Primaire de droite : «Alain Juppé n'a pas voulu épuiser tout le bonheur des élections»

Primaire de droite : «Alain Juppé n'a pas voulu épuiser tout le bonheur des élections»© Regis Duvignau Source: Reuters
Alain Juppé vote pour le premier tour des primaires de la droite et du centre.

Face au 44% de voix de François Fillon au premier tour de la primaire, Alain Juppé a-t-il eu raison de se maintenir au second tour ? Le député Jacques Myard, pour qui la personnalité des candidats a primé dans le vote, nous livre ses impressions.

RT France : Les résultats de ce premier tour et la première place ravie par François Fillon sur les deux favoris vous ont-ils étonné?

Jacques Myard (J. M.) : Je n'ai pas été surpris de voir François Fillon au deuxième tour. En revanche, nous avons tous été surpris par l'ampleur des résultats, l'ampleur de son pourcentage : plus de 44%. Ça ce n'était pas prévu ! Ce chiffre montre que les Français se sont mobilisés et que François Fillon a fait une excellente campagne. Il est clair qu'il y a quatre ou cinq semaine, on ne donnait pas cher de sa peau. Il était le troisième homme et même quand on avait de l'affection pour lui, il était difficile d'imaginer un autre duel que Nicolas Sarkozy-Alain Juppé. Tel n'a pas été le cas. Il a fait une bonne campagne et il a eu une bonne prestation au dernier spectacle - je tiens au mot spectacle- télévisé, ça a fait la différence

RT France : Plusieurs voix à droite se sont élevées pour dire qu'Alain Juppé aurait du se désister face au pourcentage de voix récoltés par François Fillon. Il aurait lui-même hésité. Pensez-vous que c'était une bonne décision?

J. M. : Deux tours ont été prévus, deux tours il y aura. C'est vrai qu'à six points près, il y aurait pu n'y avoir qu'un seul tour. Mais à l'évidence, Alain Juppé n'a pas voulu épuiser tout le bonheur du débat public et des élections. Je ne pense pas qu'il puisse inverser la vapeur, je ne pense pas qu'il puisse gagner. Mais il faut savoir qu'au deuxième tour, il y aura peut-être moins de votants qu'au premier et donc une réduction relative de l'avance de François Fillon. Mais je pense néanmoins que François Fillon va gagner ce deuxième tour et je m'en félicite. On aurait pu faire l'économie d'un deuxième tour mais pour la beauté des principes démocratiques, Alain Juppé en a décidé autrement.

RT France : Un deuxième tour, c'est aussi une manière de récolter à nouveau de l'argent pour la future campagne présidentielle...

J. M. : C'est tout relatif, car les frais d'organisation d'un deuxième tour aussi sont importants. Ce ne sont pas les deux euros qui vont permettre de couvrir absolument tous les frais. De ce côté là, c'est une incidence relative. Mais vous connaissez la formule : «Primauté du spirituel mais priorité au temporel» et en l’occurrence aux deux euros !

La personnalité et la confiance qu'on peut mettre dans un candidat, c'est ça qui prime !

RT France : Vous qui étiez candidat à cette primaire de la droite et du centre, avez-vous trouvé la campagne menée par les candidats et les débats à la hauteur de vos espérances?

J. M. : Le débat sur les primaires est parfois un peu simplificateur. Surtout quand vous regardez à la télévision, sept candidats qui sont interrogés quelques minutes, qui doivent répondre très rapidement. On a pas toujours le sentiment qu'on peut aller au fond des choses. De ce côté-là, je n'ai pas trouvé les débats follement intéressants. Ils étaient même un peu ennuyeux. Mais je pense que ce qui a surtout percé lors de ces débats, c'est la personnalité des candidats. Je crois que le résultat de cette élection s'est avant tout fait sur ça. Il y a eu un rejet de la personnalité de Nicolas Sarkozy, c'est assez évident. Il y a eu un rejet relatif de celle d'Alain Juppé, qui est assez rigide. Et il y a eu plus d'empathie pour François Fillon. Il y a bien sûr les propositions, mais la personnalité et la confiance qu'on met dans un candidat c'est ça qui prime !

RT France : Pensez-vous qu'au-delà des sympathisants de droite, la personnalité de François Fillon puisse séduire les Français lors de l'élection présidentielle?

J. M. : Il y a toute une série de Français qui ne suivent pas les slogans ou les ordres politiques et qui vont voter à l'empathie. On a pu le voir dans la dernière élection présidentielle où il y avait une crise et où François Hollande paraissait plus sympathique que Nicolas Sarkozy. La personnalité peut jouer au-delà des clivages politiques mais les militants encartés iront toujours voter conformément à leurs convictions.

Il est urgent que les partis politiques se dégagent de la machine électorale pour offrir aux Français un vrai projet politique

RT France : Quelle image cette primaire a-t-elle donné du parti des Républicains à l'opinion publique?

J. M. : Elle a donné une image d'un parti avec de nombreux talents mais auquel il manque un vrai projet. Je pense qu'aujourd'hui les partis sont devenus des machines à gagner sur le plan électoral à l'instar du système américain, mais il y a un réel problème de projet et de cohérence dans ce parti. On voit très bien les différences entre Nathalie Kosziusko-Morizet, Nicolas Sarkozy ou François Fillon. Ça ne signifie pas qu'on ne puisse pas gouverner ensemble, mais par rapport au Rassemblement pour la République (RPR), il y a un manque de convictions et de projet idéologique, c'est-à-dire un système de pensée qui permette de faire comprendre aux Français ce que l'on veut. Aujourd'hui, il est urgent que les partis politiques se dégagent de la machine électorale pour offrir aux Français un vrai projet politique.

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