Drame de Magnanville : «Notre gouvernement est faible face à ceux qui veulent nous détruire»

Cordon de police à Magnanville Source: Reuters
Cordon de police à Magnanville

Tout n'a pas été fait pour empêcher l'attentat contre le policier à Magnanville, estime Eric Anceau, responsable du projet pour la France de Debout la France.

RT France : Dans quelle mesure l’Etat est-il responsable de ce qu'il s’est passé à Magnanville ?

Eric Anceau (E. A.) : Je suis frappé de voir Manuel Valls avouer son impuissance aujourd’hui en disant qu’on ne peut tout de même pas prendre de nouvelles mesures à chaque attentat qui frappe notre pays et François Hollande et Bernard Cazeneuve lui emboîter le pas et affirmer que le gouvernement a fait le maximum. Non ! Tout n’a pas été fait.

L’islamiste qui vient de tuer le commandant de police et sa compagne était connu et même fiché S. Il avait été condamné en 2013 comme agent recruteur d’une filière djihadiste à trois ans de prison dont six mois avec sursis. Reparti pourtant dans la nature, il a pu préparer tranquillement son acte abject.

Nous mesurons tous les jours les effets des lois Dati et Taubira !

Plus largement, cette affaire pose la question des réformes successives menée depuis 20 ans qui ont ruiné la police et la justice. D’un côté, le corps des inspecteurs de police a disparu, le nombre des commissaires et des officiers a été dramatiquement réduit, l'investigation judiciaire et la police du renseignement ont été démantelées, les RG ont disparu. Nous avons perdu toute capacité à être proactifs et sommes entrés dans une démarche purement réactive. D’autre part, des idéologues ont pris le contrôle de la justice de notre pays. Nous mesurons tous les jours les effets des lois Dati et Taubira !

J’ai été indigné et je pense que je ne suis pas le seul, de voir ce matin tous ces politiques se presser aux Mureaux pour déplorer ce double assassinat alors que leur laxisme est en cause. L’enfant de trois ans qui a vu ses parents tués sous ses yeux est aujourd’hui orphelin. Il serait en droit de leur réclamer un jour des comptes !

Nos forces de sécurité insuffisantes et épuisées depuis l’instauration de l’état d’urgence ne peuvent pas tout faire

RT France : Les mesures de sécurité sont renforcées à la suite de l’état d’urgence et la tenue de l’Euro 2016. Est-il possible de maintenir la sécurité à un niveau satisfaisant ?

E. A. : L’Euro de football devait naturellement se dérouler car la France, qui est un grand pays, doit honorer ses engagements et ne doit pas céder à la terreur. C’est une fête des nations d’Europe qui y ont droit mais la fête risque d’être gâchée. Nos forces de sécurité insuffisantes et épuisées depuis l’instauration de l’état d’urgence ne peuvent pas tout faire. Aux missions ordinaires et à l’état d’urgence lui-même se sont ajoutés Nuit Debout, les déchaînements de violence en marge de la loi travail, le hooliganisme que l’on a vu à l’œuvre sur le Vieux-Port puis dans l’enceinte même du Vélodrome…

Nous trouvons pour notre part quelque peu contradictoire que l’on maintienne l’état d’urgence tout en autorisant des attroupements

Laxisme du gouvernement et failles dans la sécurité sont ici manifestes et des enquêtes devront faire toute la lumière sur ces débordements. Nous trouvons pour notre part quelque peu contradictoire que l’on maintienne l’état d’urgence tout en autorisant des attroupements. Nous avions réclamé l’interdiction des fan zones. Certains policiers qui assuraient la sécurité du concert de David Guetta et des fan zones à l’occasion du match d’ouverture m’ont dit que si le maximum a été fait pour sécuriser ces événements à haut risque, cela l’a été au détriment de la sécurité dans les transports et de celle sur le restant du territoire, devenus, de ce fait, beaucoup plus vulnérables.

J’ai été profondément choqué que la CGT sorte cette campagne d’affichage accusant la police de faire couler volontairement le sang

RT France : Les syndicats, plusieurs médias dont Mediapart dénoncent la violence des policiers lors des manifestations contre la loi travail avec des slogans «Notre police assassine». Est-ce le cas ?

E. A. : Qu’il y ait des bavures dans la police ou la gendarmerie, sans doute ! A vrai dire, nulle profession n’en connaît pas. Et ceux qui enfreignent la loi doivent naturellement être sanctionnés quelle que soit leur profession. Cependant, se focaliser sur quelques faits dans le climat très tendu où les forces de l’ordre exercent leur mission et alors qu’elles sont elles-mêmes agressées au quotidien par des petits voyous (et de plus grands) surprotégés par notre «Etat-mère» me semble totalement déplacé.  

J’ai été profondément choqué que la CGT sorte cette campagne d’affichage accusant la police de faire couler volontairement le sang. Je l’ai aussi été de voir Edwy Plenel poser avec ces jeunes qui portaient des tee-shirts «Notre police assassine». C’est un comportement totalement irresponsable et déconnecté des réalités dans la France de 2016.

On est dans la posture politique et pas dans l’efficacité

RT France : Après chaque attentat, les autorités affirment avoir pris les mesures nécessaires. Pourquoi ne fonctionnent-elles pas ? Que faut-il faire ?

E. A. : Encore une fois les mesures indispensables n’ont pas été prises. On est dans la posture politique et pas dans l’efficacité. On a ainsi leurré les Français pendant des mois avec la question de la déchéance de nationalité pour aboutir à un résultat totalement nul. 

De notre côté, nous travaillons avec les meilleurs spécialistes sans œillères et sans idéologie et, dès les attentats contre Charlie, en janvier 2015, nous étions en mesure de réclamer des mesures fortes et efficaces. Nicolas Dupont-Aignan les a présentées à François Hollande lorsque celui-ci l’a reçu à l’Elysée. Elles n’ont pas été retenues. Nous avons renouvelé notre demande pressante après les attentats du 13 novembre dernier sans plus de résultats. Nous les reformulons aujourd’hui :

Combien de nouveaux drames faudra-t-il avant que nous soyons entendus ?

  1. Expulsion immédiate des combattants étrangers en France, fichés S, ayant pris les armes contre la France.
  2. Assignation à résidence immédiate en territoire éloigné des djihadistes de nationalité française, connus des services de renseignement.
  3. Rétablissement des frontières nationales et des contrôles à tous les postes-frontières.
  4. Recrutement de 10 000 personnels administratifs afin de pouvoir affecter tous les policiers et gendarmes à des tâches opérationnelles.
  5. Aménagement de 40 000 nouvelles places de prison.
  6. Suppression des remises de peine automatiques.
  7. Abrogation des lois Dati et Taubira.
  8. Fermeture de tous les lieux de culte faisant l’apologie du djihad et l’expulsion immédiate de tous les imams et prêcheurs étrangers radicaux.
  9. Isolement et non regroupement de tous les condamnés pour crimes ou délits pour des faits liés à des actes terroristes ainsi que les détenus de droit commun radicalisés afin de leur couper tout lien de communication entre eux et avec l’extérieur.
  10. Création d’une peine incompressible de 10 ans d’emprisonnement pour détention d’armes de guerre.

Combien de nouveaux drames faudra-t-il avant que nous soyons entendus ?

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