Journaliste de Today’s Zaman : «Hier était un jour de honte pour la démocratie turque»

La police turque utilise des gaz lacrymogènes pour disperser la foule manifestant contre la prise de contrôle du journal Zaman par le gouvernement turc.© Osman Orsal Source: Reuters
La police turque utilise des gaz lacrymogènes pour disperser la foule manifestant contre la prise de contrôle du journal Zaman par le gouvernement turc.

Les autorités turques verrouillent leurs médias, marquant la fin de la démocratie dans le pays, mais les journalistes ne collaborerons pas avec l’Etat et ne trahiront pas les principes de la liberté d’expression, promet Emre Soncan de Today’s Zaman.

RT: Vous êtes à Ankara pour le moment, mais que pouvez-vous nous dire à propos de la situation du journal à Istanbul? Avez-vous pu parler à vos collègues ?

Emre Soncan : Je suis à Ankara, comme vous l’avez dit, et nous nous attendons à une descente de police, comme hier dans notre siège social à Istanbul. Vous le savez, hier, le gouvernement turc a ordonné aux forces de la police de faire un raid dans les locaux du quotidien Zaman, qui est le plus vendu en Turquie, pour en reprendre la gestion. Et hier, les forces de police ont attaqué notre bâtiment, ils ont utilisé des gaz lacrymogènes et des canons à eau pour disperser la foule, nos lecteurs qui sont venus là pour nous soutenir et pour afficher leur solidarité avec les médias. Maintenant, à Ankara, nous nous attendons à ce que les forces de la police débarquent et occupent notre bâtiment, comme c’est le cas à Istanbul.

RT: Pouvez-vous décrire ce qui s’est passé dans les locaux du journal hier soir ? Nous avons vu la manifestation, des gens dans les rues qui ont été dispersés, mais que s’est-il produit à l'intérieur ?

Tous les tribunaux en Turquie sont sous le contrôle du président Recep Tayyip Erdogan

Emre Soncan : Malheureusement, tout d'abord je voudrais dire que c’est la fin de la démocratie pour la Turquie, ce qui me désole énormément. Hier était un jour de honte pour la démocratie turque, pour la primauté du droit, pour la liberté d'expression. Le mois dernier le président Recep Tayyip Erdogan a tenté de faire taire tous les médias critiques en Turquie. Il y a quelques mois, le gouvernement avait saisi les journaux et les chaînes de télévision du groupe de médias Ipek [Koza Ipek Tenir], un autre groupe de médias de premier plan en Turquie. La diffusion par satellite de certaines autres chaînes de télévision critiques a été interrompue. Et finalement hier, le quotidien le plus vendu du pays, Zaman, a été saisi par le gouvernement turc.

RT: Qu’allez-vous faire ce soir si la police essaye de destituer les dirigeants actuels de Today’s Zaman, la version anglaise du journal Zaman ? Quelles mesures prendra le personnel ? Allez-vous résister, manifester ou simplement rester passifs ?

Nous ne nous mettrons pas à genoux devant les répressions du gouvernement turc

Emre Soncan : Ceci est très triste, mais on ne peut rien faire, car il n'y a pas de tribunal où nous pouvons nous battre pour nos droits. Tous les tribunaux en Turquie sont sous le contrôle du président Recep Tayyip Erdogan. Et je peux même dire que la Constitution turque a été suspendue par le président Erdogan. Il y a quelques jours, le président de la République de Turquie a déclaré : «Je ne reconnais pas la [décision de la Cour constitutionnelle]». Si le président ne reconnaît pas la Constitution, que peuvent faire les citoyens pour défendre leurs droits ? Nous ne pouvons rien faire.

RT: Allez-vous poursuivre votre travail chez Zaman, même si vous vous attendez à ce que sa ligne éditoriale change radicalement, ou allez-vous démissionner ? Quel est le sentiment prédominant parmi vos collègues et pour vous-même ?

Emre Soncan : Il est impossible de continuer à travailler pour le quotidien Zaman parce que les administrateurs nommés par le gouvernement vont nous mettre à la porte quelques jours après. Chacun d'entre nous sera limogé du journal. Mais si cela ne se passe pas comme ça, nous démissionnerons, bien évidemment, car il est impossible de travailler avec le gouvernement, nous n’allons pas écrire ce qu'ils veulent, nous ne nous mettrons pas à genoux devant les répressions du gouvernement turc.

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