Bombardements en Ukraine : «un acte désespéré» du président ukrainien pour rester au pouvoir

Bombardements en Ukraine : «un acte désespéré» du président ukrainien pour rester au pouvoir© Gleb Garanich Source: Reuters
Les chars des forces gouvernementales dans un quartier de la ville d'Avdievka

L'escalade du conflit ukrainien est un moyen pour Kiev de maintenir son instable équilibre et de cacher l'état du pays, selon Xavier Moreau, expert en géopolitique et auteur du livre «Ukraine, pourquoi la France s'est trompée» (Editions du Rocher).

RT France : Comment l'escalade des tensions en Ukraine s'explique-t-elle ?   

Xavier Moreau (X. M.) : Il est clair que c’est d'un côté l’arrivée de Donald Trump au pouvoir aux Etats-Unis, et, de l’autre, le fait que le système oligarcho-fasciste qui dirige à Kiev, ne peut plus tenir : bientôt, l’Etat ukrainien, sera à court d’argent, et les idées fédéralistes et autonomistes se répandent dans toute l’Ukraine, y compris dans l’ouest du pays. Aujourd’hui, donc, la seule chose qui reste à Porochenko pour essayer de tenir le pays, c’est le mythe de l’agression russe.    

Si les sanctions sont levées, tout va s’arrêter en Ukraine, tout le monde va s'en désintéresser

RT France : Qui est à l'origine de cette escalade, selon vous ?

X. M. : Je pense que c’est Petro Porochenko. C’était coordonné avec son voyage en Allemagne, et il a envoyé quelques troupes pour provoquer, essayer d’en imputer la faute soit à la République populaire de Donetsk ou de Lougansk, soit, dans le meilleur des cas, à la Russie. A mon sens, c’est un acte désespéré. Parce que si les Russes n’ont pas commis l’erreur d’intervenir directement dans ce conflit, ils ne vont pas la commettre maintenant. De toute manière, on a vu que les troupes déployées par Kiev ne sont pas suffisantes pour remporter une victoire significative. Depuis quelque temps, on parle surtout de bombardements. Il y a une vraie volonté de pousser le Donbass ou Moscou à la faute.  

RT France : Pourquoi cela a-t-il lieu après l’arrivée de Donald Trump au pouvoir et au moment du voyage du président ukrainien en Allemagne ? Que signifie un tel agenda ?

X. M. : Il faut bien avoir en tête que, si Donald Trump lève les sanctions, ce qui est possible, c’est la fin de la crise ukrainienne. Car quel sera l’intérêt pour le parti occidentaliste, si désormais les Etats-Unis n'en font plus partie, de continuer le conflit en Ukraine, s’il n’y a pas de sanctions ? Pour qu'il y ait des sanctions, il faut un conflit en Ukraine. Si les sanctions sont levées, tout va s’arrêter en Ukraine. Les organismes internationaux, l’UE... tout le monde va s'en désintéresser, et l’Ukraine sera livrée à elle-même. Et Petro Porochenko ne veut pas d'une telle situation, parce qu’il a des comptes à rendre à l’Ukraine-même.

RT France : Quel pourrait être le développement de la situation sur le plan militaire ?

X. M. : La ligne de front ne sera pas déstabilisée. Encore une fois, le déploiement mis en œuvre par Kiev n’est pas suffisant pour réaliser une avancée significative. Ensuite, il faut avoir en tête que toute la ligne de front est extrêmement minée, donc envoyer un assaut, des blindés ou des soldats n'est pas sans conséquence – [Porochenko] a découvert à quel point cela était grave et le résultat ce sont les énormes pertes subies par l’armée de Kiev et les milices. 

Les autorités de Kiev, faute de pouvoir emporter une victoire militaire, s’attaquent aux infrastructures, pour rendre la vie des habitants impossible

RT France : Vous n’attendez donc pas de grands changement sur le plan militaire ?

