Défaite de Valls à la primaire : «désaveu de la politique du gouvernement» exprimé par les électeurs

Défaite de Valls à la primaire : «désaveu de la politique du gouvernement» exprimé par les électeurs© Robert Pratta Source: Reuters
Manuel Valls

Pas encore battu, Manuel Valls est face à un ballotage très difficile pour le second tour de la primaire de gauche. Le professeur en sciences politiques de l'University College de Londres Philippe Marlière explique les raisons de la defaite.

RT France : Comment expliquez-vous que Manuel Valls est arrivé deuxième ? Y a-t-il encore un espoir pour lui au second tour ?

Philippe Marlière (P. M.) : Je pense que c’est avant tout les électeurs de gauche qui ont sanctionné le gouvernement, car il était le Premier ministre il y a encore quelques semaines. Le fait qu’un Premier ministre en titre se présente à l’élection primaire de son propre parti et n'arrive pas en tête, alors qu’il est le plus connu du public et avait joué dans ce parti le rôle le plus important, c’est un échec pour lui. Il n’est pas encore battu, il y a le second tour, mais comme le troisième candidat Arnaud Montebourg a appelé à voter pour celui qui était arrivé en tête, Benoît Hamon, si l’on fait l’addition des voix, Manuel Valls est effectivement dans un ballottage très difficile pour le second tour. La conclusion est que, à travers ce vote, les électeurs ont exprimé une critique et un désaveu de la politique du gouvernement et ils ont placé à la première place de ce scrutin celui qui était par son profil, par les propositions politiques faites pendant la campagne, probablement le plus éloigné de cette ligne gouvernementale.

On a le choix entre les deux pôles du PS aujourd’hui

RT France : Donc c'est perdu pour Manuel Valls pour le second tour ?

P. M. : Attention, les appels à voter pour un candidat ne sont pas toujours suivis et il y a des pertes de voix. 

Pour le second tour on a le choix entre les deux pôles du PS aujourd’hui. Soit on continue avec Manuel Valls dans la ligne qui a été commencée par le gouvernement depuis 2012, très critiquée sur le plan économique et celui de la gestion des attentats terroristes, des problèmes sociétaux, notamment avec Manuel Valls sur la question d’islam, soit on part vers un retour à gauche, mais une gauche largement modernisée par rapport à la gauche que représentait Arnaud Montebourg. De ce point de vue, le candidat arrivant en tête, c’est aussi un candidat de la gauche moderne, pluraliste, ouverte vers le monde par rapport à Arnaud Montebourg et surtout Manuel Valls.

Gagner la primaire sera bien pour celui qui la remportera, mais les choses difficiles vont commencer après

RT France : Quelles sont les perspectives de Manuel Valls et de Benoît Hamon à la présidentielle ?

P. M. : Gagner la primaire, ce sera bien pour celui qui la remportera. Mais je crois que les choses difficiles vont commencer après. Si l’on en croit les sondages et surtout les mouvements d’opinion qui sont en train de se figer, ils ont une montagne à grimper, et cette montagne c’est l’Himalaya, dans le sens où aucun actuellement aucun des candidats ne dépasse, ou dépasse péniblement, 10% des voix, ce qui est un score historiquement bas. Pour trouver un socialiste à un score aussi bas, il faut remonter à l’élection présidentielle de 1969 qui était la dernière élection avant que ce parti ne sombre et soit refondé avec le PS de Mitterrand. Puisque si on regarde simplement la gauche, en oubliant François Fillon et Marine Le Pen, il y a Emmanuel Macron qui a grandi dans le centrisme, et qui vient plus au moins de la gauche et Jean-Luc Mélenchon avant dans les sondages. Cela fait la 5e place ; c’est inouï.

Ce serait un objectif pour le PS, de redevenir au moins à cette élection présidentielle le premier parti à gauche

Attendons de voir qui va gagner le second tour, si par exemple c’est Benoît Hamon, étant donné que c’est une promesse d’un retour à gauche et un nouveau visage politique, même s’il était ministre, dans la mesure où il fait des propositions différentes qui pourraient attirer un électorat jeune, plus à gauche, etc.
Il pourrait y avoir un frémissement – je ne crois pas que ça sera suffisant pour qu’il se qualifie au second tour, mais il peut y avoir un frémissement dans le sens où – actuellement, Mélenchon dit : «Le vote utile à gauche, c’est pour moi, puisque je suis en tête.» Ce serait déjà un objectif pour le PS, de redevenir au moins à cette élection présidentielle le premier parti à gauche, le premier candidat à gauche, alors qu’actuellement ils sont en deuxième ou en troisième position, selon que l'on considère que Macron est plutôt de gauche ou plutôt de droite. Mais finalement c’est un problème qui est discuté par beaucoup de monde.

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