Armes stratégiques : Vladimir Poutine veut prolonger le traité New Start d'un an «sans conditions»

Armes stratégiques : Vladimir Poutine veut prolonger le traité New Start d'un an «sans conditions»© SPUTNIK Source: Reuters
Vladimir Poutine, le 16 octobre 2020, lors de la réunion de son Conseil de sécurité.

Le Conseil de sécurité de Russie a évoqué les négociations difficiles avec les Américains concernant le traité de réduction des armes stratégiques. Les Etats-Unis souhaitent imposer des conditions à sa prolongation, qui ne conviennent pas à Moscou.

Lors d'une réunion par visioconférence avec les membres permanents du Conseil de sécurité de Russie, Vladimir Poutine a exprimé le 16 octobre 2020 son inquiétude concernant les négociations avec les Etats-Unis sur le traité New Start, signé en 2010 et arrivant à expiration le 4 février 2021.

Si son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a estimé que la Russie entretenait «des contacts assez intenses» avec les «collègues américains» en formulant «des propositions concrètes pour élaborer une approche globale dans le domaine de la stabilité stratégique», la réponse américaine a apparemment été déconcertante. «En réponse, les Etats-Unis nous ont transmis leurs propres propositions, qui étaient présentées sous forme [de] conditions préalables pour la prolongation du traité New Start. Qui plus est, ces conditions préalables sont assez nombreuses. Elles ont été formulées à la fois en dehors du cadre du traité lui-même et au-delà de notre compétence», est-il expliqué.

Vladimir Poutine a ainsi dit regretter le cours des négociations. Selon le président russe, «au cours de toutes les années précédentes», New Start a «bien fonctionné et rempli sa fonction fondamentale de facteur limitant et de frein à la course aux armements, ainsi que dans le contrôle des armements».

Par voie de conséquence, le chef d'Etat «propose […] de prolonger ledit traité sans aucune condition, au moins pour un an, afin d’avoir la possibilité de tenir des négociations de fond sur l’ensemble des aspects couverts par ce type de traités». Depuis plusieurs mois, Washington et Moscou négocient âprement pour trouver un terrain d'entente. En prolongeant le traité d'un an, soit jusqu'en février 2022, la présidentielle américaine du 3 novembre prochain pourrait rebattre les cartes. 

Pour Vladimir Poutine, il ne faut «pas priver» les Etats-Unis et la Russie, ni «tous les pays du monde intéressés par le maintien de la stabilité stratégique», de «ce traité fondamental». Il s'est d'ailleurs dit ouvert à une discussion sur les «nouveaux systèmes d'armement [de la Russie] que les Américains n'ont pas».

Les Etats-Unis jugent la proposition du président russe «intenable»

Les Etats-Unis ont rejeté la proposition du président russe. «Les Etats-Unis ont proposé une prolongation de New Start pour un an en échange d'un gel du nombre d'ogives nucléaires des Etats-Unis et de la Russie pendant ce temps», a déclaré sur Twitter le conseiller de Donald Trump pour la sécurité nationale, Robert O'Brien.

«Cela aurait été une victoire pour les deux camps, et nous pensions que les Russes étaient prêts à accepter cette proposition quand j'ai rencontré mon homologue à Genève», a-t-il ajouté, considérant que «la réponse du président russe aujourd'hui visant à prolonger New Start sans gel des ogives nucléaires [était] intenable».

«Les Etats-Unis veulent sérieusement un contrôle des armements qui garantisse la sécurité du monde entier», a défendu Robert O'Brien. «Nous espérons que la Russie reviendra sur sa position avant une course aux armements coûteuse», a conclu le conseiller du président américain.

La stabilité globale sur les armements mise en péril ?

Le traité bilatéral New Start, signé en 2010, maintient en effet les arsenaux des deux pays bien en deçà de leur niveau de la Guerre froide, limitant à 700 le nombre de lanceurs nucléaires stratégiques déployés et à 1 550 la quantité de têtes nucléaires.

Le 13 octobre, le négociateur américain Marshall Billingslea a proposé à Moscou de prolonger le traité «pendant un certain temps», à condition que la Russie accepte «de geler» son arsenal nucléaire.

Un tel gel a été jugé «inacceptable» par le négociateur russe, le vice-ministre des Affaires étrangères Sergueï Riabkov. «Non pas parce que nous sommes contre le gel», avait justifié celui-ci, estimant qu'une telle mesure, alors même que les Etats-Unis développent leur propre système antimissile, posait des problèmes de «stabilité stratégique».

La Russie et les Etats-Unis détiennent toujours à eux deux plus de 90% des armes nucléaires dans le monde, selon le dernier rapport de l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri). 

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