Parler de «conseillers américains» et non de «de bottes au sol» en Irak relève de la pure politique

Parler de «conseillers américains» et non de «de bottes au sol» en Irak relève de la pure politique© Rodi Said Source: Reuters
Raqqa, Syrie, novembre 2016

Le concept de «conseillers américains» est une étiquette purement politique destinée au peuple américain qui ne veut pas être impliqué dans une autre guerre au Moyen-Orient, selon Brian Becker, de l’association anti-guerre Answer.

Les Etats-Unis vont assurer une couverture aérienne et une assistance au sol aux milices syriennes qui ont lancé un nouvel assaut sur la ville de Raqqa, afin de la reprendre des mains de l’Etat Islamique. Une équipe de RT en arabe a photographié des militaires américains dotés de casques et gilets pare-balles aux alentours de la ville. Les forces spéciales américaines auraient aussi été aperçues en première ligne, aux côtés de l’armée irakienne et de milices kurdes qui essaient de chasser Daesh de Mossoul, dans le nord de l’Irak.

L’opinion publique américaine est profondément et sérieusement contre une autre grande guerre américaine au Moyen-Orient

RT : Le Pentagone a déclaré qu’il n’avait aucunement le projet d’envoyer des troupes à Mossoul, mais les médias arabes rapportent que les bottes américaines sont déjà au sol. Comment comprenez-vous ce paradoxe ?

Brian Becker : Il y a des bottes américaines au sol, sans aucun doute. Mais le Pentagone souligne qu’il n’y aura pas un nombre déterminant de bottes sur le terrain, parce qu’il est obligé de dire au peuple et au public américains : «Nous n’allons pas nous réengager en Irak de la même manière qu’auparavant.» Effectivement, les Etats-Unis ne peuvent pas se réengager dans ce pays de la même façon qu’auparavant, parce que l’opinion publique américaine est profondément et sérieusement contre une autre grande guerre américaine au Moyen-Orient, et aucun homme politique – que ça soient les démocrates aujourd’hui, ou les républicains demain – ne peut faire la différence. Il y a une contrainte à restreindre le pouvoir des Etats-Unis. Mais oui, il y a 5 000 paires de bottes américaines sur le sol irakien, et il y a en plus des milliers de membres de sociétés militaires privées. C’est juste qu’ils ne seront pas décisifs.

Le peuple américain a été un facteur déterminant pour faire les Etats-Unis quitter l’Irak en masse

RT :Les Etats-Unis admettent qu’ils ont des «conseillers» qui assistent les forces irakiennes. Mais on peut se demander s’il y a une distinction nette entre un conseiller et un combattant ?

B. B. : Tout à fait. Au début de la guerre du Vietnam, l’administration de Kennedy disait toujours au peuple américain : «Ne vous inquiétez pas. Nous n’y avons que des conseillers.» Mais, bien sûr, si cette politique échoue, ces conseillers doivent être renforcés par d’autres et encore d’autres conseillers. Tôt ou tard, les politiciens, les généraux, les amiraux sont obligés de le reconnaître : ces «conseillers» ne sont pas tout simplement des «conseillers» – ce sont en réalité des bottes sur le terrain. C’est réellement quantifiable, quand vous avez des dizaines de milliers de soldats américains qui meurent au combat, c’est indéniable. Mais pour le moment, il est possible d'apaiser l’opinion publique, de lui dire : «Pas de souci, l’hémorragie ne va toucher que les Irakiens, cela ne concerne pas les Américains, ne prêtez pas trop attention à l’Irak.» Parce que le peuple américain a été un facteur déterminant pour faire les Etats-Unis quitter l’Irak en masse. Et les politiciens ne veulent pas que cela se répète. C’est la raison pour laquelle ils les appellent «des conseillers».

L’Etat islamique a de nombreuses options militaires, y compris l’option de la guérilla

RT : Si les Etats-Unis et les forces irakiennes n’obtiennent de victoire facile, est-il possible que cela se transforme en un interminable conflit ?

B. B. : Même si Daesh est chassé de Mossoul, ils seront capables de mener une véritable guérilla. Se borner à les faire se retirer d’une ville, même si c’est une ville importante – telle que Mossoul, la deuxième plus grande ville d’Irak – ne sera pas décisif. A ce stade, l’Etat islamique est une part réelle du paysage politique et militaire ; il est incrusté dans le paysage politique et militaire syrien. Les Etats-Unis ne sont pas vraiment capables d’évincer Daesh. Ils réclament des bottes au sol pour les vaincre, mais, bien sûr, ce sont pas des bottes américaines pour battre effectivement Daesh. Vous devez avoir des dizaines de milliers d’anciens combattants expérimentés pour non seulement leur faire quitter la ville, que ce soit Raqqa ou Mossoul, mais aussi pour les renverser de manière décisive sur le champ de bataille. L’Etat islamique a de nombreuses options militaires, y compris l’option de la guérilla.

RT : En passant de l’Irak à la Syrie, la phrase «pas de bottes au sol» a été utilisée dans le cadre de l’opération pour reprendre Raqqa. Mais quand les troupes américaines ont été aperçues sur place, elles ont été qualifiées de «volontaires». A quel point ces «volontaires» sont-ils indépendants du commandement américain ?

B. B. : Je crois qu’on pourrait dire «aucunement». Aucune indépendance. Un vieux proverbe dit que la première victime de la guerre, c’est la vérité. C’est juste une étiquette pour définir les choses autrement. Vous n’êtes pas un militaire, ni un groupe de combat, vous êtes un conseiller. Ou un volontaire. Bien sûr, vous êtes du personnel militaire, doté de fusils, dirigeant des forces aériennes et lançant des frappes contre les cibles ennemies. Vous pouvez périr. Et si vous êtes tués, dans ce cas, vous serez des bottes sur le terrain. C’est-à-dire que ce que nous voyons n’est que de l’étiquetage, une tentative de renommer le problème. C’est de la pure politique de la part des politiciens américains, parce que le peuple ne veut pas que les Etats-Unis soient impliqués dans une autre grande guerre au Moyen-Orient. Ce qui se passe en Syrie est, réellement, une guerre d’agression. Car, contrairement à la situation en Irak, les Etats-Unis ne peuvent même pas invoquer une invitation du gouvernement souverain. Ils s’y trouvent sans invitation, ils représentent une force d’invasion – ce qui induit une violation du droit international.        

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