Prolongation de l'état d'urgence : «le principal effet c’est de pouvoir réguler les manifestations»

© JEAN-SEBASTIEN EVRARD Source: AFP

Pour la troisième fois, le Parlement a décidé de prolonger l'état d'urgence jusqu'au 26 juillet, pour assurer la sécurité de l'Euro 2016 et du Tour de France. Pour l’écrivain et publiciste Eric Verhaeghe cela ne pourra pas durer éternellement.

RT France : Les députés ont voté la prolongation de l’état d’urgence, quelle est votre réaction ? Allons-nous rester dans un état d’urgence permanent sans nous en rendre compte ?

Eric Verhaeghe (E. V.) : La notion d’état d’urgence a été vidée de son contenu par le Conseil d’Etat, au mois de février dernier. Cette décision du Conseil d’Etat a neutralisé les effets les plus liberticides de l’état d’urgence. Notamment en limitant très fortement les assignations à résidence. Le Conseil d’Etat avait annoncé qu’il donnerait satisfaction à tous ceux qui étaient assignés à résidence et qui considéraient cette assignation abusive.

La notion d’état d’urgence a été vidée de son contenu

Dans la pratique, l’état d’urgence dans lequel on vit, a des effets relativement limités. De ce point de vue il est à peu près indolore. En réalité on voit qu’aujourd’hui le principal effet de l’état d’urgence c’est de pouvoir réguler les manifestations, de faciliter la surveillance numérique des suspects. Si il n’y avait pas cette limitation aux effets de l’état d’urgence il serait insupportable. 

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RT France : Pensez-vous que l’état d’urgence est également utilisé pour contenir, voire interdire certaines manifestations notamment contre la Loi Travail ? Est-il là dans le but d’annihiler la contestation politique ?

E. V. : Il y avait un vrai risque, lorsque le gouvernement a fait le choix de recourir à l’état d’urgence au mois de novembre. Un risque pour que l’état d’urgence soit complètement détourné de son objet initial. Dans la pratique le Conseil d’Etat est intervenu pour limiter ses risques.

Même si le gouvernement avait l’intention de faire taire la contestation politique, on se rend compte qu’il n’a pas les moyens policiers de le faire. L’exigence de surveillance imposée par la montée du salafisme et du terrorisme demande tellement de main d’œuvre dans la police que même si le gouvernement voulait soumettre politiquement la société française, il aurait besoin de plus de policiers. Rien n’exclut que l’état d’urgence puisse être détourné à un moment donné, mais aujourd’hui le risque est limité.

RT France : Peut-on craindre des dérives de l’état d’urgence, et si oui lesquelles ? N’est-ce pas un mal pour un bien dans le sens ou il sert à lutter contre le terrorisme ?

E. V. : Les dérives ont déjà eu lieu. Lorsqu’on interdit une manifestation sur la Cop21 à Paris, au nom de l’état d’urgence, et ce dès le mois de novembre, ça veut dire qu’on a déjà dérivé. Dans l’état d’urgence même, dès sa naissance, il y avait bien l’idée de l’utiliser à d’autres fins qu’aux fins de lutte contre le terrorisme. Ce qui fait que les Français se disent que c’est un mal pour un bien, c'est qu'en pratique la lutte contre le terrorisme a aussi une utilité pour la protection de la population. 

Les dérives ont déjà eu lieu

L’état d’urgence ne sera pas éternellement renouvelé, ses effets liberticides ont été relativement gérés ou supprimés, et cela l'a rendu acceptable pour une période donnée. Je ne pense pas qu’il puisse durer éternellement, car tôt ou tard, il suscitera un rejet de la part de la société française.

 

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