«La Turquie mène une politique extrêmement dangereuse aujourd’hui», selon le député Nicolas Dhuicq

Un avion de chasse F-16 de l’armée turque© Umit Bektas Source: Reuters
Un avion de chasse F-16 de l’armée turque

Un avion de combat russe a été abattu par la Turquie - mais cela ne peut que servir les islamistes, selon Nicolas Dhuicq. Cela fait en réalité partie de la politique que la Turquie mène dans la région depuis longtemps.

RT France : La Turquie a abattu un avion militaire russe au-dessus de la Syrie. Selon vous, en quoi la politique française au Proche-Orient sera-t-elle modifiée après cet incident ?

Nicolas Dhuicq : Je suis d’abord triste pour les pilotes de l’avion qui a été abattu, pour leurs familles et je souhaite que les pilotes qui se sont éjectés ne soient pas torturés par les islamistes et qu’ils soient sains et saufs. Ensuite, je fais partie de ceux qui approuvent l’appui au sol des troupes de l’armée syrienne que la Russie produit depuis plusieurs semaines et qui fournit des effets, puisqu'elle est en train de reconquérir des villes qui étaient aux mains des islamistes. En ce qui concerne la position française, je fais partie des parlementaires qui souhaitent qu’elle regagne sa souveraineté en matière de diplomatie et de politique étrangère. Nous considérons que M. Assad, quoi qu’on pense de son régime, est un allié objectif et que seules ses troupes tiennent le sol. Alors qu’en Irak ce sont effectivement les troupes irakiennes et iraniennes qui fournissent les efforts, en Syrie, ce sont les troupes de M. Assad. Donc j’espère que nous allons revenir à une vision objective. Et en tout cas, j’émettrai les plus vives protestation auprès de M. Erdogan, parce qu’au minimum, cela signifie que les défenses anti-aériennes turques sont mal encadrées, sont mal entraînées et manquent de sang-froid.

C’est injustifiable

RT France : Vladimir Poutine a confirmé que le bombardier russe n’avait pas franchi la frontière turque au moment d’être abattu. Alors, comment peuvent être justifiées les actions des forces armées turques ?

N.D. : Pour moi, c’est injustifiable. Mais, cela signifie qu’il y a une grande faiblesse soit dans la chaîne de commandement de la défense anti-aérienne turque, soit un manque d’entraînement des hommes. J'ose espérer qu’il ne s’agit pas là d’une provocation.

Le seul bénéficiaire sont les islamistes

RT France : Et s’il s’agit d’une provocation, ou d’une action préméditée de quelque sorte que ce soit, quel peut être le but poursuivi par la Turquie qui la fasse perpétrer un tel acte ?

N.D. : M. Erdogan poursuit plusieurs buts, dont le premier est de reconstruire l’Empire ottoman. Donc M. Erdogan veut avoir accès au pétrole du Kurdistan irakien comme il le fait, M. Erdogan veut pouvoir taper sur les Kurdes de Syrie et M. Erdogan mène une politique de repeuplement dans le nord de la Syrie, en déplaçant des populations turcophones venues de Chine et d’ailleurs dans des villages que les syriens ont abandonnés. En tout état de cause, il faut absolument que la France et la Russie travaillent pour que la Syrie retrouve son intégrité territoriale.

RT France : Selon vous, «à qui profite le crime» ?

N.D. : Je crois qu’au total cela ne sert à personne, puisqu’il crée une tension inutile supplémentaire entre la Turquie et la Russie, une tension inutile avec une volonté d’escalade de M. Erdogan qui veut en appeler à l’OTAN et une tension inutile qui ne peut que servir les islamistes. En fait je crois que le seul bénéficiaire, ce sont les islamistes.

