«Le Pentagone sape la stratégie d'Obama»

Barack Obama© Kevin Lamarque Source: Reuters
Barack Obama

Le Pentagone poursuit ses propres intérêts dans ce qu'on peut appeler «la nouvelle guerre froide avec la Russie», et ils diffèrent de la stratégie du président Obama, explique le journaliste d'investigation Gareth Porter.

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a déclaré que l'armée américaine n’étaient visiblement pas pressée de suivre les ordres du président Obama concernant la coopération avec Moscou sur la Syrie.

«Nous ne pouvons que deviner pourquoi ils ont décidé de convoquer une réunion d'urgence du [Conseil de sécurité des Nations Unies] à un jour non ouvré. Cependant, il n'est pas difficile de le deviner. Il est évident que l'Occident dirigé par les Etats-Unis, qui sont en tête de la coalition anti-Daesh et – comme ils disent – anti-al-Nosra en Syrie, ne respecte pas ses obligations», a déclaré Sergueï Lavrov dans une interview à la chaîne russe NTV.

Il a également affirmé que le commandant en chef de l’armée américaine, le président Barack Obama, avait toujours dit soutenir la coopération avec la Russie. Cela a également été confirmé lors de sa rencontre avec le président Vladimir Poutine en Chine.

«Apparemment, l'armée n’obéit pas parfaitement au commandant en chef», a donc déclaré Lavrov.

RT : Les chances de voir le cessez-le feu en Syrie et la coopération militaire entre les Etats-Unis et la Russie être rétablis deviennent de plus en plus minces après l’intensification de la violence. Le Secrétaire d'Etat John Kerry fait pression pour travailler avec la Russie sur le terrain en Syrie. Mais le Pentagone semble-t-il vraiment en harmonie avec ce projet ?

Bien que le président ait tranché en faveur de l’exécution de l'accord comme c’était prévu, les responsables du Pentagone ont dit : «Nous n'y sommes pas favorables»

Gareth Porter (G. P.) : Je pense que Kerry suivait les ordres du président à ce sujet. Il est clair que, depuis à peu près un an, le président Obama est convaincu que la coopération avec la Russie est l'aspect principal de la stratégie américaine en Syrie. Sans aucun doute, pendant une grande partie de l'année 2016, le Pentagone a ouvertement sapé l'ensemble de cette stratégie. Et le point culminant correspond à l’aboutissement des négociations entre Sergueï Lavrov et John Kerry le 9 septembre.

Ce même jour, Kerry avait l’autorisation non pas de signer, mais de parvenir à un accord formel jusqu'à ce qu'il y ait une conférence vidéo de cinq heures, pendant laquelle il a été longuement interrogé, principalement par les gens du Pentagone dirigés par Ashton Carter, secrétaire de la Défense. Cela a préparé le terrain à ce drame de la semaine suivante : bien que le président ait tranché en faveur de l’exécution de l'accord comme c’était prévu, les responsables du Pentagone ont dit : «Nous n'y sommes pas favorables». Ils l’ont ouvertement remis en question.

En fait, le chef de l'Armée de l'Air CENTCOM a été cité par des journalistes au Pentagone disant : «Nous n’allons pas le dire, nous allons faire avancer ça». Ce qui signifie la coopération militaire avec la Russie.

RT : Quel était le plan du Pentagone dans l’hypothèse où un cessez-le feu devait effectivement fonctionner et la prochaine étape devait être de travailler avec la Russie dans le cadre de la coopération militaire ?

G. P. : A mon avis, le Pentagone y était absolument opposé. Ils ont leur propre intérêt bureaucratique à ne pas coopérer avec la Russie. C'est extrêmement important pour eux. La raison en est que, s’ils sont dans une ainsi nommée «nouvelle guerre froide» avec la Russie, ils obtiennent beaucoup d'argent du Congrès sur cette promesse. Donc, ils ne veulent pas qu’elle soit menacée par l’idée d'une coopération militaire étroite avec la Russie en Syrie.

En ce qui concerne la Maison Blanche, la poursuite de la coopération avec la Russie était encore très probable

Voilà pourquoi je pense que le reste de l'histoire se joue alors au cours de cette semaine et que le Pentagone a essentiellement forcé la Maison Blanche à faire une concession majeure en disant : «Eh bien, nous avons changé notre position. Nous aurions démarré ce programme conjoint avec les Russes - le centre commun pour la mise en œuvre de l'accord – s’il y avait eu sept jours de trêve raisonnable. Maintenant, nous allons dire seulement si l'aide humanitaire passe et nous n’allons pas préciser quand.»

Néanmoins, en ce qui concerne la Maison Blanche, la poursuite de la coopération avec la Russie était encore très probable. C’est dans ces circonstances-là qu’on a eu cette frappe aérienne extrêmement douteuse de la coalition menée par les Etats-Unis à Deir ez-Zor, contre les forces gouvernementales syriennes, dans une situation où il est très difficile de croire qu'il n'était pas clair de déterminer l'identité des parties, parce qu'elles ont été très stables [sur leur positions] pendant plusieurs mois. Les forces de Daesh entouraient cette butte qui protégeait l'aéroport de Deir ez-Zor. Il est très difficile de comprendre comment ils auraient pu faire une telle erreur.

[La position officielle des Etats-Unis selon laquelle il s'agissait d'une erreur] a été si pratique en termes de calendrier et d'effet – et ils devaient savoir quel serait [cet effet] sur la politique russe et syrienne concernant le cessez-le-feu. La réalisation de cette coopération avec les Etats-Unis était clairement le premier intérêt des Russes afin que cette trêve progresse.

Lire aussi : Que faut-il faire pour arrêter la guerre en Syrie ?

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