Contre-amiral français sur le Brexit : «Un électrochoc salutaire pour réveiller les peuples de l'UE»

Source: Reuters

Sous peu les Britanniques seront appelés à faire un choix... mais quelle est la vraie la valeur et la signification de ce terme «Brexit» et du processus qu'il désigne ? Le contre-amiral (2S) français Claude Gaucherand cherche la réponse.

Brexit ! Vous avez dit Brexit ? Comme c’est bizarre ! Brexit… Quel drôle de mot !

Pourquoi ne pas dire référendum auprès du peuple britannique à propos de la sortie ou du maintien de la Grande-Bretagne dans l'Union européenne. C’est plus long mais c’est clair et précis. Il s’agit bien de l'UE et non de l’Europe comme les médias s’acharnent à le dire et répéter. Quoi qu’en pensent les pontes de Bruxelles, référendum ou pas, la Grande-Bretagne est bien amarrée au continent européen.

Cette mise au point étant faite, que penser de cet évènement connu sous la dénomination de BREXIT ?

En France, la caste politique, pardon, la classe politique quasi unanime réunie en congrès à Versailles – ça ne s’invente pas ! – le ratifia le 14 février 2008, acte de défiance à l’endroit de la volonté populaire exprimée moins de trois ans plus tôt

Un acte de démocratie

Tout d’abord il constitue un acte de démocratie qui devrait servir d’exemple aux 27 autres nations de l'UE. Il n’est pas interdit de rêver… Même si l’on connait la défiance des gouvernants en place à l’endroit de la vox populi. La Suisse, de ce point de vue, reste un exemple que personne ne veut plus suivre. La Grande-Bretagne est sans aucun doute l’ultime exception.

Quand on pense au référendum organisé en France et aux Pays-Bas en mai 2005 qui vit le refus de la constitution européenne par une forte majorité dans les deux pays concernés, il est bon de se remémorer les termes lourds de mépris avec lesquels les dirigeants ont alors qualifié le choix de ces deux peuples. C’est ainsi que, passant de la parole aux actes, fut conçu par eux le traité de Lisbonne, copie conforme à quelques détails près de la dite constitution. En France, la caste politique, pardon, la classe politique quasi unanime réunie en congrès à Versailles – ça ne s’invente pas ! – le ratifia le 14 février 2008 (jour de la Saint-Valentin quand même), acte de défiance à l’endroit de la volonté populaire exprimée moins de trois ans plus tôtet signal d’une rupture sans retour entre la classe politique et l’électorat.

Communauté européenne et perspectives

Politique étrangère et de Défense

Quelles sont donc les réalités et les perspectives que nous offre, à nous Français, comme aux autres peuples l’appartenance à la l'Union européenne ?

La défense de l’Europe par les seuls Européens est un vieux rêve français dont personne d’autre ne veut dans l'UE

Tout d’abord la perte de notre souveraineté ce que traduit celle de pouvoirs régaliens qu’il s’agisse de battre Monnaie, de rendre la Justice, de légiférer et de règlementer, en matière de Défense, le retour dans l’ensemble des structures du commandement intégré de l’OTAN nous ramène de fait au rôle dévolu aux autres nations de l'UE, celui de valet d’armes des Etats-Unis qui exercent les grands commandements, imposent leurs méthodes, décident des guerres qu’ils croient conformes à leurs intérêts, élaborent la stratégie et la doctrine – celle du chaos - qui la sert et, éventuellement, assurent la logistique en armes et munitions, mais seulement quand ils sous-traitent à des vassaux bien choisis une opération d’agression d’importance : ce fut le cas en 2011 lors des opérations en Libye, décidées et exécutées au mépris de la charte de l’ONU et des lois qui régissent ou plutôt devraient régir la vie internationale.

La défense de l’Europe ou plus précisément de l'UE, c’est l’OTAN qui l’assure, bras armé de Washington au seul service de ses propres intérêts,  de  même bien évidemment que la politique étrangère de l'UE est dictée par la Maison Blanche et le Congrès par le biais de l’OTAN qui avant d’être une organisation militaire est une organisation politique, il convient sans doute de le rappeler. De façon significative, tous les pays de l’Europe dite de l’Est sont d’abord entrés dans l’OTAN avant d’être admis dans l'UE. Ceci n’est bien évidemment pas dû au hasard.