Erdogan a fait un chantage sur l’Union Européenne dans lequel Mme Merkel est tombée en poussant plusieurs réfugiés dont une grande partie ne sont pas syriens, à migrer vers l’Union Européenne

RT France : Récemment, nous avons vu M. Poutine affirmer que la Turquie, tout en étant membre de l’OTAN, achète du pétrole à Daesh, et plusieurs experts et hommes politiques confirment ses propos. Selon vous, comment peut-on justifier ce commerce entre la Turquie et les terroristes, alors que cela profite à ces derniers au moment où tous les pays occidentaux s’allient pour lutter contre Daesh ?

N.D. : Je crois que M. Erdogan poursuit une politique de puissance et de conquête. Il a plusieurs buts. Son premier but, c’est d’avoir effectivement accès au pétrole et il l’a trouvé dans le Kurdistan irakien. Son deuxième but, c’est de coloniser la partie nord de la Syrie pour avoir une zone tampon entre la Syrie et la Turquie. Et troisième point, Daesh lui permet de justifier les actions militaires contre les Kurdes de Syrie et lui permet d’avoir un accès de fixation qui détourne l’attention de la volonté hégémonique de la Turquie sur la région. M. Erdogan mène une politique extrêmement dangereuse aujourd’hui.

J’ajouterai une autre chose, c’est que M. Erdogan a fait un chantage sur l’Union Européenne, dans lequel Mme Merkel est tombée en poussant plusieurs réfugiés dont une grande partie ne sont pas syriens, à migrer vers l’Union Européenne et on sait très bien que parmi eux se cachent des djihadistes formés aux attentats.

Une dictature qui se met en place en Turquie

RT France : Vous avez dit que les actions turques sont assez dangereuses, mais en même temps, ce pays est membre du même bloc militaire que la France. De tels alliés ne représentent-ils pas un danger pour la France elle-même ?

N.D. : C’est toujours le même problème. On pourrait aussi citer le fait que la Grèce et la Turquie font partie de l’OTAN et comme vous le savez, les intérêts grecs et les intérêts turcs ne sont pas les mêmes. On peut citer par exemple l’occupation par la Turquie d’une partie de Chypre, qui est condamnée et qui reflète aussi la volonté de colonisation de cette partie de l’île Chypre par la Turquie. La question c’est que M. Erdogan est au pouvoir avec des idées islamistes, il voulait comme vous le savez, modifier la constitution turque et une grande partie des turcs combattent cette dictature qui se met en place en Turquie, qui reste une dictature islamique avec des discours qui sont extrêmement bellicistes, extrêmement violents à l’égard de l’Europe et maintenant certainement, à l’égard de la Russie. Je pense qu’il faut avoir une politique de fermeté par rapport à M. Erdogan, avec lequel nous avons été beaucoup trop complaisants ces dernières années.

L'OTAN n’a plus raison d’être

RT France : Dans le cadre de l’OTAN, la France a un certain nombre d’obligations envers la Turquie, mais en même temps, la France a récemment pris un certain nombre d’obligations dans la lutte contre le terrorisme. La France a un choix à faire entre ces deux types d'obligations - mais quel sera son choix ?

N.D. : Monsieur Erdogan n’a pas eu de violation de son territoire. Donc, pour moi, il ne peut pas faire appel à la solidarité du traité de l’Atlantique Nord. Mais, en tout état de cause, cela pose le problème qui s’est déjà posé à la fin de l’Union Soviétique, de l’existence ou pas de l’OTAN qui n’a plus pour moi raison d’être, à terme. Parce qu’on le voit bien, la géopolitique a évoluée. La Turquie reste un grand pays, qui est un pays qui a vocation à devenir une grande puissance régionale, personne ne le conteste. Mais, la dérive de M. Erdogan pose effectivement la question de la pérennité des traités comme celui de l’Atlantique-Nord sur lequel je deviens extrêmement sceptique, puisque c’est un instrument qui devient de plus en plus uniquement un instrument de pouvoir, à destination des seuls Etats-Unis d’Amérique.

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