Montebourg candidat, mauvaise nouvelle pour Mélenchon

Montebourg candidat, mauvaise nouvelle pour Mélenchon © CHRISTOPHE ARCHAMBAULT Source: AFP
Arnaud Montebourg
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La candidature d'Arnaud Montebourg du fait de sa rupture avec la présidence actuelle pourrait être la meilleure solution pour la gauche, estime Philippe Marlière, professeur en sciences politiques de l'University College de Londres.

RT France : Quand Arnaud Montebourg dit que la République a échoué à unir ses enfants pendant l’Emission politique de France 2, est-ce que cela veut dire qu’il base sa stratégie de campagne en reconnaissant les failles de son propre parti et de la gauche en général ?

Cela va être une candidature d’un socialiste qui est en rupture

Philippe Marlière (P. M.) : Oui, je pense qu’Arnaud Montbourg, qui va être très probablement candidat à l’élection présidentielle l’année prochaine, va l’être en étant extrêmement critique de son propre parti, de François Hollande, du gouvernement auquel il a appartenu jusqu’en 2014 et des collègues et des camarades qu’il a soutenus. Il ne faut pas oublier que lors de la primaire socialiste en 2012, Arnaud Montbourg avait choisi François Hollande contre Martine Aubry. C’est une candidature de quelqu’un qui est toujours membre du Parti socialiste, mais dans une situation particulière. Après avoir démissionné du gouvernement, il a également quitté tous ses mandats politiques pour faire du business. Il a pris du recul. Il n’a pas de courant très fort organisé autour de lui mais il est connu. Il a une notoriété – pour le meilleur et pour le pire – son meilleur atout. Cela va être une candidature d’un socialiste qui est en rupture.

RT France : Est-ce le seul moyen pour les socialistes, ou pour la gauche en général, de gagner la présidentielle en créant une rupture avec cette présidence ?

P. M. : Ceux qui vont se présenter à la primaire – même si on ne sait pas quelle forme elle va prendre –, vont se présenter sur une ligne critique envers le gouvernement, sauf peut-être François Hollande. Ce gouvernement depuis 2012 a perdu toutes les élections, le président et le Premier ministre atteignent des records d’impopularité. Au-delà des sondages, on sent qu’il y a une cassure très forte entre le pays et ce que ce gouvernement a fait.

Si le scénario catastrophe se confirme – c’est-à-dire l’élimination de François Hollande au premier tour  - ce qui n’est jamais arrivé sous la Vème république  - cela veut dire qu’il y aura un duel du candidat des Républicains et de Marine Le Pen. Le groupe socialiste essayera de se détacher du parti pour sauver sa peau lors des élections législatives qui risquent d’être catastrophiques pour le Parti socialiste qui peut connaître le pire résultat de son histoire.

RT France : Nicolas Sarkozy reprend des idées du Front national et monte visiblement dans les sondages. Cela veut-il dire que les idées de la gauche sont secondaires aujourd’hui dans la course aux voix des électeurs ?

P. M. : Oui, je suis d’accord avec cette façon de présenter la situation. On a une conjoncture qui est très mauvaise pour toute la gauche actuellement. Même pour Mélenchon, qui est en dehors du parti, c’est peu probable qu’il puisse se qualifier au deuxième tour parce que la gauche est complètement fragmentée. 

Les gens ne croient plus dans la gauche sur le plan social

Il y a deux choses : la première, c’est que la politique du gouvernement jugée comme étant trop proche des intérêts du patronat par son électorat de gauche l'a désorienté ; la deuxième chose est que comme les électeurs ont perdu confiance dans cette gauche, cela permet à toute une série d’idées qui se concentrent sur d’autres problématiques que les inégalités sociales ou économiques, notamment celles de coexistence entre les différentes communautés, notamment la question de l’intégration d’immigrés d’origine essentiellement nord-africaine et de l’islam. Les gens ne croient plus en la gauche sur le plan social. La situation est effectivement très mauvaise, délétère, parce qu’on sent très bien qu’il suffirait de très peu pour que les choses dégénèrent, quand on a des dirigeants politiques aussi importants que Sarkozy qui tiennent ce discours, au lieu d’apaiser, entretiennent les flammes et les tensions. Tout cela crée une situation très tendue, explosive.

Cette élection présidentielle s’annonce très mal pour la gauche

RT France : Cela profite-t-il à Marine Le Pen ?

P. M. : Le paradoxe est que la semaine dernière Marine Le Pen est sortie de son grand silence sur cette saga absolument absurde de burkini. Marine Le Pen n’a rien dit, parce que la classe politique mainstream faisait son travail traditionnel, et il y a une semaine elle sort de sa resérve pour dire : attention, les musulmans ne sont pas nos ennemis, l’islam non plus, je suis simplement contre le fondamentalisme. C’était donc une façon de dire très à droite, ayant constaté que toute la classe politique avait repris sur ses idées sur l’islam et la compatibité avec la République, elle peut se payer le luxe de dire : voilà, les extrémistes, ce sont eux, ce n’est pas moi. Evidemment c’est un bénéfice politique énorme pour elle, parce que l’un des problème du FN et de l’extrême droite, c’est d’être vu par la majorité du public comme extrémistes. A partir du moment où sur un sujet aussi brûlant vous avez la capacité de montrer que ce sont vos adveraires politiques qui sont plus extrémistes que vous, elle peut espérer pouvoir peut-être séduire un éléctorat qui serait tenté par un vote FN, mais qui continue de penser que ce n’est pas normal.

