Chef de la diplomatie saoudienne : l’Arabie saoudite ne politise pas la question du pétrole

Adel al-Joubeir© Jacky Naegelen Source: Reuters
Adel al-Joubeir

L'objectif de l'Arabie saoudite est de «maintenir sa part du marché» et la visite du souverain saoudien à Moscou serait une question de temps - le ministre des Affaires étrangères saoudien Adel al-Joubeir parle à RT.

RT : Comment évaluez-vous les propos de Sergueï Lavrov, évoquant l’Iran concernant le droit des Etats d’exercer leur influence. Est-ce que l'Iran a le droit d’exercer une influence aussi importante ?

Adel al-Joubeir (A. J.) : Non, je ne pense pas que Monsieur le ministre voulait dire exactement cela. Je pense qu'il voulait dire que les Etats avaient le droit de veiller à leurs intérêts. Mais en même temps, Monsieur le ministre a souligné l'importance du principe de bon voisinage et de non-ingérence dans les affaires des autres Etats. Voilà ce qui nous inquiète dans les actions de l'Iran.

RT : Quelle est l’attitude de Riyad vis-à-vis de la présence du général iranien Qasem Soleimani à Bagdad et désormais à la périphérie de Falloujah ?

L'Iran n'a pas le droit d'intervenir dans les affaires des pays arabes

A. J. : Elle est très négative. Qasem Soleimani fait partie de la liste des terroristes. Les Gardiens de la Révolution [unité paramilitaire iranienne dépendante du chef de l’Etat iranien] et les brigades «Al-Qods» figurent sur la liste des organisations terroristes. Les Gardiens de la Révolution se battent en Syrie contre le peuple syrien et se battent en Irak. Ils ont fondé une milice populaire et une milice chiite en Irak. Ils mènent des activités terroristes subversives dans différents pays à travers le monde. Tout cela relève d’une activité néfaste. Nous nous opposons à tout ce que fait l'Iran en Irak, en particulier avec l'aide des brigades des Gardiens de la Révolution et des forces «Al-Qods». Nous nous opposons aux activités dirigées par Qasem Soleimani. Ces activités sont inacceptables, elles sont en contradiction avec le droit international et le principe de bonnes relations de voisinage, ainsi qu’avec celui de non-ingérence dans les affaires intérieures d’autres États.

Bachar el-Assad doit partir dès le début la période de transition

RT : Que pensez-vous alors de la coopération américano-iranienne au regard du fait que Qasem Soleimani est recherché par la justice américaine?

A. J. : Je ne pense pas qu’il s’agisse d’une coopération irano-américaine. Peut-être que d’une coopération irano-irakienne. Mais même dans ce cas, c’est inacceptable, parce que l'Iran n'a pas le droit d'intervenir dans les affaires des pays arabes, l'Iran ne doit pas soutenir des milices créées dans les pays arabes sur une base confessionnelle. Cela augmente la probabilité d'un conflit interreligieux et ne contribue pas à la sécurité et à la stabilité dans les pays de la région.

RT : Aujourd'hui, en parlant du président de la Syrie Bachar el-Assad, vous avez dit qu’une décision quant au sort de cet homme devait être prise lors des négociations. Est-ce votre nouvelle position ? Avant, vous affirmiez sans cesse qu'il devait démissionner…

A. J. : Non, notre position n'a pas changé. L'idée est que Bachar el-Assad doit partir dès le début la période de transition. Ceci est prescrit par l’accord «Genève 1» et la résolution numéro 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies, selon notre interprétation et l'interprétation de l'opposition syrienne modérée. Par conséquent, il n'y a aucun changement [de position]. Suite au début des négociations, Assad passe le pouvoir à un gouvernement de transition et quitte son poste.

RT : Quelle sera la participation de la Russie dans ce projet ambitieux, conçu peut-être pour 20 ans ou plus [destiné à dégager l’Arabie Saoudite de la dépendance du pétrole], qui a été évoqué par le prince héritier ?

A. J. : Cela dépend de la capacité de la Russie et des sociétés russes.

L’Arabie saoudite ne considère la question pétrolière que d'un point de vue purement économique

RT : Des accords ont-ils été signés avec la Russie sur ces grands projets ?

A. J. : Il existe un fonds d'investissement commun saoudo-russe. Il a été fondé avec un capital social de dix milliards de dollars. Il existe pour investir dans des projets, en Russie comme en Arabie saoudite. La question des investissements saoudiens en Russie – dans le domaine de l'agriculture et dans d'autres domaines – est étudiée. Il y a un échange de consultations et une coopération dans le domaine énergétique. Une coopération est menée dans le domaine de la science, de l'exploration spatiale et dans d'autres domaines. Nous nous attendons à ce que les relations entre la Russie et l'Arabie saoudite franchissent une nouvelle étape dans les années à venir.

RT : En ce qui concerne la coopération dans le domaine de l'énergie : certains accusent l'Arabie saoudite de tentatives d'influencer leurs rivaux politiques, de déstabiliser le prix [du pétrole]. Est-ce vrai ?  Y a-t-il une coopération entre la Russie et l'Arabie saoudite sur ces questions ?

Maintenant, le royaume vise à maintenir sa part du marché et à permettre au marché de déterminer le prix du pétrole sur la base de l'offre et de la demande

A. J. : Je pense que ce genre de conversations relèvent des théories de complot et ne correspondent aucunement à la réalité. L’Arabie saoudite ne politise pas la question du pétrole. L’Arabie saoudite ne considère la question pétrolière que d'un point de vue purement économique. Le marché détermine le prix du pétrole, selon l'offre et la demande. L’objectif de l'Arabie saoudite est de maintenir sa part du marché et de ne pas soutenir les producteurs qui ont des prix [trop] élevés.

Dans les années 1980, lorsque le royaume a essayé de créer un équilibre entre l'offre et la demande, la production du pétrole dans le pays a chuté de 11 millions de barils à deux millions. Et le prix du pétrole a chuté de 32 à huit dollars. Le royaume n’a rien tiré de cette situation.

Maintenant, le royaume vise à maintenir sa part du marché et à permettre au marché de déterminer le prix du pétrole sur la base de l'offre et de la demande. Au cours des derniers mois, nous avons constaté une augmentation des prix du pétrole en raison de la demande accrue pour le pétrole et le ralentissement de son approvisionnement.

RT :  Une visite du souverain saoudien à Moscou est-elle envisageable dans un avenir proche ? Sa visite a été reportée à plusieurs reprises…

A. J. : Je ne crois pas que la visite soit reportée. En fait, c’est la date de cette visite envisagée qui n’a toujours pas été fixée.

RT : Mais la visite est-elle encore prévue ?

A. J. : L'invitation a été envoyée et acceptée. Il reste seulement à fixer une date convenable.

Lire aussi : L'Arabie saoudite a-t-elle la capacité de trouver des sources de revenus pour remplacer le pétrole ?

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