La France ouvre les yeux sur le salafisme et réévalue sa position

© Ali Hashisho Source: Reuters

Après l'attentat de Nice la France semble modifier sa perception du terrorisme. Mais les hommes politiques français sauront-ils agir face à un radicalisme qu'ils ont laissé se développer ? L'analyste Catherine Shakdam se penche sur la question.

Se pourrait-il que la France vienne de dénoncer le salafisme et de finalement ancrer son récit de lutte contre le terrorisme non pas contre l’islam mais contre la dégénérescence qui a détourné les Ecritures et modifié ses principes ?

Les musulmans ont été les premières victimes du radicalisme

Il semblerait que la France soit sortie de sa torpeur politique – et il n’est pas trop tôt. Face à l’abomination qu’elle a laissé entrer sur son territoire – le radicalisme – le gouvernement français n’avait plus d’autre choix que de reconsidérer sa position concernant la lutte contre le terrorisme. Sachant que la France s’est acoquinée aux puissances qui continuent d’alimenter dans l’ombre le terrorisme comme une arme asymétrique du colonialisme, la République française va sûrement réaligner complètement sa politique.

A ce stade de l’histoire, nous devrions avoir réalisé que le terrorisme en lui-même n’est pas le but ultime, mais plutôt l’expression d’une volonté politique plus grande, qui prône en secret la domination du monde. Peu importe que cet objectif soit fou – et disons-le, voué à l’échec – cela reste néanmoins une réalité que les nations du monde n’ont pas réussi à comprendre.

Jusqu’ici nous avons opéré en considérant que le terrorisme était intrinsèquement islamique et que d’une certaine façon tous les musulmans finiraient par tomber sous le charme du radicalisme – l’ennemi de la civilisation et de tout ce qui est juste et vrai.

Le véritable ennemi contre qui le monde est en guerre est assis à la table des grands de ce monde

Seulement, il se trouve que les musulmans ont été les premières victimes du radicalisme. Encore pire, les musulmans ont été pris entre la montée de l’intolérance à l’égard de leur religion et la violence des radicaux dont le fanatisme appelle à l’annihilation de tout ce qu’ils considèrent être l’apostasie de leur dogme.

Si la France commence si lentement à se rendre compte de ce concept – que le problème ce ne sont pas les musulmans mais les radicaux et que le véritable ennemi contre qui le monde est en guerre est assis à la table des grands de ce monde.

Pour une fois... et j’ajoute «à mon corps défendant», je suis d’accord à la fois avec le Premier ministre français Manuel Valls et Marine Le Pen, la présidente du Front National, quand ils appellent l’Etat à prendre des mesures contre le salafisme.

«Oui, le salafisme, qui a détruit et perverti une partie du monde musulman, représente une menace pour les musulmans et un danger pour la France», a déclaré Manuel Valls à l’Assemblée nationale.

Permettez-moi de dire : «On vous avait prévenu !»

Permettez-moi de dire que cela fait plus de dix ans que nous affirmons ce qu’a enfin dit le Premier ministre français. Tous les musulmans, quel que soit leur courant religieux, leur apparence physique ou encore leur opinion politique, tous se sont exprimés contre le salafisme, ont participé à des débats et se sont joints à d’autres pour condamner le salafisme – également appelé wahhabisme. La vraie différence entre les deux écoles de pensée est qu’une branche du salafisme autorise le changement à travers l’évangélisation, et non la violence.

La France a servi d’instrument à la propagation de ce cancer, car c’est grâce au soutien de ses représentants que le salafisme a pu devenir la norme islamique

Mais les deux branches ont les mêmes intentions et les mêmes objectifs, toutes deux appellent à l’extermination des infidèles.

Permettez-moi de dire aussi que la France a servi d’instrument à la propagation de ce cancer, car c’est grâce au soutien de ses représentants que le salafisme a pu devenir la norme islamique. Je pense que Marine Le Pen sera complètement d’accord avec moi sur ce point, puisqu’elle-même s’est beaucoup exprimée sur ce qu’elle décrit comme l’«extrémisme islamique».

Arrêtons-nous un peu sur la terminologie. Elle pourrait répondre à ce problème très particulier auquel nous faisons tous face – comment faire la différence entre l’islam et le salafisme ?

