Autriche : «A la colère des peuples, il faut répondre par des politiques de protection»

Autriche :  «A la colère des peuples, il faut répondre par des politiques de protection»© Heinz-Peter Bader Source: Reuters
Les affiches de campagne du candidat des Verts Alexander van der Bellen et de Norbert Höfer candidat du parti souverainiste et anti-immigration FPÖ dans les rues de Vienne

L'élection présidentielle autrichienne dessine un pays divisé entre ruraux et urbains mais aussi entre classes sociales. Après les scrutins anglo-saxons, pour Pierre-Yves Le Borgn' député PS, ce vote doit entraîner un réveil des sociaux-démocrates.

RT France : Pourtant favori dans les derniers sondages, Norbert Höfer et le FPÖ se sont inclinés avec 6 points de retard face à Alexander van der Bellen. Comment expliquez-vous ce résultat?

Je pense qu'avant tout cette victoire vient d'un sursaut du peuple autrichien. Un sursaut pour ne pas laisser le FPÖ l'emporter. Il y a eu ces trois derniers jours des témoignages forts comme celui de cette survivante de la Shoah Gertrude, qui ont rappelé l'importance de l'histoire. Cela a sans doute pesé dans la balance dans la dernière ligne droite. Il y a eu une prise de conscience du peuple autrichien de ce qui pouvait se jouer à cette élection. Contrairement au mois de juin, Alexander van den Bellen a recueilli plus de 53 % des scrutins, c'est une avance même si cela veut dire aussi que le FPÖ a rassemblé 47% des voix. 

 Il y a eu un comportement électoral identique à celui observé lors de l'élection de Donald Trump

RT France : Peut-on, malgré la défaite électorale, parler d'une victoire politique pour le FPÖ selon vous?

Non, car une défaite électorale reste une défaite. Cependant, ce qui s'est passé en Autriche n'est pas propre structurellement à ce pays. C'est un phénomène que l'on a vu dans d'autres pays. Quand on regarde la carte du scrutin d’hier, il y a de quoi être inquiet. Il y a la campagne contre les villes, les femmes contre les hommes, la jeunesse contre les plus âgés, les diplômés contre les moins qualifiés. C'est un comportement électoral identique à celui observé lors de l'élection de Donald Trump. Trump l'a emporté grâce aux Etats de la Rust Belt, désindustrialisés et relégués, dont les problèmes et populations sont bien différents de ceux de la Californie ou de New York. Le vote pour le Brexit relève de la même logique aussi: ceux qui ont fait sortir le Royaume-Uni de l'Europe sont les habitants des zones désindustrialisées du centre de l’Angleterre. Ce sont les zones qui avant étaient les réservoirs de votes du Labour anglais ou du Parti démocrate aux Etats-Unis. Alors, oui, ce qui s’est passé en Autriche est coup de semonce de plus. A la colère et désespérance populaire exprimées, il faut répondre par des politiques de protection.

 

RT France : Les grands partis traditionnels des chrétiens-conservateurs et des sociaux-démocrates ont choisi pour la première fois de ne pas donner d'indication de vote afin de préserver une alliance en cas de victoire du FPÖ. En tant que député socialiste, comprenez-vous leur choix?

Personnellement je ne comprends pas. Je ne parle bien sûr qu'à titre personnel, sans engager ma famille politique. Je ne crois pas que garder le silence soit le bon. Le FPÖ, ou le Front national en France, a beau avoir un discours de plus en plus lissé, on ne peut laisser l'emporter des partis racistes sans agir. Pour moi, dans tout duel contre l’extrême-droite, le front républicain doit prévaloir.

 Il faut savoir regarder la réalité en face et arrêter les discours naïfs et les paroles convenues.

RT France : Alors que l'élection présidentielle française approche, quelles leçons tirer du scrutin autrichien?

La leçon la plus importante est qu'il y a une partie de la population qui ressent le besoin d'être protégée. Il y a des peurs de l'électorat autrichien face à l'ouverture des frontières ou l'immigration qui sont des peurs que l'on retrouve en France dans les zones désindustrialisées ou désertifiées de nos campagnes. Il faut prendre en compte ces peurs. Il ne suffit pas d'ouvrir les frontières et militer pour la mondialisation, il faut aussi se poser les questions de protéger ceux qui sont les plus fragiles face à ces changements nécessaires. Il faut savoir regarder la réalité en face et arrêter les discours naïfs et les paroles convenues. On peut être libre-échangiste sans pour autant cesser de protéger les plus fragiles. Il faut engager les réformes et réflexions au niveau européen et national, offrir une nouvelle alternative pour prouver aux électeurs qui se sentent abandonnés que le progrès peut être la solution. Ce sera l'enjeu des prochains scrutins en France.

Lire aussi : Corbyn appelle le centre et la gauche à rejeter l’establishment pour ne pas perdre les élections

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

Raconter l'actualité

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans les commentaires sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

Enquêtes spéciales

Sondage

Que redoutez-vous le plus du prochain président ?

Résultats du sondage