Cette élection présidentielle s’annonce très mal pour la gauche, parce que ce n’est pas son terrain, le terrain identitaire, celui des contacts des cultures. Je ne pense pas que Montebourg a un discours particulièrement nouveau ou fort.

Ce qui crée les tensions avant tout c’est les inégalités sociales, culturelles très fortes, et c’est justement les populations immigrées ou d’origine immigrée qui sont les moins bien loties et traitées

RT France : Arnaud Montebourg propose d’établir un service national. Est-ce qu'il essaye, comme d’autres candidats, de surfer sur la vague sécuritaire provoqué par les attentats qui ont frappé le pays ?

P. M. : Prenez Valls, Montebourg et Mélénchon, ils ont là-dessus ce même réflexe patriotique, nationaliste. Le service militaire, c’est cette idée que si l’on remet l’ensemble d’une classe d’âge, hommes et femmes, en uniforme pendant un an, cela va régler le problème de cohabitation. Mais ce qui crée les tensions avant tout c’est les inégalités sociales, culturelles, très fortes, et c’est justement les populations immigrées ou d’origine immigrée qui sont les moins bien loties et traitées.

Arnaud Montebourg c’est quelqu’un qui fait beaucoup de gaffes, il parle de façon très tonitruante

RT France : Selon l’information revelée par le Canard enchaîné iTélé a déclaré ne recevoir ni Arnaud Montebourg, ni ses proches. Est-ce un signe que sa campagne démarre mal ?

P. M. : Montebourg a annoncé sa candidature il y a quelques semaines, il l’avait préparée en plusieurs périodes dès le début de l’année 2016. Cela n’a pas eu un effet de surprise. Je crois effectivement qu’il a du mal à percer et on peut l’expliquer par plusieurs facteurs : premièrement c’est qu’il est parti du gouvernement avec éclat en 2014, en disant qu’il s’opposait à la politique du gouvernement. Après, il a été extrêmement critique de sa poltique économique et sociale, ces mêmes politiques qu'il accompagnait largement en tant que ministre des Finances. Il y a donc une contradiction entre ce qu’il a fait et ses critiques. Notamment, je sais qu’à la gauche il a du mal à passer, parce qu’on ne pense pas que ce soit un candidat crédible. Par exemple, bien avant Mélenchon il a parlé il y a une dizaine d’années de la sixième République, contre la République gaulliste avec peu de pouvoirs, pour redonner plus de pouvoir au parlement. Sur d’autres questions, les politiques économiques, de l’offre néo-libérale du gouvernement, il a trempé dedans pendant un an, un an et demi. Il a fait aussi des alliances par la droite du parti. Il avait dit beaucoup de mal de François Hollande aux primaires de 2012 et surtout en 2007, lorsque Ségolène Royal avait gagné la primaire. Cela n’a pas duré longtemps, parce qu'Arnaud Montebourg c’est quelqu’un qui fait beaucoup de gaffes, il parle de façon très tonitruante.

Quand Ségolène Royal l’a nommé directeur de campagne une fois qu’elle a été nommée candidate, et il l'a dit dans les médias : «Ségolène Royal est parfaite, mais elle n’a qu’un seul défaut, c’est son compagnon.» Elle l’a évidemment tout de suite suspendu. Il y a donc chez lui un côté imprévisible et surtout dire que c’est un candidat de rupture, bien à gauche, toute la gauche ne sera pas d’accord.

La façon de Montebourg de traiter les problèmes est un peu ancienne, il faut traiter avant tout les grandes questions sociales et économiques

Encore un point, son programme n’est pas des plus modernes. On lui reproche aussi d’être peu sensible au thème de l’écologie, je crois qu’il n’a rien à dire sur les questions d’intégration et de multiculturalisme en France, sur les rapports hommes-femmes. Sa façon de traiter les problèmes est un peu ancienne, il faut traiter avant tout les grandes questions sociales et économiques.

Si Montebourg est candidat du PS, c'est une mauvaise nouvelle pour Mélenchon 

RT France : Montebourg peut-il être un candidat fort de toute la gauche ? Ou Mélénchon pourrait être meilleur ?

P. M. : S’il est candidat du PS, c’est une mauvaise nouvelle pour Mélénchon. Il y a une option pour qu’il ne se présente pas à la primaire socialiste. Mais, en admettant qu’il y va, s’il gagne cette primaire, ce qui est possible, il est dans une position assez forte, il va présenter un grand parti français, même s’il a perdu des militants et des voix, il aura un discours de rupture avec François Hollande. Il pourra à la fois regarder sur sa gauche, tout en disant qu’il n’est pas un candidat extrémiste comme Mélenchon. Ce serait une situation idéale pour lui.  

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