«La gauche brésilienne voit un coup d’Etat dans la tentative de destituer Dilma Rousseff»

© Pilar Olivares Source: Reuters

Journalistes et politologues croient qu'on tente de chasser Dilma Rousseff du pouvoir. Ce qui semble évident au regard de la composition du Congrès, où 60% des élus sont accusés de corruption, estime Michael Fox, producteur de la chaîne TeleSUR.

Des centaines de personnes se sont rassemblées devant le Congrès, dans la capitale brésilienne, Brasilia, pour soutenir la présidente suspendue Dilma Rousseff alors que la procédure de destitution est engagée.

Dilma Rousseff est apparue devant le Sénat ce lundi 29 août pour se défendre face à des accusations de corruption. Elle a également réaffirmé que, à la différence de celui du président par intérim, son gouvernement avait été légitimement élu par des millions d’électeurs brésiliens.

La présidente déchue a reçu un accueil chaleureux avant de s'exprimer devant le Sénat.

RT : A quel genre de réaction vous attendez-vous si la présidente Rousseff est destituée ?

Michael Fox  (M. F.) : Nous l'avons déjà entendu et vu sur Twitter et dans les rues. Des centaines de personnes sont maintenant sortis à Brasilia. Le mouvement des sans-terre, un des mouvements agricoles majeurs, un des plus grands mouvements sociaux en Amériques, les plus grands syndicats... toutes les forces de gauche ont déjà dit qu'elles allaient envahir les rues. Un tweet disait : «S’il y a un coup d’Etat, on luttera.» Nous savons déjà que la gauche et les mouvements sociaux au Brésil sont mieux organisés [maintenant] que pendant les cinquante dernières années, depuis le coup de 1964. Ils s'organisent donc autour de cela, si le vote est contre Dilma Rousseff.

Tout cela est une réponse à la tentative de Dilma d'assainir le Congrès et le gouvernement

RT : Les manifestants pro-Rousseff appellent la destitution un coup d’Etat. Croyez-vous que leurs arguments soient valables ?

M. F. : C’est ce que tout le monde comprend. Les journalistes, les médias, les politologues - vous pouvez voir comment on a utilisé tout cela pour chasser Dilma du pouvoir. C'est vraiment clair quand on voit la composition du Congrès. A peu près 60 % des membres du Congrès et du Sénat sont accusés de corruption. Et pas seulement de corruption : il y a même des accusations de meurtre. C'est vraiment fort. Et bien évidemment, cela ressort. Tout cela est une réponse à la tentative de Dilma d'assainir le Congrès et le gouvernement. Ils essaient de riposter ainsi. Ils s'attaquent à Dilma, en essayant de la chasser du bureau, et apparemment ils peuvent y arriver. 

Il y a déjà eu une répression et un retour en arrière, ils ont annoncé que les mesures d’austérité et les privatisations allaient venir

RT : Si Michel Temer, le chef d'Etat actuel, reste président, en quoi sa politique sera-t-elle différente de celle de Dilma Rousseff ?

M. F. : Chaque analyste politique a déjà remarqué qu'il a opéré un virage à 180° dans le sens inverse. A l'époque des gouvernements de Dilma et de Lula on a eu les «programmes sociaux de lutte contre la pauvreté qui ont permis de sauver de la pauvreté des millions de gens. Ils ont crée des programmes de santé publique, il y a eu plus de médecins ; ils ont essayé d'emmener des médecins dans les communautés pauvres. Il y a également eu un programme d’alphabétisation, «Bolsa Familia». Il y a eu divers programmes. Nous avons déjà pu constater que Michel Temer les a fait reculer. Ils ont déjà aboli ce programme d’alphabétisation connu dans le monde entier et ont annulé des contrats avec des médecins cubains. Ces contrats ont pris fin cette semaine, et nous ne savons pas quel résultat cela va donner, si cela veut dire que les milliers des médecins cubains venus au Brésil pour soigner les gens dans les communautés pauvres vont rentrer dans leur pays. Il y a eu une mission pour le logement, qui a permis à des millions de personnes de trouver de nouveaux toits. Quasiment le jour même où Michel Temer a pris ses fonctions, ils ont commencé par augmenter le pourcentage dont ces personnes devaient s’acquitter pour ces maisons de 250% en quelques mois. Il y a déjà eu une répression et un retour en arrière, ils ont annoncé que les mesures d’austérité et les privatisations allaient venir... Tout cela est risqué.

Lire aussi : Glenn Greenwald à RT : «Les médias brésiliens ont encouragé la destitution de Dilma Rousseff»

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