X. M. : Non. En revanche, il y a de quoi s’inquiéter pour la population, parce que les autorités de Kiev, faute de pouvoir emporter une victoire militaire, s’attaquent aux stations d’épuration d’eau, stations de pompage, aux infrastructures, pour rendre la vie des habitants impossible. Et il ne faut pas oublier la déclaration d’Andreï Parouby, le président de la Rada, qui a dit qu’il y avait des millions d’occupants dans le Donbass. Il parle de la population russe. 

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RT France : De la population locale, vous voulez dire ?

X. M. : Exactement. Il ne faut oublier que, dans le Donbass, l’essentiel de la population est russe ethnique, et pas Malorusses – en Ukraine il y a différentes populations : il y a les Tatars, les Malorusses... et dans le Donbass, ce sont les Russes. Et les gens comme Andreï Parouby, les extrêmistes de ce type, en Ukraine, considèrent que les Russes sont des sous-hommes et qu’il faut s’en débarrasser.

RT France : Pourquoi n’a-t-on pas encore vu de déclaration officielle de la part des Etats-Unis et des pays européens ? 

X. M. : Concernant les Etats-Unis, c’est simplement lié au fait que Rex Tillerson vient d'être confirmé [en tant que secrétaire d'Etat] par le Congrès, donc cela aurait été risqué pour lui et pour Donald Trump de prendre une décision avant. Quant à l’UE, les Allemands et les Français savent très bien ce qui se passe dans le Donbass : s'ils ne disent rien, c'est que cela ne sert pas à leurs intérêts.

Les européistes sont en équilibre extrêmement instable et ont peur de faire s’écrouler l'ensemble

Un autre problème : comment les institutions internationales, comme le Fond monétaire international, vont pouvoir accepter de financer l’Ukraine, si elle reprend les opérations militaires ? En fait, les Européens, ou plutôt les «européistes», sont en équilibre extrêmement instable et qui ont peur de faire s’écrouler l'ensemble. Il y a des échéances électorales en 2018-2019 qui implique qu’ils ont un an pour trouver une solution à la fois politique et économique. Je ne pense pas qu’ils perçoivent avec beaucoup d’enthousiasme Petro Porochenko, qui usait là d'un atout en relançant une guerre pour essayer de cacher l'étendue de la catastrophe dans laquelle se trouve le pays.

RT France : Les présidentielles en France et en Allemagne peuvent-elles avoir un impact sur la situation dans la région ?

X. M. : Si jamais l’élection présidentielle donne le pouvoir à un candidat qui veut la fin des sanctions, que ce soit Jean-Luc Mélenchon ou François Fillon, il n'y aura plus de sanctions, il n’y aura plus de conflit en Ukraine. Elle sera livrée à elle-même. Aujourd’hui, la survie même de l’Ukraine en tant qu’Etat est en question.

L’Ukraine étant une création récente et artificielle, nous allons assister au développement de volontés autonomistes

RT France : Pourquoi ? 

X. M. : A partir du moment où l’Ukraine ne sera plus soutenue économiquement par l’UE ou par les institutions internationales, cela sera la banqueroute. Kiev n’aura tout simplement plus les moyens d’exercer le pouvoir sur l’ensemble du pays. Comme l’Ukraine est une création récente et artificielle, nous allons assister au développement de volontés autonomistes, au moins dans les Carpates, avec les minorités roumaines et les minorités hongroises. Plusieurs gouvernements locaux ont annoncé qu’ils souhaitaient renforcer les autonomies. Bien sûr, toutes les régions qui composent ce qu’on appelait la Nouvelle Russie à l’époque de Catherine la Grande vont vouloir leur autonomie.

Le slogan porté par les fédéralistes de Nouvelle Russie tout au début de la crise était : «Arrêtons de nourrir Kiev !» Pourquoi est-ce que l’Ukraine riche, l’Est de l'Ukraine payerait-il un impôt à Kiev qui ne produit rien et consomme la richesse utile de l’Ukraine, cela n’a aucun sens. Le problème, aujourd’hui, c’est que, si jamais l’Ukraine se confédéralise ou s’autonomise, Kiev n’aura tout simplement pas les moyens d’exercer les fonctions régaliennes.  

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