Situation au Cachemire : «Le vrai risque, c’est un fou à la tête d’un Etat nucléaire»

Les manifestants brûlent le drapeau pakistanais à Jammu, en Inde, suite à l'attaque contre l'armée indienne à Cachemire, le 20 septembre 2016© Mukesh Gupta Source: Reuters
Les manifestants brûlent le drapeau pakistanais à Jammu, en Inde, suite à l'attaque contre l'armée indienne à Cachemire, le 20 septembre 2016

Les relations entre l'Inde et le Pakistan demeurent tendues, de multiples incidents ayant toujours lieu à leur frontière. Leur avenir dépend entièrement de la sagesse de leurs dirigeants, estime Edouard Valensi, spécialiste en dissuasion nucléaire.

RT France : Comment évaluez-vous les tensions actuelles entre l’Inde et le Pakistan ?

Edouard Valensi (E. V.) : L’Inde a semble-t-il été agressée par un groupe de terroristes venant du Pakistan et considère que ce groupe était toléré par le gouvernement pakistanais. L’Inde doit administrer des frontières où les incidents sont multiples et a voulu, cette fois, y répondre. A la suite de cette agression, des échanges de tirs, modérés, ont eu lieu le long de la frontière.

L'Inde et le Pakistan sont condamnés à la sagesse

RT France : Le porte-parole du ministère pakistanais des Affaires étrangères a réagi en disant que l’Inde rejetait la faute sur le Pakistan sans avoir mené la moindre enquête. Pensez-vous que les accusations de l’Inde soient infondées ?

E. V. : Depuis des années les incidents sont multiples entre ces deux pays. Sans doute, d’un côté comme de l’autre la situation n’est pas claire.

RT France : Concernant la menace nucléaire évoquée par certains médias, vous avez affirmé dans une interview que les deux pays étaient condamnés à la sagesse. Etes-vous toujours du même avis ?

E. V. : Oui, les deux pays disposent d'armes atomiques. En cas de guerre nucléaire ils verront une de leurs grandes villes être détruite par l’adversaire. L’un et l’autre sont donc condamnés à la sagesse, exactement comme l’Union soviétique et les Etats-Unis l'ont été pendant des dizaines d’années : ils savaient pertinemment que la guerre nucléaire était tout simplement impossible.

Les craintes nucléaires sont plus lointaines si on compare la situation aux évènements de 2002

RT France : Pour quelles raisons l'Inde et le Pakistan disposent d'un arsenal nucléaire ? Sommes-nous vraiment dans le schéma de la dissuasion ?

E. V. : Il y a un pays fort, l’Inde, et un pays beaucoup plus faible à tous les égards, le Pakistan. L’Inde avait déjà le nucléaire, et le Pakistan, après avoir été envahi trois fois, a fait du développement des armes nucléaires la priorité nationale absolue. Le résultat est que l’un et l’autre ont des arsenaux nucléaires crédibles. C’est ainsi que se sont développées ces arsenaux. En 2001-2002 une guerre commençait à poindre le long de la frontière du Cachemire, où les Indiens avaient massé 500 000 hommes. A ce moment-là, le président pakistanais a prévenu les Indiens que s’ils attaquaient massivement le Pakistan, il y aurait une riposte nucléaire. Avec la médiation des Etats-Unis, les deux pays sont progressivement revenus à un état de non-belligérance. Cette fois-ci l’incident est beaucoup moins important, les craintes nucléaires sont donc plus lointaines si on compare la situation aux évènements de 2002.

Les états-majors considèrent qu’en cas de malheur il faut malgré tout disposer d’arsenaux considérables

RT France : Pourquoi les pays continuent-ils leurs recherches dans le domaine nucléaire ?

E. V. : C’est un des grands mystères. Je vais prendre l'exemple de l’Union soviétique, ou la Russie, et des Etats-Unis. L’un comme l’autre savent que les arsenaux nucléaires ne seront jamais utilisés. En même temps, les états-majors considèrent que, en cas de malheur, il faut malgré tout disposer d’arsenaux considérables. Je crois que des arsenaux monstrueux n'ont aucun sens. Ils ne serviront à rien. Pour la France qui donne ici l'exemple, les grandes nations comme la Russie, les Etats-Unis ou la Chine devraient aller vers des forces nucléaires «suffisantes». Quelque centaines de têtes nucléaires au plus et des vecteurs (sous-marins, avions, missiles) fiables. Le niveau des armements indiens et pakistanais était beaucoup plus faible que celui des grandes nations occidentales. Par conséquent, les états-majors pensaient qu’il en fallait plus. Néanmoins, quand on voit le programme militaire indien, on s’aperçoit qu’il est très modéré par rapport à ce que peuvent être, du point de vue de la technologie et de la quantité, les programmes nucléaires de la France, des Etats-Unis, et naturellement de la Russie.

Les deux présidents actuels, comme je les vois, sont des personnages raisonnables

RT France : Vous avez également évoqué la possibilité de l’arrivée au pouvoir au Pakistan d’un islam extrémiste. Comment cela pourrait changer la donne dans les relations entre les deux pays ?

E. V. : Jusqu’à présent les chefs d’Etats pakistanais ont été des gens raisonnables, ils avaient compris qu’il ne fallait pas en recourir aux armes de destruction massive. Je ne suis pas certain que des islamistes plus extrémistes aient la même retenue. J’imagine en revanche que, étant donné les relations entre le Pakistan et les Etats-Unis, des mesures sont prises pour, en cas de changement du leader politique les armes nucléaires pakistanaises soient mises à l’abri et détruites.

RT France : Vous pensez donc que dans une situation extrême ce sont les Etats-Unis qui interviendraient au Pakistan ?

E. V. : Ils serviront comme conseil. Les Etats-Unis comme conseil, ou là Chine d’ailleurs, parce que la Chine a aidé le Pakistan à développer les armes nucléaires. Le vrai risque c’est un fou à la tête d’un Etat, il n’y en a eu aucun. Les deux présidents actuels, comme je les vois, sont des personnages raisonnables. 

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