Je sais que beaucoup trouveront mes mots scandaleux et mes conclusions amèneront certains à me classer pour toujours parmi les «rafidis» – ces monstres que les wahhabites ont qualifié de non islamiques car osant respecter une tradition qui ne reconnaît pas leur autorité mais celle d’une autre maison. Si vous vous êtes déjà posé la question, je suis assez satisfaite d’être dans cette catégorie car les principes de justice et de tolérance y ont encore de l’importance.

Le wahhabisme, le salafisme, peu importe comment vous l’appelez, ne fait pas partie de l’islam

Revenons à ma question : Comment pouvons-nous distinguer l’un de l’autre ? C’est assez simple : on ne peut pas ! Le wahhabisme, le salafisme, peu importe comment vous l’appelez, ne fait pas partie de l’islam. Je sais que ce concept est difficile à accepter quand on a tous entendu dire que dans l’islam, le seul but de son peuple est de tyranniser les autres nations, mais la vérité c’est que les radicaux se sont servis de l’islam pour calmer leur propre faim politique. J’aimerais penser que la décapitation brutale d’un petit garçon palestinien en juillet a fermé pour toujours le débat sur le wahhabisme et s’il représente ou non les intérêts des communautés musulmanes – ou même un miroir de leurs pensées profondes.

Je vous le dis, les musulmans trouvent le wahhabisme infâme – une abomination que nous ne voudrions plus jamais voir.

Si l’islam était en réalité violent dans l’expression de sa foi, pourquoi seule une minorité prônerait le meurtre de masse ? Il y a plus de 1,6 milliard de musulmans dans le monde et, à moins que j’aie manqué cet épisode, ils ne projettent pas d’anéantir des nations entières sous leurs tapis de prière.

Malgré toute la haine xénophobe révoltante que le Front national a affichée avec sa montée dans les sondages, Marine Le Pen tient un argument lorsqu’elle accuse l’Etat de complicité face au terrorisme.
«L’Etat islamique et son idéologie meurtrière que nous laissons se développer dans notre pays sont la cause-même de la vague d’attentats qui frappent la France», a-t-elle déclaré à la presse à la suite de l’attentat de Nice.

Oui Madame, je suis d’accord avec vous. Bien que nous soyons d’accord sur l’origine de ce terrorisme, nous ne le sommes probablement pas sur les moyens qui devraient être employés pour le vaincre. Quand Marine Le Pen prône «l’éradication du fondamentalisme islamique», elle a sûrement une violente répression en tête.

Plutôt que d’accuser les musulmans du cancer qui a infiltré nos communautés, pourquoi ne pas les soutenir dans leur résistance ?

Personnellement, je défendrais une approche plus subtile, qui implique une autre chasse aux sorcières… comme ostraciser les puissances qui soutiennent le terrorisme, puis surveiller de près son financement.

Si nous lui coupions les vivres, je pense que le terrorisme ne ferait pas long feu et finirait par perdre son élan. Rappelons-nous que tous les terroristes ne sont pas là-bas parce qu’ils ont été endoctrinés – beaucoup, comme l’a souligné le président Vladimir Poutine, ne sont que des armes que l’on employées. Plutôt que d’accuser les musulmans du cancer qui a infiltré nos communautés, pourquoi ne pas les soutenir dans leur résistance ?

Et si nous commencions à tenir pour responsables ceux dont les actions et la rhétorique ont soufflé sur les braises des radicaux : les médias, les politiciens et les responsables hypocrites ? Et si nous commencions par là ?

Le salafisme en France est enseigné dans plus de «2 300 mosquées», a déclaré le Premier ministre Manuel Valls. Je me demande alors : est-ce que la France vient juste de s’en rendre compte ? Un peu de sérieux s’il vous plaît !

Les musulmans français, avec le soutien du gouvernement, «devraient mener la lutte [contre le salafisme] et séparer clairement l’islam en France de ces idéologies perverses», a-t-il ajouté.

Bien entendu, mais ne plaçons pas la lutte contre le terrorisme sur le terrain du sécularisme en ouvrant la voie à la criminalisation de la religion, parce que ÇA, ça serait reproduire le terrorisme.

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