Le Brexit n'a pas «répandu la peste sur Londres»

© Russell Boyce Source: Reuters

Le Brexit n’a pas changé quoi que ce soit depuis vendredi dernier dans l'économie britannique, estime l'économiste Olivier Delamarche.

RT France :  Le ministre britannique des Finances George Osborne affirme que l’économie britannique est suffisamment robuste pour affronter le défi et la chute des marchés britanniques actuelle. Etes-vous d'accord ?

Vous avez trois crétins qui se sont précipités pour vendre leur appartement et on en a déduit que la bulle immobilière au Royaume-Uni allait exploser

Olivier Delamarche (O. D.) : L’économie anglaise ne s’est pas arrêtée simplement parce qu’ils ont dit non. On n’a pas bouché le tunnel. La peste ne s’est pas répandue sur Londres. Pour l’instant il ne s’est rien passé. Vous avez trois crétins qui se sont précipités pour vendre leur appartement et on en a déduit que la bulle immobilière au Royaume-Uni allait exploser. Il y a des traités bilatéraux dans tous les sens, peut-être que certains vont commencer à renégocier ces traités. Il ne va rien se passer, soyez-en sûr.

Le Brexit n’a pas changé quoi que ce soit depuis vendredi dernier

Certains pays sont au bord de la récession, dont les Etats-Unis par exemple et ce n’est pas le Brexit qui les a mis dans cette situation-là. L’Angleterre fonctionne depuis des mois et des mois sur du déficit courant et budgétaire et c’est comme ça qu’on avait cru qu’ils se redressaient mieux que les autres. Mais là on a prétexté le Brexit pour prendre conscience de ce qu’il se passait. Ce n’est en aucun cas un déclencheur de récession. La récession est là depuis déjà un moment. Le ralentissement est là depuis déjà un moment. Les artifices qui sont les déficits budgétaires etc. sont là depuis un bon moment. Le Brexit n’a pas changé quoi que ce soit depuis vendredi dernier. Peut-être que cela aura une influence négative sur le moyen terme, et encore ce n’est même pas sûr. On est dans un espèce de folklore où on essaye de faire peur aux gens sur ce qu’il va se passer en nous annonçant les pires cataclysmes en Angleterre à cause de cela.

Les Japonais sont encore notés AA alors qu’ils ont 250% de dettes et qu’ils sont en récession permanente

RT France : Une agence de notation S&P a dégradé la note de la Grande-Bretagne qui perdu son «AAA». Comment voyez-vous cette décision ?

O. D. : C’est politique. Depuis longtemps on le sait, une agence de notation ne sert à rien. Tout le monde sait par exemple que les Japonais ne rembourseront jamais leur dette et pourtant ils sont encore notés AA alors qu’ils ont 250% de dettes et qu’ils sont en récession permanente. C’est du marketing. Aujourd’hui, on a dit qu’il serait bien de dégrader l’Angleterre, ils ont dégradé l’Angleterre. Il ne s’est rien passé de nouveau en trois jours. Ils font semblant de découvrir que l’Angleterre est en déficit courant, mais ils étaient en déficit courant jeudi dernier aussi. C’est une décision purement politique, ils sont aux ordres, ils sont payés notamment par les Etats-Unis.

Il n’y a aucune raison que la livre sterling ne se redresse pas

RT France : La livre sterling a chuté à son niveau le plus bas en trente ans. Doit-on s’en inquiéter ?

O. D. : Non. Ce n’est pas grave. Il n’y a aucune raison qu’elle ne se redresse pas, c’était largement anticipé. Elle avait déjà baissé, elle était remontée ces derniers jours à cause des sondages tous plus faux les uns que les autres nous annonçant que le Brexit n’aurait pas lieu. Elle s’est recassé la figure sur le vote. Dans les semaines et dans les mois à venir elle reprendra des couleurs et remontera. Il n’y a absolument aucune raison de la mettre plus bas que terre.

Aujourd’hui on n’a que des conséquences politiques

RT France : Certains économistes pensent que cela va influencer la situation économique en Angleterre dans le mauvais sens...

O. D. : Pas seulement en Angleterre, en Europe aussi. On peut quand même se poser des questions. Est-ce que certains pays du Nord ne vont pas demander des référendums pour sortir d’une Europe dont ils ne veulent pas ? Si vous êtes investisseur étranger, international, allez-vous investir dans une région où l’euro peut éclater, l’Europe peut éclater dans les mois ou les années qui viennent ? Cela peut aussi vous empêcher d’investir. Aujourd’hui on n’a que des conséquences politiques. Les populations en ont marre de ne pas être écoutées, en ont marre que l’on passe par-dessus leurs décisions et leurs votes, comme on l’a fait en France en 2005, comme on l’a fait avec les Grecs. Les gens ont marre de la soi-disant élite qui n’est pas démocratique. C’est un retour de bâton pour les politiques et malheureusement cela peut aujourd’hui se répandre et se développer. 

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