Sénateur de Paris sur la Turquie : «On ne peut pas se permettre d’ouvrir les visas comme ça»

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Le Sénateur les Républicains était présent au Conseil de l'Europe où le Premier ministre turc a réitéré la demande turque au sujet des visas. Pour Yves Pozzo di Borgo, il faut être prudent et attendre des garanties turques.

RT : La Turquie a sommé l'UE de tenir les engagements pris dans le cadre de l'accord sur les migrants, à commencer par l'exemption de visa pour les Turcs, menaçant sinon de refermer sa porte. Comment réagissez-vous ? Peut-on parler de chantage ?

Yves Pozzo Di Borgo (Y.P.B.) : Lors [de la dernière session de l'Assemblée parlementaire] du Conseil de l’Europe le Premier ministre turc est venu nous expliquer le contexte. Sur le principe l’accord entre l'Union européenne et la Turquie est bon. Mais je suis plus sceptique sur l’affaire des visas, on ne peut pas se permettre d’ouvrir les visas comme ça. Je considère qu’il vaut mieux d’abord ouvrir les visas avec la Russie qu’avec la Turquie. Il faut agir avec prudence, d’ailleurs la France a mis des paramètres que les Turcs doivent appliquer.

On ne peut pas se permettre d’ouvrir les visas comme ça

Il est vrai que les Turcs sont ceux qui accueillent le plus grand nombre de réfugiés au monde. La question est de savoir s’ils vont respecter leurs promesses, C'est là où je suis plus méfiant. J’espère que l’Union européenne ne va pas trop s’écraser devant les Turcs. Il est vrai qu’il est nécessaire que la Turquie soit partenaire de l’Europe pour gérer la situation des réfugiés. Maintenant dans l’application, je recommande une certaine prudence pour les visas, comme pour le reste.

Le Premier ministre turc nous a dit qu’ils avaient déjà dépensé 10 milliards pour l’accueil des réfugiés syriens et qu’ils n’avaient touché que 500 millions d’euros d’aide. Même s'ils accueillent beaucoup plus les réfugiés que nous et dans de meilleurs conditions, il faudra savoir ce qu’ils comptent dans cette somme de 10 milliards. Il faut laisser faire le processus sans trop céder au chantage de la Turquie bien qu’il faille reconnaître que cet accord est nécessaire.

RT : Erdogan a déclaré : «L'UE a plus besoin de la Turquie que la Turquie n'a besoin de l'UE», que lui répondez-vous ? Le Turquie est-elle un allié indispensable à l’Europe dans la crise des réfugiés ?

Y.P.B. : Je crois qu’il a raison de dire que l’UE a besoin de la Turquie. C’est une grande puissance économique, militaire et elle est à nos frontières. Dans le dossier de la crise des réfugiés, tout passe par la Turquie. L’avenir va aussi dépendre de la bonne foi d'Ankara. Cet accord entre l’Union européenne et la Turquie est contesté, d’ailleurs il y a une commission d’enquête à ce sujet au Sénat. Après sur le principe on ne pas faire autrement.

RT : Alors que le taux de popularité d'Angela Merkel est en baisse de 11% à cause de la crise des réfugiés, le commissaire aux droits de l'Homme du Conseil de l'Europe a appelé les Etats à favoriser l'intégration des réfugiés plutôt qu'à les dissuader de venir. Quelle est la bonne stratégie selon vous ?

Y.P.B. : Il y a un problème d’équilibre, il faut en premier lieu s’assurer que ce sont bien des réfugiés. Le commissaire européen aux droits de l’Homme est dans sa logique, mais je pense que la priorité est de stabiliser les zones où il y a des crises qui provoquent ces déplacements de population, notamment en Syrie.

Il faut faire preuve de pragmatisme et de bon sens

Les réfugiés sont amenés, à terme, à retourner dans leur pays, le problème est d’avoir une stabilisation politique de ces pays-là pour leur permettre de revenir. Dans le flot des réfugiés, il faut faire attention qu’il n’y ait pas de réfugiés économiques. On le voit très bien dans les hot spots, il y a un gros travail qui est fait car des réfugiés économiques se greffent aux autres. Il faut faire preuve de pragmatisme et de bon sens. Il faut accueillir les réfugiés qui sont dans une situation très difficile et les intégrer. Mais l’idéal serait qu’ils puissent rester dans leur pays, qu’ils puissent réussir dans leur pays et que la situation économique de leur pays s’améliore.

Angela Merkel a eu une maladresse qui coûte cher à l’Europe

Angela Merkel a été maladroite avec ces propos d’ouverture aux réfugiés. De plus j’ai été choqué par sa prise de position à l’égard de l’humoriste qui avait critiqué Erdogan, qu’elle cautionne Erdogan là-dessus est choquant.

Elle est l’une des responsables de l’afflux massif, car elle a ouvert les portes. Bien sûr il faut être humain et accueillir les réfugiés, mais elle a eu une maladresse qui coûte cher à l’Europe.

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