Question à 50 tonnes : qui a reçu les munitions américaines envoyés aux rebelles anti-Daesh?

Des combattants syriens anti-gouvernementaux Source: Reuters
Des combattants syriens anti-gouvernementaux

Les rebelles «modérés» du nord de la Syrie affirment ne pas avoir reçu les munitions parachutées par les Etats-Unis. Elles auraient été récupérées par les Kurdes, dont les opérations militaires en Syrie irritent la Turquie, allié de Washington.

Le Pentagone a déclaré que les cargaisons parachutées par les avions américains le 11 octobre étaient destinées aux «Forces démocratiques syriennes», une alliance entre arabes et kurdes forte de plusieurs milliers de combattants, qui avaient l’intention d’attaquer la «capitale» de Daesh (Etat islamique), Racca. L’existence de ce groupe n’a pourtant été annoncée que quelques heures avant la livraison des munitions.

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La coalition nouvellement bâtie regroupe les milices arabes d’Al-Sanadid, le groupe chrétien baptisé Conseil militaire syriaque, et le groupe kurdo-arabe Burkan al-Furat, tous positionnés sur le front de Racca, de même que la milice kurde YPG (Unités de protection du peuple), qui rassemble quatre fois plus de combattants que les autres groupes réunis, selon les informations du Washington Post.

Cependant, aucune des unités arabes n’a pour le moment reçu de munitions américaines, a rapporté le chef de l’Armée d’Al-Sanadid Bandar al-Humaydi au quotidien McClatchy ce mardi.

«Nous n’avons rien réceptionné et il n’est pas clair du tout [si ce sera le cas]», a déclaré Bandar al-Humaydi. «Peut-être que ce sont nos partenaires, les kurdes, qui les ont reçues», a ajouté son père Humaydi Daham al Hadi, le chef du sous-clan arabe Shammar.

«Je ne sais pas où elles sont passées», a annoncé au Washington Post le commandant de Thuwar al-Raqqa, une unité des forces Burkan al-Furat. «Il y a aussi une ligne de front à Hassaké, les munitions pourraient donc se trouver là-bas».

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D’après un leader de la branche politique de YPG Salih Muslim, les parachutages américains sont bien tombés dans la province d’Hassaké et ont été récupérées par l’armée kurde. Le haut responsable a remercié les Etats-Unis pour ces munitions et a promis de les partager avec ses alliés arabes.

Cependant, les commandants militaires kurdes ont annoncé à The Post que les munitions seront distribuées selon la volonté des Forces démocratiques syriennes, dont l’existence a été annoncée le jour même de la livraison. L’équipement militaire pourrait donc être transmis à n’importe qui sur la ligne de front, longue de 700 km.

«Les Forces démocratiques syriennes pourront décider sur quel front seront employées quelles munitions, où aura lieu la bataille et qui utilisera ces armements», a expliqué Haki Kobane, un des commandants de Burkan al-Furat. Il a ajouté que les 50 tonnes livrées par les Etats-Unis ne suffiraient de toute façon pas à faire de progrès notable.

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Les Etats-Unis ont insisté que le destinataire de ce chargement était la «Coalition arabe syrienne», terme utilisé pour désigner les groupes sunnites et arabes chrétiens au sein des Forces démocratiques syriennes. Il n’était stipulé nulle part que «ces équipements devaient être partagé avec d’autres groupes», a déclaré aux journalistes le secrétaire de presse Peter Cook le 15 octobre.

Mardi pourtant, Cook s’était satisfait des livraisons effectuées à la Coalition arabe syrienne. «L’opération a été un succès. Elles sont arrivées là où on voulait», a-t-il affirmé.

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Un autre porte-parole du Pentagone, le colonel Patrick Ryder, a déclaré au Washington Post que les militaires américains avaient un «haut degré de confiance dans ce que les munitions ont été récupérées par leurs destinataires, les groupes arabes syriens qui combattent Daesh».

L’hypothèse qui veut que des armements libellés USA sont tombés aux mains des combattants kurdes a irrité la Turquie, qui n’a consenti que récemment à ouvrir des bases aériennes aux drones et avions de combat américains qui opèrent en Syrie contre l’Etat islamique. La Turquie se bat depuis 30 ans contre l’insurrection de la minorité ethnique kurde, qui habite le long du territoire syrien, et considère le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) comme une organisation terroriste. Alors que Washington a lui aussi placé le PKK sur la liste des terroristes, les Etats-Unis n’étendent pas cette étiquette aux forces kurdes YPG en Syrie ou sur sa branche politique, le Parti de l'union démocratique (PYD), malgré leurs liens étroits.

«Nous considérons le PYD comme un groupe terroriste et appelons tous les pays à revoir les conséquences de leur coopération», a déclaré à Reuters un responsable turc le 13 octobre, en signe de protestation contre ce qu’il a qualifié de soutien russe et américain aux kurdes. La Turquie a même menacé d’intervenir dans le cas où les forces kurdes s’installent à l’ouest de l’Euphrate.

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