Rapport de sécurité de Munich : l’apocalypse est proche

Rapport de sécurité de Munich : l’apocalypse est proche© MSC/Koch/securityconference.de
La réunion de la Conférence sur la sécurité à Munich, Allemagne

Le Rapport de sécurité de Munich de 2017 aboie la fin du monde. Ce qui révèle du jamais vu, selon John Wight, le libéralisme occidental (pas l’Occident), qui a mené aux catastrophes dans plusieurs régions du monde, est maintenant en crise lui-même.

A l'aube de la Conférence sur la sécurité à Munich de 2017, les organisateurs ont publié un rapport avec le sous-titre Post-vérité, post-Occident, post-ordre ? La question répond à elle-même, mais pas pour des raisons que les libéraux occidentaux accepteraient.

Par souci d’exactitude, soyons clairs : ce n’est pas l’Occident, c’est le libéralisme occidental qui est en crise. Ce sont deux entités différentes, et en effet, comme les événements l’ont montré et le prouvent toujours, elles sont complètement antithétiques.

Le premier paragraphe du rapport de la conférence de Munich sur la sécurité, se lit comme si la fin du monde était à nos portes.

«Le monde fait face à un moment non libéral. Dans l’ensemble de l’Occident et au-delà, les forces intolérantes gagnent du terrain. De l’intérieur, les sociétés occidentales sont troublées par l’émergence de mouvements populistes qui s’opposent aux éléments critiques du statu quo libéral-démocratique. Du dehors, les sociétés occidentales sont contestées par des régimes non libéraux qui essaient de mettre en doute la démocratie libérale et d’affaiblir l’ordre international. Et les Etats occidentaux eux-mêmes semblent peu disposés et incapables de surmonter efficacement les plus grandes crises de sécurité – la Syrie en étant le premier exemple

Essayez d’expliquer au peuple de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Libye, de la Syrie, de l’Afrique, de l’Amérique latine, qui ont vu leurs pays et sociétés être détruits au nom de la démocratie libérale, ce «moment non libéral» qu’ils doivent redouter

Cette déclaration sous-entend la supposition que le libéralisme, ou les valeurs libérales, devraient être considérées comme sacro-saintes, la condition sine qua non de la vertu culturelle, politique, économique et morale, et comme ces valeurs selon lesquelles tout pays, toute société et tous les peuples doivent exister, indépendamment des spécificités culturelles, régionales ou historiques.

C’est là le problème. Malgré le carnage, le chaos, l’instabilité, le conflit interminable, l’effondrement de la société, et les bouleversements économiques qui ont été forgés ces derniers temps au nom de ces mêmes valeurs libérales «intouchables» et de la démocratie libérale, ses défenseurs refusent toujours de voir le réalité. Essayez d’expliquer au peuple de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Libye, de la Syrie, de l’Afrique, de l’Amérique latine, qui ont vu leurs pays et sociétés être détruits au nom de la démocratie libérale, ce «moment non libéral» qu’ils doivent redouter. Tentez d’en raconter aussi au nombre honteusement croissant de victimes de la pauvreté, du manque d’éducation, des logements insalubres, des soins de santé de mauvaise qualité ou inexistants dans ces pays occidentaux, où les valeurs libérales prédominent.

Et quand il s’agit de la Syrie, alléguée dans le rapport en tant que preuve d’une «crise de sécurité» que «les Etats occidentaux semblent peu disposés et incapables d’aborder efficacement», ces gens n’ont-ils pas de honte ? Cette sorte de barbarisme bestial et brutal qui a englouti la Syrie au cours des six dernières années, est le fruit d’une déstabilisation de la région causée par les guerres du «11-Septembre» – une série de guerres et de conflits qu’ils ont déclenchés et qui ont éclaté à la suite de l’atrocité terroriste planifiée et réalisée par Al-Qaïda contre les Etats-Unis en 2001.

