Une agence publique française fournit du matériel à des armées accusées d'exactions au Sahel

Une agence publique française fournit du matériel à des armées accusées d'exactions au Sahel© Benoit Tessier Source: Reuters
Des soldats français à Gao (Mali), le 1er mai 2019 (image d'illustration).
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Un établissement public lié à l'Agence française de développement a fourni des armes et financé des formations pour les armées du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad), alors qu'elles sont accusées de multiples exactions.

Dans le cadre d'un contrat de 196,4 millions d'euros avec l'Union européenne, l'agence publique française Expertise France, liée à l'Agence française de développement (AFD), a livré un vaste stock de matériel militaire au Mali, au Niger, au Tchad, à la Mauritanie et au Burkina Faso, ont révélé le 27 septembre les médias Mediapart et Disclose. Problème : les forces armées de quatre de ces pays formant le G5 Sahel font l'objet d'accusations d'exactions dans cette région où Emmanuel Macron a annoncé la fin de l'opération Barkhane pour le premier semestre 2022. Le matériel militaire fourni est d'ailleurs censé «permettre aux militaires africains de prendre la relève des Français», soulignent les sites d'investigation.

Expertise France a déjà livré 46 blindés en 2020, et a été mandaté pour fournir 676 véhicules tout-terrain, 96 drones, 3 700 gilets pare-balles, 541 systèmes de vision nocturne, des groupes électrogènes, des radios VHF et des téléphones satellites, selon l'inventaire des deux médias. En outre, l'agence publique «de conception et de mise en œuvre de projets internationaux de coopération technique» (comme elle se définit sur son site) a également reçu, en 2017, 29 millions d'euros de financement de l'Union européenne pour aider à sécuriser la zone des trois frontières et y «développer [...] la gestion des flux de personnes et de biens». Même mission au Burkina Faso à partir de 2020, pour un financement de 7 millions d'euros cette fois.

«Plus de 600 exécutions extrajudiciaires perpétrées par les forces de sécurité du Burkina Faso, du Mali et du Niger», selon HRW

Mais les soldats du G5 Sahel ont été mis en cause par plusieurs rapports de l'ONU et de Human Rights Watch, synthétisés en février dernier par l'ONG : «Depuis fin 2019, Human Rights Watch, les Nations unies et d'autres organisations ont documenté plus de 600 exécutions extrajudiciaires perpétrées par les forces de sécurité du Burkina Faso, du Mali et du Niger lors d'opérations de lutte contre le terrorisme.» Par ailleurs, en avril 2021, des militaires tchadiens ont été accusés d'agressions sexuelles contre des civiles, dont une fillette de 11 ans, lors d'une opération au Niger. Trois viols ont été reconnus.

Expertise France a déclaré aux deux sites d'investigation n'avoir aucune responsabilité sur l'usage des armements fournis au G5 Sahel. Cette responsabilité prenant «fin lorsque la propriété des matériels est transférée aux bénéficiaires». L'agence publique assure d'ailleurs qu'il s'agit de matériel «non létal», c'est-à-dire livré sans armement, ce qui n'empêche pas les pays récepteurs de transformer par la suite les véhicules et drones en matériel pour tuer.

Or l'Agence française du développement, créée par Charles de Gaulle sous la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, vise normalement à combattre la pauvreté et favoriser le développement durable à l'internationale. L'AFD a ainsi assuré à Mediapart et Disclose que «la France [...] est extrêmement vigilante aux conditions d'emploi et d'utilisation des matériels et financements apportés aux pays du G5 Sahel».

L'agence assure en outre que le matériel livré, qui pourrait être armé par les acquéreurs et devenir létal, s'explique car il faut assurer la «sécurité» des personnes «travaill[ant] sur le terrain». Ainsi, les prérogatives de l'AFD serait respectées selon elle car «la force conjointe du G5 Sahel a été créée afin d'assurer la sécurité de la sous-région, dans le but de favoriser un développement économique et social favorable aux populations», justifie l'institution financière.

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