Coup d'Etat, arrestation d'Aung San Suu Kyi et état d'urgence : que se passe-t-il en Birmanie ?

- Avec AFP

Coup d'Etat, arrestation d'Aung San Suu Kyi et état d'urgence : que se passe-t-il en Birmanie ?© STR / AFP
Barrage militaire sur la route qui mène au parlement birman à Naypyidaw le 1 février 2021.

L'armée birmane a perpétré un coup d'Etat et arrêté la chef du gouvernement Aung San Suu Kyi. Les militaires pensent que des fraudes électorales ont entaché les élections de 2020. Les Etats-Unis et l'Union européenne condamnent le putsch.

Un coup d'Etat a été perpétré le 1er février en Birmanie par l' armée qui a arrêté la chef du gouvernement Aung San Suu Kyi et le président de la République Win Myint. L'armée a proclamé l'état d'urgence pour un an et placé ses généraux aux principaux postes. Elle promet de nouvelles élections et un transfert de pouvoir. «Nous avons entendu dire qu'ils étaient détenus à Naypyidaw», a précisé à l'AFP Myo Nyunt le porte-parole de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) – le parti au pouvoir –, à propos d'Aung San Suu Kyi et du président Win Myint. Plusieurs autres responsables ont aussi été interpellés, selon lui.

Aung San Suu Kyi a exhorté la population à «ne pas accepter» ce putsch militaire, d'après une lettre diffusée sur les réseaux sociaux par son parti. Alors que les rumeurs de coup d'Etat se renforçaient dans le pays ces derniers jours, elle «a laissé ce message au peuple», d'après Win Htein, le président de son parti, qui s'est exprimé sur Facebook.

Accusations de fraude électorale

L’armée défend que le putsch est nécessaire pour préserver la «stabilité» de l'État, comme l'ont fait savoir les militaires dans une annonce sur leur chaîne de télévision, NAME.

Ils accusent la commission électorale de ne pas avoir remédié aux «énormes irrégularités» qui ont eu lieu, selon eux, lors des législatives de novembre, remportées massivement par le parti d'Aung San Suu Kyi, au pouvoir depuis les élections de 2015.

Ils exigeaient que la commission électorale dirigée par le gouvernement publie la liste des électeurs à des fins de vérification – ce que la commission n'a pas fait. Le chef de l'armée, le général Min Aung Hlaing avait déclaré que la Constitution pouvait être «révoquée» dans certaines circonstances.

Selon le communiqué de l'armée, Min Aung Hlaing concentre désormais les pouvoirs «législatif, administratif et judiciaire», tandis qu'un autre général, Myint Swe, a été désigné président par intérim, un poste honorifique.

L'armée s'est ensuite emparée de l'hôtel de ville de Rangoun, la capitale économique du pays, et l'accès à son aéroport international était bloqué par des militaires, ont constaté des journalistes de l’AFP. Les télécommunications, portables et internet, étaient gravement perturbées, selon l'ONG spécialisée Netblocks.

L'ONU, l'UE et les Etats-Unis condamnent

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a «fermement» condamné l'arrestation par l'armée d'Aung San Suu Kyi, tandis que le Conseil de sécurité devrait se réunir dans les prochains jours.

Avec l'arrestation d'autres dirigeants politiques et «la déclaration du transfert de tous les pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires aux militaires», «ces développements portent un coup dur aux réformes démocratiques en Birmanie», a encore estimé Antonio Guterres dans un communiqué.

«Les élections générales du 8 novembre 2020 confèrent un mandat fort à la LND, reflétant la volonté claire du peuple de Birmanie de continuer sur la voie durement acquise de la réforme démocratique», a-t-il ajouté.

En conséquence, Antonio Guterres a appelé les dirigeants militaires «à respecter la volonté du peuple de Birmanie et à adhérer aux normes démocratiques, tout différend devant être résolu par un dialogue pacifique». «Tous les dirigeants doivent agir dans le plus grand intérêt de la réforme démocratique en Birmanie, s'engager dans un dialogue constructif, s'abstenir de toute violence et respecter pleinement les droits de l'homme et les libertés fondamentales», a insisté le chef des Nations unies.

Selon des diplomates, le Conseil de sécurité de l'ONU avait prévu de longue date une réunion sur la Birmanie le 4 février avec l'émissaire onusienne Christine Schraner Burgener. Cette session pourrait prendre un caractère d'urgence et être avancée en début de semaine en raison des derniers développements, selon une source diplomatique à l'AFP.

Le président du Conseil européen Charles Michel a fait savoir que l'Union européenne condamnait «fermement» le coup d'Etat. De son côté, la porte-parole de la Maison Blanche, Jen Psaki, affirme dans un communiqué : «Les Etats-Unis s'opposent à toute tentative de modifier le résultat des récentes élections [...] et prendront des mesures contre les responsables.»  La porte-parole exhorte en outre «l'armée à adhérer aux normes démocratiques et au respect de l'Etat de droit et à relâcher les personnes arrêtées aujourd'hui».

La Chine appelle à régler les «différends dans le cadre de la Constitution et des lois»

Un porte-parole de la diplomatie chinoise, repris par l'AFP, a appelé les représentants politiques birmans à «régler leurs différends dans le cadre de la Constitution et des lois afin de maintenir la stabilité politique et sociale».

Aung San Suu Kyi : de la gloire médiatique aux critiques sur les Rohingyas

Longtemps exilée en Angleterre, Aung San Suu Kyi, aujourd'hui âgée de 75 ans, est rentrée en Birmanie en 1988, devenant la figure majeure de l'opposition. Elle a passé 15 ans en résidence surveillée avant d'être libérée par l'armée en 2010.

Pendant plusieurs années, Aung San Suu Kyi a été présentée dans les médias occidentaux comme une figure de la lutte pour les droits de l'homme, ce qui lui avait notamment valu un prix Nobel de la paix. Mais récemment, elle a fait l'objet de vives critiques pour sa gestion de la crise des musulmans rohingyas (des centaines de milliers d'entre eux ont ont fui en 2017 les exactions de l'armée et se sont réfugiés au Bangladesh voisin).

Son parti avait néanmoins remporté une victoire écrasante en novembre. Il s'agissait des deuxièmes élections générales depuis 2011, année de la dissolution de la junte. En 2015, la LND avait obtenu une large majorité. Mais elle avait été contrainte à un délicat partage du pouvoir avec l'armée qui contrôle trois ministères clés  (l’Intérieur, la Défense et les Frontières).

«La relation entre le gouvernement et les militaires était compliquée», déclare à l'AFP Hervé Lemahieu, spécialiste auprès de l'institut Lowy en Australie.

Fermeture des banques

Les banques birmanes ont été temporairement fermées peu après le coup d'Etat. L'Association des banques du pays a expliqué par des mauvaises connexions internet. Des journalistes de l'AFP rapportent pour leur par des files devant des distributeurs automatiques afin de retirer de l'argent.

Ce coup d'Etat intervient alors que le Parlement issu des dernières législatives devait entamer sa première session ce 1er février.

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