Michel Collon est écrivain, journaliste indépendant et fondateur du Collectif Investig’Action, qui anime le site Internet michelcollon.info. Il est spécialisé dans l’analyse des stratégies de guerre, des relations Nord-Sud et des médiamensonges.

Un réfugié, ça vaut combien d’euros ?

Des Kurdes brandissent une pancarte contre le Premier ministre turc Ahmet Davutoğlu lors du sommet Union européenne-Turquie à Bruxelles le 7 mars 2016.© Yves Herman Source: Reuters
Des Kurdes brandissent une pancarte contre le Premier ministre turc Ahmet Davutoğlu lors du sommet Union européenne-Turquie à Bruxelles le 7 mars 2016.

L'écrivain Michel Collon analyse les accords entre la Turquie et l'Union européenne sur les réfugiés.

Ainsi, l’Union Européenne a signé il y a deux semaines avec la Turquie cet «Accord de la honte». Qui en fait supprime le droit d’asile, un droit fondamental pourtant garanti par l’article 14 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme : «Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l'asile en d'autres pays.»

Le troc du siècle ! En échange de six milliards d’euros cédés à Ankara, on leur refile nos réfugiés politiques, on les charge du sale boulot (les prisons turques sont très réputées) et on se débarrasse des droits de l’Homme ! Clairement, c’est une «bonne affaire» puisqu’un million de réfugiés sont arrivés en Europe en 2015. Du point de vue comptable, un réfugié vaut donc six mille euros. Pas cher pour une puissance qui prétend donner au monde entier des leçons sur les droits de l’Homme ! Peut-être pas très intelligent non plus de financer Erdogan. Il pourra ainsi continuer à soutenir un terrorisme bien utile pour ses ambitions régionales et pour faire chanter l’Europe.

Tout ceci, nous le devons au bordel semé – par les interventions occidentales ! – en Irak, en Afghanistan, en Libye et en Syrie.  Or, ce «marché des réfugiés» a encore de belles perspectives de croissance tant que l’Occident s’acharnera à décider à la place des nations puisqu’Obama a dit récemment : «Le "leadership américain" implique de forcer la main des Etats qui ne font pas ce que nous voulons qu’ils fassent». Et puisqu’on ne cesse pas d’utiliser des terroristes pour déstabiliser des Etats («Les USA ont créé Al-Qaida», a reconnu Hillary Clinton). Bref, on peut estimer beaucoup plus élevé encore le nombre d’êtres humains qui seront obligés de fuir la guerre et le terrorisme.

«Nous ne pouvons accueillir toute la misère du monde.» Eh bien, il ne fallait pas commencer par la créer en essayant de voler le pétrole...Pardon, «éliminer les armes de destruction massive»

Bien sûr, nos politiques ressortent l’habituel argument «Nous ne pouvons  accueillir toute la misère du monde.» Eh bien, il ne fallait pas commencer par la créer en essayant de voler le pétrole… Pardon, «éliminer les armes de destruction massive» ! Ou «combattre le terrorisme» (joli résultat !). Ou «apporter la démocratie» (avec l’aide des Saoud, du Qatar et d'Erdogan !).

Il y aurait pourtant une solution simple et honnête : dire non aux USA et quitter l’OTAN qui apporte la souffrance partout où elle intervient. Accepter des relations sur pied d’égalité avec toutes les nations. Appliquer la Charte de l’ONU qui interdit l’ingérence comme la guerre. Bref, respecter le droit.

Apparemment, c’est trop cher pour nos grandes «démocraties» !

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