Merkel en Turquie : l’Allemagne et l’Union européenne sont prises entre deux feux

© OZAN KOSE Source: AFP

La chancelière allemande est à Istanbul pour un sommet inédit, parrainé par l'ONU, autour de la crise humanitaire. Elle rencontrera le président turc à cette occasion. Le spécialiste de la Turquie Jean Marcou décrypte cette visite.

RT France : Angela Merkel est en visite en Turquie, comment voyez-vous cette rencontre ? Est-ce une marque de confiance de la part de la chancelière allemande vis-à-vis de la gestion de la crise des réfugiés par les turcs ?

Jean Marcou (J. M.) : C’est le premier sommet humanitaire de l’ONU qui se tient à Istanbul, le fait que la chancelière allemande se déplace n’est pas un hasard. Cette visite est à mettre en relation avec les accords signés avec l’Union européenne et la Turquie pour la résolution de la crise des réfugiés. Sa visite est un élément fort, d’autant plus que d’autres chefs d’Etat ne se sont pas déplacés, ce n’est pas un hasard si Angela Merkel a fait le déplacement.

La Turquie est en train d’entrer dans une nouvelle ère

RT France : Angela Merkel a jugé que «certaines évolutions» dans ce pays étaient sources de «vives préoccupations» et a promis d'évoquer les contentieux «en public et en privé». Pensez-vous que la politique allemande peut changer vis-à-vis de la Turquie ?

J. M. : L’Allemagne et l’Union européenne en particulier, sont prises entre deux feux, car à la fois elles ont besoin de cet accord humanitaire et en même temps cet accord intervient dans un contexte de dégradation en Turquie. Une dégradation de la situation de l'Etat de droit, de la situation des libertés et en particulier de la liberté de la presse. Plus généralement, un contexte de transformation du régime politique turc.

Un régime qui va être de plus en plus centralisé et on peut le craindre autoritaire

Avec l’élection de Binali Yildirim à la présidence de l’AKP et sa nomination au poste de Premier ministre, la Turquie est en train d’entrer dans une nouvelle ère. Une ère présidentialisée, avec un régime qui va être de plus en plus centralisé et on peut le craindre autoritaire. Pour l’Union européenne le problème est de choisir entre ses problèmes immédiats, à savoir le règlement de la crise des réfugiés, et ses valeurs.

RT France : En quoi le nouveau Premier ministre peut changer ou influencer la politique du pays ?  

J. M. : C’est une personnalité très différente, car Ahmet Davutoglu s’était fait connaître essentiellement par sa politique étrangère. Notamment avec la politique du «zéro problème» avec les voisins de la Turquie. Binali Yildirim a été ministre des transports depuis 2002, et son image est associée à tous les grands projets de construction qu’à réalisés la Turquie depuis. En particulier les lignes de TGV, de nombreuses autoroutes, le troisième pont sur le Bosphore, le troisième aéroport à Istanbul… Il est associé à des travaux de prestige qui symbolisent cette Turquie forte que Erdogan veut voir émerger.

Cela donne un très fort soutient au président turc pour la transformation du régime politique à venir.

Sur le plan politique cela donne un très fort soutient au président turc pour la transformation du régime politique à venir. Lors du discours d'Ahmet Davutoglu au congrès de l’AKP, il a évoqué la nécessité d’une nouvelle constitution et d’une constitution démocratique et respectueuse des libertés et des identités. Binali Yildirim a déclaré de son côté, qu’il allait principalement travailler à un régime présidentiel auquel Ahmet Davutoglu n’a d’ailleurs fait aucune allusion. On est en présence d’un nouveau Premier ministre qui, lui, n’aura pas d’état d’âme par rapport au régime présidentiel.

L’Europe est tenue par la nécessité

RT France : Au regard des nouveaux évènements en Turquie, peut-on envisager des sanctions européennes ?

J. M. : L’Europe est tenue par la nécessité. L’accord du 18 mars sur les réfugiés a fonctionné. C’est à dire qu’il a réussit à stopper le flux de réfugiés de Turquie vers les îles grecques. Pour que la mise en œuvre de l’accord se poursuive, la Turquie souhaite que l’accord sur les visas soit mis en œuvre.

Cet accord sur la levée des visas dépend de 73 critères de sécurité qui ont été acceptés, à l’exception des cinq derniers. Sur les cinq derniers, l’Europe demande à la Turquie de réviser sa législation sur le terrorisme. C’est un critère que la Turquie ne veut pas appliquer pour l'instant, et on ne sait pas comment on va trouver un accord. C’est un point très délicat à négocier pour l’Europe. 

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