentative de jeter de l’huile sur le feu, pour que les pays occidentaux, en particulier les États-Unis, soient plus favorables à l’Ukraine

RT : Il a été dit que cette désintégration, en Ukraine, avantageait certains pays occidentaux. Est-ce le cas ? Si oui, quel est leur but ? 

J. J. : C’est probable. Néanmoins – cette suggestion a d'ailleurs été faite face à l’intensification des combats qu’on a observée au cours de ces dernières semaines – il y a une tentative de jeter de l’huile sur le feu, pour que les pays occidentaux, en particulier les États-Unis, soient plus favorables à l’Ukraine. Et ce malgré le fait qu’ils la soutiennent déjà. Je ne comprends pas comment ce blocus pourrait aboutir à cela. Il s’agit clairement d’un problème interne au sein de l’Ukraine ; cela ne concerne pas les Républiques de Donetsk et de Lougansk et, d'un point de vue militaire, ne touche en rien les Russes évidemment. Vous vous demandez ce qu’ils veulent accomplir ici. Je ne vois pas comment cela peut jouer vraiment en faveur de Porochenko. En fait, concernant le soutien des pays occidentaux, je pense que ce sera contre-productif. Ils diront tout simplement : «Regardez, cet endroit est encore plus instable, ils ne sont pas fiables. Nous n’allons pas renforcer notre soutien. Bien au contraire.»

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