Un tribunal allemand censure de larges passages d'un poème satirique anti-Erdogan

- Avec AFP

Jan Böhmermann© Facebook
Jan Böhmermann

Le tribunal de grande instance de Hambourg, saisi en référé, a interdit à Jan Böhmermann, l'auteur d'un poème satirique insultant le président turc Recep Tayyip Erdogan de répéter publiquement de larges passages de ce texte.

La juridiction, qui avait été saisie par le président turc, a «en partie accédé à la requête» qu'il avait présentée, et a «défendu à Böhmermann l'expression de certains passages qui, en raison de leur contenu outrageant et portant atteinte à l'honneur, n'ont pas à être supportés par Erdogan», souligne le tribunal dans un communiqué.

Sur les 24 lignes de ce poème dans lequel le président turc était traité de pédophile et de zoophile, seules six subsistent, dans la version annotée par l'ordonnance rendue par le tribunal.

«Dans le cadre d'une critique à l'encontre du comportement d'un tiers exprimée sous forme de satire, il existe des limites qui se trouvent atteintes lorsqu'il s'agit d'un outrage pur ou d'une insulte formelle qui blessent la dignité de la personne», explique le tribunal.

«D'après la chambre (du tribunal), cette limite a été outrepassée dans certains passages du poème», poursuit le communiqué de la juridiction.

Le 31 mars, l'humoriste Jan Böhmermann, qui commente de manière souvent provocatrice l'actualité dans son émission «Neo Magazin Royale» avait expliqué savoir qu'en prononçant ce poème, il allait au-delà de ce que le droit allemand autorise.

Il entendait ainsi démontrer par l'absurde combien le pouvoir turc avait eu tort de s'attaquer à un autre texte, une chanson diffusée 15 jours plus tôt à la télévision allemande et critiquant la remise en cause des libertés publiques en Turquie.

L'affaire a empoisonné les relations entre l'Allemagne et la Turquie, partenaire crucial pour tenter de juguler l'afflux de migrants en Europe.

La chancelière Angela Merkel a autorisé - comme le requiert le code pénal allemand dans le cadre du délit d'insulte à un représentant d'un Etat étranger - les poursuites souhaitées par Ankara contre l'humoriste qui devra donc répondre de son poème devant un tribunal.

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