Parlementaire britannique : «en Syrie, la Russie est un acteur incontournable»

© Dmitriy Vinogradov Source: Sputnik

Depuis le début de son intervention en Syrie il y a un an, la Russie «fait tout ce qui est possible» pour que ce pays retrouve la paix. Les autres pays, l'aident-ils dans son élan ? L’avis du parlementaire britannique Daniel Kawczynsky.

RT : Il y a un an l'intervention militaire russe en Syrie a commencé. Aujourd'hui l’avenir de ce pays ne fait pas l’unanimité parmi les puissances étrangères. Notamment, Washington a vivement critiqué les frappes aériennes russes. Qu’en pensez-vous ?

Daniel Kawczynski (D. K.) : Je pense que d’abord il faut dire que la Russie a joué un rôle extrêmement important en essayant d’apporter la paix et la stabilité à ce pays. On a eu cinq ans de guerre civile la plus effroyable et brutale, et l’Occident l’a trouvé très compliqué de réagir.

La Russie a pris le relais et s’est investie militairement, et je crois que la Russie fait tout ce qui est possible pour essayer de régler ce conflit. C’est très regrettable qu’à l’Ouest il y ait un grand nombre de politiciens et de commentateurs qui essayent très ouvertement de critiquer la Russie. Il est très important qu’ils essayent de comprendre le point de vue russe et, bien sûr, de se mettre autour d’une table et essayer de comprendre tous les points de vue différents.

Une délégation de journalistes syriens viendront me rencontrer à la Chambre des Communes pour présenter leur point de vue. Nous continuons notre dialogue avec les Saoudiens qui ont leur propre position. De même, les Russes les Britanniques et les Américains ont la leur. Et tant que nous ne réussissons pas à mettre ces grandes puissances autour de la table pour discuter des différences qui existent dans leurs opinions, les meurtres vont malheureusement continuer. Je pense qu’il nous faut moins de rhétorique et plus d’engagement et de discussions constructives et mutuellement respectueuses entre toutes les nations impliquées.

Je n’ai pas de doute que l’implication russe ait été efficace contre Daesh et contre sa propagation en Syrie

RT : D’après vous quel rôle la Russie doit-elle jouer dans la résolution de la crise syrienne ?

D. K. : Je pense que nous devons comprendre que depuis des dizaines d’années la Russie a de très nombreux liens historiques avec ce pays. [Les Russes] ont des intérêts différents dans des facilités différentes sur la côte méditerranéenne. Il est claire en tant que membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, ils vont avoir leur propre point de vue sur ce qui sert le plus les intérêts du pays [syrien]. Toutefois, la chose la plus importante à retenir pour discuter de ces questions, est le fait que les Russes ont vu les conséquences catastrophiques de l’intervention occidentale en Irak et en Libye, où nous nous sommes très rapidement et efficacement débarrassés du dictateur, mais d’où nous sommes ensuite partis : en plus de se débarrasser de dictateur, nous avons expulsé tous les opérateurs dont se servait le dictateur pour contrôler le pays. Je suppose que les Russes sont très inquiets qu’en se débarrassant immédiatement de Bachar el-Assad sans qu’il y ait une transition immédiate, la Syrie finira de la même façon que l’Irak et la Libye, qui sont sans cesse envahis par des groupes néfastes qui cherchent à déstabiliser le pays.

Ainsi, au lieu de s’attaquer perpétuellement à la Russie, essayons de comprendre certaines de ses visions de long terme expliquant le fait qu’ils souhaitent une forme de transition raisonnable et réfléchie dans ce pays.

RT : Croyez-vous que la campagne aérienne russe a été efficace ?

D. K. : Je n’ai pas de doute que l’implication russe ait été relativement efficace contre Daesh et contre sa propagation en Syrie. Clairement, il y a une différence des opinions de la Russie et de l’Occident concernant l’acceptabilité et la viabilité des éléments hostiles au président Bachar el-Assad et concernant la question s’il faut soutenir ou confronter ces groupes. Une fois de plus, nous touchons à la différence des points de vue de l’Occident et de la Russie avec comme question ultime la solution efficace pour le pays. Cependant, la Russie s’est impliquée et c’était un mouvement très courageux, car le fait d’envoyer tant qu’équipements et de personnel en Syrie était un risque, et je n’ai aucun doute que la Russie est maintenant l’acteur incontournable dans cette situation et finalement nous allons devoir prendre en compte la vision russe, s’il est finalement question de trouver une solution pour la paix.

Les pourparlers entre John Kerry et Sergueï Lavrov m’encouragent beaucoup

Les Saoudiens ont leurs propres points de vue, ils sont un acteur régional et veulent que Bachar el-Assad parte immédiatement. Je pense que les Russes veulent une succession et transition plus planifiée. Donc les différences de positions sont immenses, mais ce qu’a fait la Russie, elle a assuré qu’elle utilisait sa position de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU pour influencer cette crise, ce qui n’est que normal, à mon avis.

RT : Quelle des deux campagnes aériennes trouvez-vous plus efficace : celle de la Russie ou celle de la coalition menée par les Etats-Unis ?

D. K. : Je ne vais pas me lancer dans ce débat : qui a été plus efficace – mais ce que je vais dire, ce que les pourparlers entre John Kerry et Sergueï Lavrov m’encouragent beaucoup. Ces deux personnes ont montré à un grand nombre de leaders, que malgré les rumeurs qui continuaient à courir, ils ont continué avec acharnement leur pourparlers de la paix à l’ONU et à Genève. Qui que soit plus efficace dans la bataille contre Daesh, une solution et une stratégie à long terme – pas uniquement pour la Syrie, mais pour toute cette région – nécessitera un engagement très prolongé et mutuellement respectueux de toutes les puissances impliquées : les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la Russie, tout comme l’Arabie saoudite afin de parvenir à accord de paix de long-terme pour ce pays qui en fin de compte a énormément souffert. Il est dur de se souvenir d’un pays qui aurait souffert autant que la Syrie. Le plus vite ce conflit se termine, mieux c’est, et le plus vite l’Occident et la Russie se mettent autour d’une table de façon normale pour régler les désaccords, mieux c’est, car je pense que le monde entier est en train de regarder et d’attendre que ces deux parties vraiment très différentes mettent leurs désaccords de côté et fassent un effort supplémentaire pour montrer au monde qu’ils font tout ce qui est possible, malgré la différence de leur vision, afin que ce pays terriblement endommagé retrouve la paix et la stabilité.

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