Hillary Clinton offre au parti de la guerre un parfum de femme

© Mark Makela Source: Reuters

Même si Madeleine Albright promet une place en enfer pour les femmes qui ne soutiennent pas Hillary Clinton, son élection ne fera pas avancer la cause des féministes, estime l'écrivain politique Diana Johnstone.

RT France : Vous avez écrit que la prétention de Hillary Clinton de «briser le plafond de verre» est une illusion.  De quel «plafond de verre» s’agit-il, et comment Hillary Clinton le briserait-elle ?

Diana Johnstone (D.J.) :  L’idée est que les femmes sont empêchées de grimper au sommet de leur carrière par des obstacles invisibles, surtout les préjugés sur la capacité des femmes à assumer des responsabilités. On appelle ces obstacles le plafond de verre. Beaucoup de féministes américaines s’enthousiasment pour la candidature de Hillary Clinton en croyant que par son élection à la présidence, elle «brisera le plafond de verre». Ainsi elle changerait le paradigme, au bénéfice des femmes en général.

Le «plafond de verre» a déjà été brisé

Je maintiens qu’il s’agit là d’une illusion. Le paradigme s’est déjà changé, et depuis longtemps. En réalité, le «plafond de verre» a déjà été brisé précisément car il ne s’accorde pas avec l’ordre mondial néolibéral actuel. Hillary ne peut pas faire ce qui a déjà été fait. 

RT France : Quelles sont les preuves de ce changement ?

D. J. : Regardez bien, les femmes sont de plus en plus visibles au sommet de la hiérarchie, et ce n’est pas un hasard. Si Christine Lagarde dirige actuellement le Fonds monétaire international, elle n’y est pas arrivée toute seule, elle a été choisie.  L’actuelle chancelière allemande, l’actuelle Premier ministre britannique, la ministre des Affaires étrangères de l’Union européenne, sont toutes des femmes. L’accession de femmes aux postes de commande fait partie de l’idéologie dominante, dans les médias, les films, partout. La société globalisée néolibérale se présente comme propice à l’ascension au sommet de l’élite d’individus de toute origine, de tout genre, de toute ethnie. Cette élargissement de «l’opportunité» à tous constitue la prétention de l’ordre actuel d’être «égalitaire», malgré ses inégalités, d’être «progressiste» malgré les régressions sociales, surtout d’être à l’avant-garde des droits humains.

Pour mener des guerres dites «humanitaires», il n’y a pas de meilleure façade que les femmes, toutes dévouées supposément aux «droits humains»

RT France : Mais ce changement n’est-il pas bénéfique ?

D. J. : Pour le petit nombre qui profite de cet air du temps, certainement. Aux Etats-Unis, des femmes se trouvent parmi les plus bellicistes des hauts responsables : Madeleine Albright, Samantha Power, Susan Rice, Victoria Nuland, Michèle Flournoy [la probable future Secrétaire de la défense si Hillary est élue]. Elles sont montées au sommet avec une facilité remarquable, par une sorte de compromis entre les femmes ambitieuses et le parti de la guerre. Pour mener des guerres dites «humanitaires», il n’y a pas de meilleure façade que les femmes, toutes dévouées supposément aux «droits humains». Si les femmes s’avèrent partisanes de la guerre, qui défendra la paix ?

La condition de la grande majorité des Noirs aux Etats-Unis n’a pas été améliorée par la présidence de Barack Obama

RT France : Pourquoi pensez-vous que l'élection de Hillary Clinton ne fera pas avancer la cause des femmes ?

D. J. : La conscience de classe de ceux en haut ne faiblit jamais, et sait tirer profit d’une apparente «ouverture à tout le monde». Mais la conscience de classe de ceux d’en bas s’étiole dans l’acclamation de leurs héros. Vu l’histoire de l’esclavage noir et toutes les souffrances qu’elle a causées, il est tout à fait compréhensible que la population noire des Etats-Unis s’est réjouie de l’élection d’un Afro-américain à la présidence, et reste toujours majoritairement fidèle à Barack Obama. Mais le fait est que la condition de la grande majorité des Noirs aux Etats-Unis n’a pas été améliorée par cette présidence ; les hommes noirs son de plus en plus marginalisés, impunément emprisonnés et tués par des policiers. 

Beaucoup de femmes qui soutiennent Hillary Clinton s’attendent à leur moment de joyeuse identification avec «la gagnante». Mais elles risquent de désenchanter en voyant leurs conditions de vie stagner, et lorsque le pays aura à payer la facture en argent et en sang des guerres affectionnées par leur héroïne.

RT France : Vous dénoncez donc la politique identitaire ?

D. J. : La politique identitaire contribue à la dépolitisation généralisée. Elle contribue à la suprématie de la mentalité compétitive, tant qu’on soutient son groupe identitaire, comme les tifosi soutiennent leur équipe.

Hillary Clinton offre au parti de la guerre un parfum de femme

On devient «patriote» de son groupe d’identité, pour acclamer celui ou celle «des nôtres» qui réussit. Le bien général est oublié. Notez comme la féroce Madeleine Albright, celle qui proclamait que la mort d’un demi-million d’enfants irakiens «valait la peine», déclare qu’il y «une place en enfer» pour les femmes qui ne soutiennent pas «une des leurs» – Hillary Clinton, pour être précis. Ce patriotisme identitaire contribue à la dépolitisation des masses, à leur désintérêt aux questions sérieuses, notamment les questions de guerre et de paix.

J’insiste. Ce n’est pas Hillary qui est en train de changer le système. Au contraire, c’est le changement dans le système qui est en train de promouvoir Hillary. Elle offre au parti de la guerre un parfum de femme.

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