La défense de l’Europe par les seuls Européens est un vieux rêve français dont personne d’autre ne veut dans l'UE. Mais ce qui se profile sous le vocable imprécis de défense européenne, est autrement grave, c’est l’élaboration d’une armée européenne et par voie de conséquence quand on connait les méthodes des dirigeants de Bruxelles, la disparition programmée à terme des armées nationales et de la défense du même nom. Quid des forces nucléaires nationales de dissuasion ? Vouées à la disparition puisque c’est ce que souhaitent les dirigeants étatsuniens… et sans doute allemands, sans omettre nombre de dirigeants français qui n’en font pas mystère, qu’ils se disent de gauche ou de droite.

Une armée unique, parlant une langue unique, l’américain bien sûr, formatée à l’américaine, ce sera plus facile à mobiliser pour aller guerroyer là où Washington aura décidé de ce faire ou d’être mise en état d’alerte aux frontières de la Russie honnie et jour après jour montrée du doigt pour son supposé  bellicisme.

La France d’aujourd’hui est gouvernée par la peur, l’assistance et la culpabilité

Accord commercial transatlantique

Autre perspective qui s’ouvre, l'accord commercial transatlantique  (Trans-Atlantic Free Trade Agreement) alias le  TAFTA négocié en secret entre la Commission européenne et Washington sans que les représentations nationales soient tenues informées de l’évolution des pourparlers. De ce que l’on peut en savoir, toutefois, il ressort clairement que ce projet est celui de l’assujettissement des économies de l'UE à celle des Etats-Unis, ce pays affirmant ainsi au plan économique la même volonté impériale de suprématie qu’il manifeste dans le domaine militaire.

Un pays désindustrialisé transformé en centre touristique et en musée d’une histoire disparue, sorte de réserve indienne comme on peut les découvrir aux Etats-Unis, c’est cela la perspective et le cauchemar européens pour le Français que je suis

Situation de la France dans l'UE

La France d’aujourd’hui est gouvernée par la peur, l’assistance et la culpabilité. Oubliée la fierté d’être Français, avec Paris non pas capitale mondiale de la culture mais celle de la «gay pride», des camps de réfugiés et des SDF, des manifestations aussi incontrôlées que violentes, cernée par des zones de non-droit. Oubliés la vocation du grand large, la politique Arabe et les liens de coopération avec l’Afrique ; méconnue la francophonie. Jusque dans les ministères, l’anglais devient langue de travail et Bruxelles comme les Nations unies ont oublié que notre langue est une des langues reconnues de  ces organisations internationales. Dans les médias la culture de référence omniprésente est celle d’outre-Atlantique quel que soit le domaine considéré, de la chanson à la danse, de la littérature au cinéma, du théâtre à la musique.

La France réduite à n’être qu’une région elle-même subdivisée en sous régions avec leur propre langue, aura bientôt vécu. Un président de la République réduit au rôle de préfet de région, une langue en grand danger de disparaitre au profit de langues régionales coiffées en pratique par l’anglais, de facto déjà considéré comme langue officielle européenne avant de devenir langue véhiculaire, un pays désindustrialisé transformé en centre touristique et en musée d’une histoire disparue, sorte de réserve indienne comme on peut les découvrir aux Etats Unis, c’est cela la perspective et le cauchemar européens pour le Français que je suis. Le troisième Reich et Roosevelt en avaient rêvé, Bruxelles et la chancelière allemande l’auront réalisé.

Le trinôme Liberté, Egalité, Fraternité remplacé par celui de Rentabilité, Précarité, Agressivité

C’est cette perspective qui pourrait laisser place à l’espoir si par un acte de courage faisant fi de toutes les pressions politiques et économiques auquel il est soumis, le peuple britannique disait sa volonté de sortir de l'UE

BREXIT: un défi au nouvel ordre mondial

Le monde footballistique est représentatif, ce «sport» n’est guère plus qu’un outil politique aux mains de ceux qui le manipulent

Alors après ce coup de bélier dans la forteresse bruxelloise nous pourrions bientôt entendre sonner les trompettes de Jéricho annonçant la chute de ses murailles. Construo et destruam, disaient les Romains. Les générations passées ont construit une usine à gaz dont les fonctionnaires qui la dirigent exercent un pouvoir sournoisement totalitaire sur l’ensemble des citoyens de cette part du continent qui leur est impartie, pouvoir reposant sur une idéologie, le libéralisme mondialiste porté à son extrême aussi appelé mondialisme, dont les nantis profitent au détriment des peuples qui en souffrent. Le trinôme Liberté, Egalité, Fraternité remplacé par celui de Rentabilité, Précarité, Agressivité.

