«Le contribuable américain a payé 100 milliards de dollars pour convertir l’Afghanistan en Pays-Bas»

«Le contribuable américain a payé 100 milliards de dollars pour convertir l’Afghanistan en Pays-Bas»© Global Look Press via ZUMA Press Source: www.globallookpress.com
Les combattants du Taliban dans la province de Zâbol dans le sud de l'Afghanistan

Le nombre de pertes civiles en Afghanistan est le plus élevé depuis 2009, et la situation se détériore encore, suite à un manque de vision des Etats-Unis, affirme Jim Jatras, ancien diplomate américain et expert en politique internationale.

Il y a presque 16 ans, les Etats-Unis ont envahi l’Afghanistan pour lutter contre le terrorisme. Maintenant, le pays est plus que jamais instable. Les Taliban contrôlent la plus grande partie du territoire depuis 2001. Le nombre de victimes civiles a atteint son niveau le plus élevé depuis 2009.

RT : Que se passe-t-il actuellement en Afghanistan ?

Jim Jatras (J. J.) : La situation se détériore. Elle reflète un manque de vision – qu'essayons-nous d'accomplir ici ? Je pense que l'idée était de venir là et tuer qui l'on avait à tuer après le 11-Septembre. A mon avis, ce que nous aurions dû faire, c'était de remettre les clés aux Russes et aux Indiens et quitter le navire.

L'Afghanistan est toujours une société très tribale, avec des factions, une société de chefs de guerre

Nous ne l’avons pas fait, nous avons décidé de rester, de nous engager dans le processus de la construction de la nation, de tirer toutes les mauvaises leçons de La guerre selon Charlie Wilson. Si seulement nous construisons assez d'écoles, d'hôpitaux, de routes et de ponts, cela deviendra les Pays-Bas ou quelque chose de ce genre. Mais cela n'a pas eu lieu. C'est toujours une société très tribale, avec des factions, une société de chefs de guerre. Nous n’allons pas y rester pour toujours. Il n'y a aucun moyen de créer une société qui soit stable pour la laisser derrière nous. Nous avons déboursé plus de 100 milliards de dollars de la poche du contribuable américain pour la reconstruction de l’Afghanistan. Cela n'a manifestement pas marché, et encore plus d'argent n'y changera rien.

Les Taliban sont issus du mouvement moudjahidine que nous avons utilisé à l'époque contre les soviétiques en Afghanistan

RT : Quelqu'un a qualifié ainsi l’Afghanistan : «le lieu où les empires viennent pour mourir». Personne n'a jamais réussi à contrôler ce pays depuis 2 000 ans. N'est-ce pas un terrain idéal pour des personnes radicalisées qui détestent les Etats-Unis et l'Occident ?

J. J. : C'est vrai. Je pense que cela va nous faire reposer ces questions : quel est le minimum que nous voulons de l’Afghanistan ? Y-a-t-il quelque chose que nous voulons ou dont nous avons besoin ? Non. Ce que nous voulons c'est qu'il ne devienne pas la base arrière des groupes comme Al-Qaïda et Daeshs qui sont là, d'ailleurs, tout comme les Taliban. Je pense que cela est lié à l'identité de nos partenaires. D'abord, on était avec les Pakistanais. Ce sont eux qui ont d'abord crée les Taliban, avec l’aide de l’Arabie saoudite.

Ils sont issus du mouvement moudjahidine que nous avons utilisé à l'époque contre les soviétiques en Afghanistan. Ce n'étaient pas les bons partenaires. Il faut se fier à des pays comme la Russie, comme l’Inde, qui ont un intérêt à combattre ces forces-là. Et ils sont sur place, ils ne peuvent pas partir. Cela fait partie de leur travail.

RT : Dans cette situation, les Etats-Unis ne peuvent-ils pas tout simplement se désengager ?

J. J. : Non, je pense que nous devons trouver un moyen de transmettre cette tâche à quelqu'un de plus stable qui pourrait sécuriser la situation et travailler avec des factions locales qu’il juge fiables, en vue les rendre dociles.

Si vous pouvez me dire exactement qui est le gouvernement actuel au Yémen, ce serait une prouesse

RT : Le Yémen a exprimé son inquiétude au sujet du récent raid américain qui a fait des victimes civiles. Depuis, le Yémen a fait savoir aux Etats-Unis : «Plus aucun raid à moins qu'il ne soit approuvé par notre gouvernement.» Que cela signifie-t-il ?

J. J. : Une première question apparaît quand on entend «leur gouvernement». De quel gouvernement parle-t-on ? Si vous pouvez me dire exactement qui est le gouvernement actuel au Yémen, ce serait une prouesse. Vous avez les Houthis, vous avez deux présidents rivaux, vous avez les Saoudiens, qui sont venus et ont saccagé l'endroit. Le raid était contre Al-Qaïda, qui y avait mis un pied seulement à cause de l’incursion saoudienne contre les Houthis, qu'ils accusent d'être les marionnettes des Iraniens, ce qui n'est tout simplement pas vrai.

Lire aussi : Afghanistan : un retrait des troupes étrangères aurait des conséquences imprévisibles, selon Moscou

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