Leur détermination à exploiter l’attentat du 11-Septembre comme prétexte pour un changement de régime au Moyen-Orient a ouvert les portes de l’enfer

Ce qui doit être considéré comme l’ironie de notre temps, Washington et ses alliés ont plutôt réussi à assurer la croissance et l’intensification d’une menace terroriste et de l’idéologie d’Al-Qaïda, au lieu de le détruire. Dit franchement, leur détermination à exploiter l’attentat du 11-Septembre comme prétexte pour un changement de régime au Moyen-Orient a ouvert les portes de l’enfer, d’où le monstre du djihadisme salafiste a émergé, déterminé au génocide, à la mort et à la destruction comme une fin en soi. Tout le monde peut en voir les graves conséquences sous la forme de la crise des réfugiés, qui est parallèle à celle qui a eu lieu au début de la Seconde Guerre mondiale, sous la forme du sectarisme religieux et de l’extrémisme, de la prolifération du terrorisme, à la fois régional et international, et de la souffrance humaine sur une échelle, en comparaison à laquelle le terme «civilisation occidentale» est dérisoire.

Plus loin dans ce rapport, on tombe sur la chose suivante :

«Les commentaires de Donald Trump prétendant que l’OTAN est «obsolète» ont provoqué une grande incertitude chez les alliés des Etats-Unis, surtout en Europe centrale et orientale. L’Union européenne est sous pression aussi, car elle doit faire face au Brexit, à une vague populiste, à la crise des réfugiés et à une rechute éventuelle de la crise de l’euro, aux attaques djihadistes, à la Russie révisionniste.»

Encore une fois, nous voyons la preuve d’une disjonction intellectuelle entre les convictions profondes du champion de l’hégémonie libérale et la réalité. L’OTAN n’est pas une force pour la paix universelle, ni pour la sécurité, ni la démocratie, ni la liberté, comme ses adhérents le proclament. En réalité, c’est une alliance militaire destinée à répandre la puissance impérialiste occidentale, celle qui a un héritage funeste de changement de régime – par exemple, en ex-Yougoslavie et en Libye. C’est un rudiment de la guerre froide qui a été ressuscité et qui a gagné en importance ces dernières années, en concordance avec le retour à un paradigme de la guerre froide – adopté pour détourner l’attention des épaves politiques, économiques et géopolitiques, que les valeurs et les normes libérales démocratiques ont laissées.

Autrement dit, la Russie joue le rôle d’un épouvantail commode contre lequel les peuples des Etats-Unis et de l’Europe occidentale sont encouragés à se réunir, et qui est présenté comme une menace pour leur sécurité et leurs intérêts nationaux. Comme George Orwell l'a écrit, «La guerre c’est la paix. La liberté c’est l’esclavage. L’ignorance c’est une force».

Remplacez «révisionniste» avec «forte», et vous arriverez au vrai problème que les impérialistes libéraux occidentaux ont avec la Russie en 2017

Aucune personne raisonnable ne s’oppose à la conception d'une Europe unie, stable et sûre. Comment le pourraient-ils, si une telle Europe est dans l’intérêt de tout le monde ? Mais le principal obstacle qui empêche de parvenir à cette unité, cette stabilité et cette sécurité c’est l’idée que la Russie ne peut et ne doit pas faire partie de la solution à cet égard, et qu’elle doit être considérée comme une partie du problème.

Ce qu’ils décrivent comme la «Russie révisionniste» est vraiment un code pour la Russie qui refuse de se mettre à genoux devant l’impérialisme, la domination et l’hégémonie de l’Occident. Remplacez «révisionniste» avec «forte», et vous arriverez au vrai problème que les impérialistes libéraux occidentaux ont avec la Russie en 2017. Il préfèrent de loin le pays qui a été ravagé et décimé par les fondamentalistes du libre-échange dans les années 1990, et exploiter le chaos et le choc qui ont suivi l’effondrement de l’URSS, pour faire une expérience de masse au désespoir humain sur l’ensemble de la société.

La sortie de la Russie de cette sombre décennie c’est quelque chose qui n’a jamais été pardonné par des gens comme Javier Solana, David Miliband et George Soros, qui sont tous membres du Conseil consultatif de la Conférence sur la sécurité de Munich.

Le contenu du rapport de 2017 confirme tout simplement qu’il n’y a rien de plus intolérant qu’un libéral qui voit le monde comme un échiquier géant, sur lequel les Etats, les gouvernements et des peuples entiers sont de simples pions qui doivent être déplacés selon son désir.

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