Rentabilité des capitaux, Précarité de l’emploi, Agressivité des comportements. Non des citoyens qui réfléchissent, mais des consommateurs à qui il convient d’offrir le minimum de pain et de les abrutir par un maximum de jeux, éventuellement violents. De ce point de vue le monde footballistique est représentatif, ce «sport» n’est guère plus qu’un outil politique aux mains de ceux qui le manipulent. Le dernier épisode marseillais de l’Euro 2016 est particulièrement révélateur.

Plus de frontières, la planète transformée en un «melting pot» globalisé, un métissage généralisé devenu de rigueur, métissage des nations, des êtres, des modes de vie et des cultures. Dans ce monde sans frontières, immense Titanic sans cloisons étanches, le virus du terrorisme pourra aisément se répandre semant la peur qui permet à ceux qui détiennent le pouvoir d’imposer leurs lois dites sécuritaires et de régner sans partage sur six milliards d’individus sans liens entre eux et donc vulnérables. De ce point de vue l'Union européenne sert de grand laboratoire aux mondialistes sans frontières. Ce qui aura réussi dans cette partie du monde si riche en peuples divers et instruits à l’histoire si complexe pourra alors être aisément étendu au reste de la planète.

Une perspective non pas euro-atlantique mais bien euro-asiatique pour les nouvelles générations qui auront alors tout loisir de faire preuve de l’imagination et de la réflexion dont la génération présente et celles qui l’ont précédée ont manqué

BREXIT ! Ultime opportunité d’un électrochoc salutaire pour réveiller les peuples de l'UE de la léthargie qui les paralyse.

Les vertus d’un exemple et perspectives d’avenir

Nul doute qu’une fois l’exemple du BREXIT donné, les peuples — et le peuple français avant tous les autres, on peut l’espérer — exigeront la destruction de ce symbole de trente années d’échecs, sorte de Bastille des temps modernes, avant que de préparer un autre avenir, reconstruire une autre communauté de nations, non point de Los Angeles et Vancouver à Berlin et Varsovie, mais bien plutôt de Liverpool, Brest et Lisbonne à Moscou et Vladivostok, de l’Atlantique à l’Oural et au Pacifique. Une perspective non pas euro-atlantique mais bien euro-asiatique pour les nouvelles générations qui auront alors tout loisir de faire preuve de l’imagination et de la réflexion dont la génération présente et celles qui l’ont précédée ont manqué.

Voilà donc ce que BREXIT signifie : un espoir tangible de sortir les peuples de l’enclos fade de la Communauté européenne où tels des troupeaux de moutons ils sont enfermés depuis déjà trop longtemps

Une perspective où les cultures, les langues, les habitudes de vie, les techniques, les sciences, les arts culinaires et les vins ne sont pas fondus dans un creuset pour en faire des entités sans couleurs, sans caractère, sans goût, sans parfum, atones mais bien au contraire des entités uniques, vivantes, multiples, originales à l’image de ce que doit être la vie. Une perspective où les êtres ne seront pas des ombres solitaires, abêties, obéissantes et uniformisées d’un ordre mondial déshumanisé où le veau d’or règne en maître, mais des individualités pensantes vivant en réseau de solidarité.

Voilà donc ce que BREXIT signifie. Un espoir tangible de sortir les peuples de l’enclos fade  de l'Union européenne où tels des troupeaux de moutons ils sont enfermés depuis déjà trop longtemps sous la garde vigilante de médias aux ordres, véritables chiens de garde de la pensée unique au service de la haute Finance et de son fer de lance, les Etats-Unis d’Amérique.

Après la venue du président Obama à Londres venu exprimer ce que devait être le bon choix, le même que celui exprimé par tant de hautes personnalités européennes et européistes, il est permis d’imaginer le fantôme du général de Gaulle apparaissant au balcon du palais de Buckingham aux côtés de la reine pour délivrer son message d’encouragement à la foule des citoyens britanniques :

Vive la Grande-Bretagne ! Vive la Grande Bretagne… libre ! 

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