«Trump ne doit rien à la communauté juive, il est un agent libre»

«Trump ne doit rien à la communauté juive, il est un agent libre»© Handout Source: Reuters
Donald Trump et Benjamin Netanyahou

Israël est indigné par le refus des Etats-Unis d'opposer leur veto à la résolution de l'ONU contre la colonisation. L'arrivée de Trump pourrait causer d'autres bouleversements, selon Gideon Levy, le chroniqueur de Haaretz.

La colère de Tel Aviv à l’égard de la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU appelant à en finir avec les colonies israéliennes dans les territoires occupés, a été reprise par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou qui déclare qu'Israël ne peut pas et ne va pas l’accepter.

Netanyahou a aussi fait un commentaire sur la résolution : «Je demande à ces mêmes pays qui nousont souhaité une joyeuse Hanoucca, comment ont-ils voté sur la décision de l’ONU disant que cet endroit où nous célébrons Hanoucca, était un territoire occupé ?» 

La résolution a pu être adoptée après que les Etats-Unis, un proche allié d’Israël, se sont abstenus lors du vote, tandis que 14 pays ont voté en sa faveur.

Israël prend maintenant différentes mesures pour exprimer son mécontentement, en convoquant les ambassadeurs des pays qui ont soutenu la résolution et en menaçant de restreindre l’aide fournie aux organes des Nations unies.

L’Etat israélien peut même attendre que Donald Trump arrive à la Maison Blanche, où la situation bilatérale pourrait changer.

RT : La convocation des 14 ambassadeurs en un jour est un message assez fort dans le monde diplomatique. Mais pensez-vous qu’une telle pression aidera Netanyahou à obtenir ce qu’il compte ?

Gideon Levy (G. L.) : Netanyahou veut signaler au monde que son pays n’acceptera pas cette résolution. Mais c’est qui est vraiment une motivation pour Netanyahou c’est la politique intérieure, et non la politique internationale. Il veut montrer à son peuple, qu’il est toujours un leader puissant, que ce n’est pas le monde qui l’a déçu, mais c’est lui qui va décevoir le monde et lui faire savoir qui est puissant. Il joue un jeu, comme s’il était à la tête d’une superpuissance.

Par cette résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, le monde envoie un message très clair : l'occupation israélienne pose un problème

RT : Quels sont les arguments que Netanyahou pourrait utiliser dans des conversations avec ses ambassadeurs ? Quel est l’intérêt d’Israël dans cela ?

G. L. : J’espère que le monde comprendra que c’est Israël et Netanyahou personnellement qu’il faut accuser. Par cette résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, le monde envoie un message très clair, notamment que occupation pose un problème. Les colonies sont un problème.

Et je ne suis pas sûr que Benjamin Netanyahou soit dans une position qui lui permette de donner des leçons au monde. C’est le monde qui donne une leçon à Israël. Mais ça dépend beaucoup de certains Etats. J’espère qu’ils ne seront pas effrayés par le Premier ministre d’un pays assez petit, dont la politique est condamnée à l’unanimité.

On verra prochainement un autre jeu et un nouveau président à la Maison Blanche

RT : Netanyahou a convoqué aussi l’ambassadeur des Etats-Unis. Que pensez-vous des relations américano-israéliennes ?

G. L. : Les relations entre les Etats-Unis et Israël sont maintenant suspendues, car, comme vous le savez, dans 20 jours, on verra un autre jeu et un nouveau président à la Maison Blanche. Alors, tout ce qui se passe maintenant, n’a pas d’importance. Mais une fois que Donald Trump arrivera à la Maison Blanche, ça sera un autre jeu. Personne ne sait quelle sorte de jeu on verra, mais ça sera un jeu différent.

RT : Les Etats-Unis ont refusé d’opposer leur veto à la résolution de l’ONU sur les colonies. Quel est le signal de l’administration d’Obama à Israël ?

G. L. : Je ne sais pas exactement. Je crois qu’il a été envoyé à Israël et au gouvernement. Il visait principalement à attirer l’attention sur les projets de colonisation et l’occupation israélienne, et aussi c’était une occasion unique, «une fenêtre d’opportunité» pour les deux administrations, mais Donald Trump est tout à fait libre de mener sa propre politique, et je suis sûr qu’il va, à maints égards, négliger cette résolution.

Personne ne sait exactement où Donald Trump veut aller. Il ne faut pas oublier qu'il est un personnage inattendu

RT : Les relations américano-israéliennes ont certainement connu des temps meilleurs, tandis que Donald Trump a clairement déclaré son intention d’améliorer la situation. Quels obstacles devra-t-il il surmonter ?

G. L. : Il n’y a pas d’obstacles. Tout d’abord, c’est à lui de décider à quel point il sera impliqué, si c’est le cas. Je prévois que la politique intérieure sera prioritaire pour lui, mais on verra. Et ensuite, c’est la voie qu’il choisira de suivre. S’il continue d'être un allié inconditionnel d'Israël en le soutenant dans toutes les questions. S’il approuve l’occupation et les colonies, ou s'il est plus réticent, et prêt à prendre des mesures contre Israël.

Je ne suis pas convaincu que Donald Trump puisse donner des réponses, et certainement, personne ne sait exactement où il veut aller. Il ne faut pas oublier que c'est un personnage inattendu et qu’il ne doit rien ni à la communauté juive, ni à Israël, il est réellement un agent libre. Avec le temps, on verra ce qu’il fera.

RT : Estimez-vous que l’hésitation des Etats-Unis à l’égard de la résolution de l’ONU pourrait, en fait, être une démarche contre Trump, afin de lui compliquer la vie pour ce qui concerne les relations avec Israël ?

G. L. : Non, parce que la résolution ce n’est que des paroles. Je ne veux pas dire des mots creux ; ce ne sont pas des paroles vides, mais juste un bout de papier. Je suis sûr qu’Israël n'en tiendra aucun compte. Maintenant, tout dépend de deux choses : tout d’abord, c’est la politique que les Etats-Unis vont réaliser, c’est la clé, la question principale. Deuxièmement, il faut prendre en compte le reste du monde. Le reste du monde, est-il prêt à passer des paroles aux actions, notamment à punir Israël pour l’occupation, à adopter des sanctions contre ce pays. Ou ça deviendra une autre résolution qui restera dans […] l’histoire de l’ONU, sans aucun effet pratique. Le temps seul le dira.

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