Violences conjugales : après la grâce de Jacqueline Sauvage, une «révolution des mentalités» à mener

Violences conjugales : après la grâce de Jacqueline Sauvage, une «révolution des mentalités» à mener© Pool News Source: AFP
Jacqueline Sauvage et son avocate lors de son procès en appel.

Surprise et ravie de la grâce présidentielle accordée à Jacqueline Sauvage, Claire Serre-Combe, activiste du droit des femmes, espère désormais des politiques et de la justice plus d'actions dans la lutte contre les violences conjugales.

RT France : François Hollande a accordé aujourd'hui une grâce présidentielle à Jacqueline Sauvage. Etes-vous surprise par cette décision? 

Claire Serre-Combe (C. S.-C.) : Oui je suis étonnée. Personnellement, je ne m'y attendais pas. On savait que François Hollande avait, par le passé, regretté que les juges de remise de peine n'aient pas suivi la grâce partielle qu'il lui avait accordée, il y a près d'un an maintenant. Donc oui, nous sommes surprises mais dans un sens très positif.

Ce qu'il faudrait avant d'en arriver à une justice «parfaite», c'est que les magistrats, les juges et les enquêteurs soient formés à ce que sont les violences faites aux femmes

RT France : Malgré la compassion qu'ils pouvaient avoir pour l'histoire de Jacqueline Sauvage, des avocats et magistrats se sont exprimés ces derniers mois contre sa grâce, arguant que c'était à la justice et aux juges de remise de peines de décider de sa libération et non aux politiques. Partagez-vous cette position? 

C. S.-C. : Je pense que le plus important était avant tout qu'elle puisse sortir de prison. On a une femme qui est aujourd'hui brisée par 50 ans d'un mariage où elle et ses enfants ont été quasiment quotidiennement battues et humiliées. Une femme qui est passée par l'épreuve de deux procès aux Assises et de tout ce que l'on a connu depuis plusieurs mois depuis la grâce partielle accordée par le président. Evidemment, je préfère que la justice suive son cours et qu'elle soit humaine face à ces femmes qui en sont réduites à assassiner leur conjoint violent pour mettre fin à leurs souffrances. C'est évidemment l'idéal.

On tend vers une justice qui prend en compte les violences conjugales et masculines et qui amène des peines à cette hauteur, des peines également pour les auteurs de ces violences conjugales. Car ce sont des crimes, comme le viol conjugal et ils sont largement sous-punis en France. Ce qu'il faudrait avant d'en arriver à une justice «parfaite» qui prenne en compte les violences subies, c'est que les magistrats, les juges et les enquêteurs soient formés à ce que sont les violences faites aux femmes. Bien sûr on sait que cela bouge. Des programmes sont menés. Mais c'est une révolution des mentalités qu'il faut mener et cela prend beaucoup de temps. Après ces évolutions, on pourra arriver à un système où l'on n'aura plus besoin d'une «intervention divine» du président de la République pour mettre fin à une situation qui est intolérable car la justice aura pleinement pris conscience de ce que sont les violences faites aux femmes. Mais on en est pas encore là. Aujourd'hui pour Jacqueline Sauvage, c'est un renouveau. C'est le début d'une nouvelle vie où il faudra surtout qu'elle panse ses blessures psychologiques de décennies de violences subies.

Les violences faites aux femmes et plus globalement le droit des femmes est vraiment un angle mort de la politique

RT France : De nombreuses personnalités politiques se sont déjà exprimées en saluant cette décision de François Hollande. Un tel événement pourrait-il permettre à la question des violences faites aux femmes d'avoir un poids dans les débats présidentiels?

C. S.-C. : La question des violences faites aux femmes et plus globalement du droit des femmes est vraiment un angle mort de la politique. Les femmes représentent 51% de la population française et 53% du collège électoral mais ce sont les oubliées des programmes politiques. Au mieux on trouve un minuscule chapitre, voire un paragraphe, relégué en fin de programme, histoire de dire : «Non, on ne vous a pas oubliées, regardez là à la fin.» Nous espèrons et nous nous mobiliserons pour que ce cela soit un sujet des élections présidentielles et pas un sujet accessoire. On sait très bien que le 8 mars, lors de la Journée de la Femme, les candidates et candidats vont se fendre de grandes déclarations de principe visant à rassurer les féministes. Mais nous, ce que nous voulons savoir, c'est combien ils seront prêts à mettre sur la table pour lutter contre les violences faites aux femmes, qu'on aille enfin au-delà des condamnations de principe. Il faut mettre l'argent nécessaire pour lutter contre les violences que subissent des centaines de milliers de femmes en France. 

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