Le moment est venu pour l’UE «de rompre le silence» sur la situation en Turquie

Des manifestants kurdes lors d'une manifestation durant le sommet UE-Turquie à Bruxelles, le 7 mars 2016© Yves Herman Source: Reuters
Des manifestants kurdes lors d'une manifestation durant le sommet UE-Turquie à Bruxelles, le 7 mars 2016

La décision de la Turquie de placer sous tutelle un journal d'opposition peut être considérée comme une «provocation à l'égard de l'UE» estime Kati Piri, députée européenne et membre du parti travailliste néerlandais sur RT.

RT : Nous avons entendu plusieurs fonctionnaires de l'UE condamner pendant le week-end la décision de la Turquie de prendre possession d'un journal d'opposition (Zaman). Cette condamnation peut-elle aller au-delà de simples paroles ? Nous avons entendu ce qu’en a dit le ministre français, mais, à votre avis, que sera-t-il dit en coulisses ?

Kati Piri :Ce qui se passe en Turquie est très grave, mais je suis au moins contente du fait que, pour la première fois, les ministres de l'UE se sont livrés à des déclarations plus dures. Nous avons vu il y a quelques mois, un rapport très important de la Commission Européenne être reporté afin de ne pas contrarier Ankara. On a vu deux journalistes renommés être emprisonnés en Turquie, et l'UE est restée, là-aussi, silencieuse. A présent, le moment est venu de rompre cet silence. Et selon moi, il s'agit d’un premier pas dans cette direction.

La Turquie s’éloigne clairement des standards européens tels que la gestion des droits des minorités et le respect des droits fondamentaux de la population

RT : Le moment choisi est curieux, étant donné qu'au même moment, l'UE tente de conclure un accord avec la Turquie pour essayer de contenir les migrants - ce qui est aussi un accord très coûteux. Le moment ne pouvait pas plus mal tomber, n'est-ce pas ?

K.P. : Oui, le timing, juste avant le sommet entre la Turquie est l'UE, paraît très étrange. Avant chaque sommet européen, deux jours avant en général, quelque chose de semblable se produit. On pourrait même considéré cela comme une provocation à l'égard de l'UE. Je pense que la leçon qui doit être tirée de tout cela est qu'on ne peut pas avoir un tel dialogue unidimensionnel avec la Turquie, un dialogue qui ne concernerait que le nombre de personnes arrivant sur les côtes grecques. Nous devons absolument avoir un dialogue plus large, incluant aussi et obligatoirement les droits fondamentaux.

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RT : Le premier ministre turc a affiché sa volonté de discuter de la possibilité d'une adhésion à l'UE durant le sommet d'aujourd'hui. Je me demande si c’est vraiment le bon moment et le bon endroit pour parler de ça ? Étant donné que la Turquie poursuit ce but depuis très longtemps, l'adhésion de la Turquie à l'UE devient-elle de plus en plus probable ?

K.P. : Honnêtement, je ne pense pas que qui que ce soit en Europe, mais aussi en Turquie, croit que l'adhésion de la Turquie soit proche. Ce qu'on voit, au parlement européen, c’est que la Turquie s’éloigne même clairement des standards européens tels que la gestion des droits des minorités, le respect des droits fondamentaux de la population, la régulation d'un pays dans le respect de la loi... Donc, je suis pour la négociation avec la Turquie au sujet des mouvements migratoires, je pense aussi que nous devons avoir un dialogue plus rapproché sur la problématique des droits de l'homme, mais la Turquie ne s'approche pas, et même de loin, d’une adhésion à l'UE.

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