250 000 euros d'amende par réfugié refusé : Bruxelles veut imposer la solidarité par la force

Depuis 2015, la Hongrie a construit deux murs à la frontière serbe et à la frontière croate pour faire face à l'afflux de migrants. D'autres murs ont été construits ou sont en construction aux frontières slovènes, grecques et bulgares.
Depuis 2015, la Hongrie a construit deux murs à la frontière serbe et à la frontière croate pour faire face à l'afflux de migrants. D'autres murs ont été construits ou sont en construction aux frontières slovènes, grecques et bulgares.

Après avoir constaté l'échec cuisant des quotas de réfugiés imposés à chaque pays européen, Bruxelles veut instaurer une amende de 250 000 euros par réfugié refusé et par jour. François Gemenne, expert en flux migratoires, analyse cette proposition.

RT France : Que pensez-vous de la proposition de la Commission européenne d’instaurer une amende de 250 000 euros par réfugié refusé ?

François Gemenne (F.G.) : C’est une proposition très dissuasive, le montant de l’amende est très élevé. Donc je pense que cela va être très dissuasif à la fois financièrement mais aussi symboliquement puisque cela veut dire qu’un pays, s’il refuse des migrants, serait prêt à payer des sommes assez colossales. C’est aussi triste au fond qu’il faille imposer cela par la force alors que cela devrait être une sorte de mesure de solidarité spontanée entre Etats membres. Je suis un peu triste qu’il faille hélas en arriver là.

RT France : Cette menace adressée aux pays récalcitrants a-t-elle des chances de se concrétiser et d’être votée ?

F.G. : Plusieurs pays ont déjà annoncé qu’ils s’y opposeraient. La Hongrie mène le front. Je pense que la mesure risque de passer assez mal aussi auprès de certains pays comme les Pays-Bas ou le Danemark. Donc il y a a encore beaucoup de chemin avant que la mesure ne soit votée. Pour le moment c’est juste une proposition, et il va falloir encore beaucoup travailler avant que la proposition ne soit votée.

La difficulté c’est quel va être l’accueil des réfugiés dans des pays qui ne veulent pas d’eux

RT France : Depuis le début des quotas imposés par l’UE, les pays d’Europe de l’Est ont refusé de s’y plier. On sait également que ces pays n’auraient pas les moyens de payer cette amende. Cette nouvelle mesure aura-t-elle une véritable utilité ?

F.G. : Non. C’est une façon d’imposer aux pays de prendre des réfugiés. La difficulté c’est quel va être l’accueil des réfugiés dans des pays qui ne veulent pas d’eux. Je crains beaucoup que ce soit au final les réfugiés qui pâtissent de cette absence de solidarité et de coopération en Europe. Cela devrait être une mesure de solidarité naturelle entre Etats membres.

La difficulté du système c’est comment faire venir des réfugiés dans des pays où ils n’ont pas envie d’aller

RT France : Pensez-vous que la France va se retrouver parmi les pays qui respectent leur quota de réfugiés ou qui payent une amende ?

F.G. : Je pense que la France va se retrouver parmi les pays qui respectent leur quota, qu’elle va accepter cette proposition de la Commission européenne. Par contre la grande difficulté en France, c’est que les réfugiés pour le moment ne souhaitent pas venir en France, ils sont davantage attirés par l’Allemagne, le Royaume-Uni ou la Suède. La difficulté du système c’est comment faire venir des réfugiés dans des pays où ils n’ont pas envie d’aller.

RT France : Cette mesure risque-t-elle de diviser davantage les pays de l’UE ?

F.G. : Oui je suis certain que la mesure va diviser davantage l’Europe. Il suffit de voir les premières réactions aux annonces. Malheureusement, imposer la solidarité par la force, par des amendes, ça risque de ne pas marcher je le crains. Alors qu’il faut pourtant parvenir à des mécanismes de relocalisation en Europe, il faut absolument que l’Europe développe une approche commune et une réponse commune à cette question de l’asile. Malheureusement l’imposer par la force ou par des amendes, ça risque de ne pas marcher. C’est toujours compliqué d’imposer la solidarité par la force.

Je n’imagine pas qu’un pays puisse aller jusqu’à menacer de sortir de l’Union européenne, mais après tout, tout est imaginable vu les réactions vues en Europe depuis le début de cette crise

RT France : On parle beaucoup du Brexit en ce moment, peut-on envisager que d’autres pays émettent le souhait de quitter l’Union européenne ?

F.G. : On pourrait l’imaginer mais ça serait quand même assez aberrant que pour une question qui est malgré tout une question symbolique, on parle ici de l’accueil de quelques milliers de personnes, on en arrive à ce niveau de déchirement dans l’Union européenne. C’est assez pathétique. Je n’imagine pas qu’un pays puisse aller jusqu’à menacer de sortir de l’Union européenne, mais après tout, tout est imaginable vu les réactions vues en Europe depuis le début de cette crise, on ne peut rien exclure.

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